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02/08/2020 17:06 EDT

Tourisme: un bien drôle d'été à Montréal sans visiteurs étrangers

La métropole québécoise attire habituellement environ 11 millions de touristes par année, dont 80% de l’extérieur du Québec, selon Yves Lalumière, président de Tourisme Montréal.

ERIC THOMAS via Getty Images
La métropole québécoise attire habituellement environ 11 millions de touristes par année, dont 80% de l’extérieur du Québec, selon Yves Lalumière, président de Tourisme Montréal.

Privé de visiteurs étrangers, de son Grand Prix de Formule 1 ou de ses festivals mondialement connus pour cause de pandémie, Montréal tente de se réinventer pour sauver l’été mais les dégâts s’avèrent déjà considérables.

«Regardez les terrasses ici, elles sont toutes vides, c’est incroyable», dit à l’AFP Sam Nemour, propriétaire d’une galerie d’art inuit dans le quartier touristique du Vieux-Montréal, en se tournant vers ses voisins de la place Jacques-Cartier.

En quarante ans de métier, M. Nemour a vu défiler bien des touristes dans sa galerie Le Chariot, y compris des grands de ce monde comme les ex-présidents français Jacques Chirac ou américain Bill Clinton. Mais en cette chaude journée d’été, il n’y en a pas un, plus de trois heures après l’ouverture de ses portes.

La métropole québécoise attire habituellement environ 11 millions de touristes par année, dont 80% de l’extérieur du Québec, pour des dépenses totalisant plus de 4 milliards de dollars canadiens, selon Yves Lalumière, président de l’association Tourisme Montréal.

Avec la moitié des près de 9 000 morts de la COVID-19 au Canada, Montréal et sa banlieue ont été durement éprouvés par la pandémie.

Avec pour conséquence, l’annulation de tous les grands événements culturels, qui attirent chaque été des centaines de milliers de visiteurs, comme les festivals de jazz et des FrancoFolies, les plus grands du genre au monde.

Même sort pour des dizaines de congrès de toutes sortes, pour lesquels Montréal est la première destination en Amérique du Nord, ou les croisières sur le Saint-Laurent.

«Petite ville fantôme»

«Un million de touristes maximum» sont attendus cette année, «90% des revenus» anticipés se sont volatilisés, précise M. Lalumière.

Forcés de se soumettre à une quarantaine de 14 jours à leur arrivée au Canada, les touristes étrangers, Français comme Américains, sont absents.

«Le Vieux-Montréal, c’est mort cette année», «Montréal souffre beaucoup», se désole M. Namour, pour qui les touristes français représentent «50%» de son chiffre d’affaires.

Nadia Bilodeau, gérante d’un restaurant italien voisin, confirme: «L’été d’habitude, la place Jacques-Cartier est pleine, on a du mal à voir le sol tellement il y a de gens qui circulent». Mais cet été, c’est «comme une petite ville fantôme», dit-elle au milieu de sa terrasse déserte.

Les commerçants tiennent tant bien que mal le coup pour l’instant grâce aux aides gouvernementales.

Les visiteurs des régions périphériques sont tout aussi rares. «Les Québécois ont peur de venir à Montréal», constate Michel Archambault, professeur d’études urbaines et touristiques à l’université du Québec.

«Je n’ai jamais vu Montréal aussi vide», dit William Foster Friesen, un touriste de Toronto de passage pour quelques heures en ville au retour d’un voyage en Gaspésie.

Pétanque sur rue 

Même scène de désolation au centre-ville, où les tours de bureaux ont été désertées de leurs 400 000 travailleurs à la mi-mars. La plupart sont en télétravail et à peine «5%» sont revenus avec la levée partielle des restrictions, selon la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

L’hôtellerie et la restauration accusent le coup. Dans les grands hôtels, le taux d’occupation «oscille autour de 10%» depuis la mi-mars, dit Eve Paré, présidente de l’Association des hôtels du Grand Montréal.

Le manque à gagner de la centaine de membres de l’association, qui regroupe 20 000 chambres, est de «95%», selon elle.

Mais le coeur festif de Montréal continue de vibrer dans les quartiers résidentiels périphériques. Des dizaines de kilomètres d’artères commerciales ont été piétonnisées, favorisant l’installation de terrasses, avec des jets d’eau pour petits et grands et même des terrains de pétanque, une initiative saluée par bien des commerçants, mais pas tous.

La ville investit également 400 000 dollars pour ramener les Montréalais au centre-ville en aménageant de façon ludique sept grandes places ou terrasses publiques, qui seront animées par 200 prestations artistiques spontanées jusqu’à mi-octobre.

Mais pour certains, c’est trop peu, trop tard. «Une goutte d’eau dans un océan !», s’exclame M. Archambault.

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