NOUVELLES
23/08/2019 11:32 EDT | Actualisé 23/08/2019 14:19 EDT

Les actionnaires de Transat acceptent l'offre d'Air Canada

Le résultat du vote était sans équivoque.

Marc Bruxelle via Getty Images

 Les actionnaires de Transat A.T. ont donné leur feu vert à l’offre d’achat d’Air Canada, d’une valeur de 720 millions $, vendredi, dans ce qui constitue la première de plusieurs étapes à franchir afin que la plus importante compagnie aérienne puisse prendre sous son aile le voyagiste en difficulté.

Dans le cadre d’une assemblée extraordinaire qui se déroulait au centre-ville de Montréal, les actionnaires de la société mère d’Air Transat ont voté, dans une proportion de 94,77 pour cent, en faveur de l’offre de 18 $ par action d’Air Canada.

Air Canada et le voyagiste détiendraient ensemble une part du marché transatlantique de 60 pour cent depuis le Canada, se chevauchent sur certaines destinations soleil en plus d’avoir une emprise sur les voyages aériens à Montréal, ce qui risque d’être scruté à la loupe par les autorités réglementaires, dont le Bureau de la concurrence.

“Nous sommes très confiants d’obtenir l’approbation de ces différents organismes réglementaires”, a déclaré Jean-Yves Leblanc, membre du conseil d’administration de Transat A.T., en évoquant au passage “les meilleurs conseillers que nous puissions avoir sur la planète”.

Le président et chef de la direction du voyagiste, Jean-Marc Eustache, qui a cofondé le prédécesseur de Transat A.T. au début des années 1980, a dissipé les craintes entourant une possible hausse du prix des billets pour des vols à destination de l’Europe.

“J’ai 42 ans d’expérience dans ce domaine, je n’ai jamais vu les prix grimper, a-t-il déclaré, en donnant, à titre d’exemple, la présence de concurrents comme tels que Air France, Level Airline et Corsair sur la liaison entre Montréal et Paris. Beaucoup de concurrence, il n’y a pas de problème avec cela.”

M. Eustache a aussi cherché à atténuer la possibilité d’importants licenciements si Air Canada prend le contrôle du voyagiste, dont la filiale Air Transat exploite une flotte d’environ 40 avions.

“Vous avez besoin de pilotes, vous avez besoin d’agents de bord, vous avez besoin de mécaniciens, a-t-il déclaré. Les gens d’Air Canada ne se mettront pas à accomplir ce que font les gens de Transat aujourd’hui.”

Faisant allusion à sa retraite imminente, l’homme d’affaires a toutefois souligné que le plus grand transporteur aérien au pays n’aurait pas besoin d’un chef de la direction.

Plusieurs étapes

Le vote de vendredi est survenu après quelques mois de turbulences.

Le principal actionnaire de Transat A.T., Letko, Brosseau et associés, avait déclaré qu’il voterait contre l’offre initiale de 13 $ par action d’Air Canada, présentée pour la première fois en juin. La firme avait changé son fusil d’épaule le 11 août dernier, lorsque la proposition a été bonifiée à 18 $ par action.

Le dossier a connu plusieurs rebondissements. Groupe Mach a offert 14 $ par action, mais en dépit d’une proposition plus élevée, Transat A.T. a préféré se tourner vers l’offre d’Air Canada. Au début du mois, le groupe immobilier avait tenté d’acquérir 20 pour cent des actions du voyagiste afin de faire dérailler la transaction, mais cela a été bloqué par le Tribunal administratif des marchés financiers.

Le président et chef de la direction de Québecor, Pierre Karl Peladeau, qui s’intéressait à Transat A.T. à titre personnel, a laissé entendre la semaine dernière qu’il envisageait de faire sa propre offre en cas d’échec du mariage. L’homme d’affaires, qui détenait 1,6 pour cent des titres en circulation de Transat A.T., avait manifesté son intention de voter contre l’accord.

Air Canada a fait part de son intention de maintenir le siège social montréalais de Transat A.T. ainsi que les différentes marques du voyagiste.

Par voie de communiqué, le Fonds de solidarité FTQ, deuxième actionnaire en importance de l’entreprise avec une participation de 11,6 pour cent, a estimé que la transaction était “imparfaite”, mais a néanmoins décidé de voter en faveur.

“Les intentions positives d’Air Canada rendues publiques au cours du processus sont un pas dans la bonne direction, mais doivent se traduire en gestes concrets et durables”, a toutefois prévenu l’investisseur institutionnel.

_ _ _

Quelques dates sur la vente de Transat A.T.:

- 16 mai: Air Canada et Transat A.T. annoncent la signature d’une entente d’exclusivité pouvant mener à une transaction. Air Canada offre 13 $ pour chaque action de Transat A.T., ce qui représente environ 520 millions $.

- 4 juin: Un nouveau joueur s’invite alors que Groupe Mach propose d’offrir 14 $ pour chaque action du voyagiste. Le groupe immobilier demande une aide de 120 millions $ au gouvernement Legault.

- 14 juin: Groupe Mach confirme le dépôt d’une proposition formelle au conseil d’administration de Transat A.T. même si le voyagiste doit continuer à négocier exclusivement avec Air Canada.

- 25 juin: Une offre amendée est transmise par Groupe Mach, qui renonce notamment à sa demande d’une aide financière de la part de Québec.

- 27 juin: Transat A.T. annonce avoir accepté l’offre d’Air Canada.

- 2 août: Le promoteur immobilier revient à la charge avec une nouvelle stratégie en proposant d’acquérir 19,5 pour cent des actions de Transat A.T. dans le but de bloquer l’offre d’Air Canada.

- 6 août: Accusant Mach de tromperie, Transat A.T. exhorte ses actionnaires à ne pas accepter l’offre du promoteur immobilier en plus de déposer une plainte auprès du Tribunal administratif des marchés financiers.

- 11 août: Air Canada bonifie son offre de 200 millions $ en proposant 18 $ pour chaque action du voyagiste. Le plus important actionnaire de Transat A.T., Letko, Brosseau et associés, appuie la transaction.

- 12 août: Le Tribunal administratif des marchés financiers déboute Mach.

- 23 août: Les actionnaires du voyagiste acceptent l’offre d’Air Canada

À voir: un voyageur se retrouve totalement seul dans son vol