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Comment réagir quand le boss veut vous parler aux toilettes?

Attendez au moins d'être rendu au lavabo!

Chaque jour, les salariés sont amenés à pénétrer dans l’espace public le plus intime de leur lieu de travail: les toilettes.

Ce besoin s’accompagne généralement de l’angoisse et de l’agacement d’y croiser collègues et chefs, qui ne partagent pas toujours notre façon d’interagir dans cet endroit bien particulier. Certains vont jusqu’à en faire leur salle de conférence personnelle et y envoient des SMS ou passent des appels professionnels sans se gêner.

Il arrive aussi que les relations hiérarchiques nous poursuivent même derrière la porte des cabinets. “Quand mon manager voyait que j’allais aux toilettes, elle m’accompagnait, prenait la cabine d’à côté et me faisait une liste de tâches à accomplir”, indique Monika, adjointe au service client d’un grand magasin. Pour elle, il s’agissait d’une interruption non désirée de son temps personnel.

“Comme si ça ne pouvait pas attendre!” pensait-elle dans cette situation. “C’est un moment privé, dégage.”L’absence d’intimité olfactive et sonore pousse déjà certains à se faire discrets pendant qu’ils font leur petite affaire, voire à attendre une éternité de se retrouver seuls.

Pour certaines personnes très impliquées dans leur travail, rien de plus naturel que de parler projets dans les toilettes du bureau.“On observe chez certains que les frontières sont plus poreuses”, explique la coach pour cadres Monique Valcour.
Pour certaines personnes très impliquées dans leur travail, rien de plus naturel que de parler projets dans les toilettes du bureau.“On observe chez certains que les frontières sont plus poreuses”, explique la coach pour cadres Monique Valcour.

Avoir un collègue qui nous parle juste à côté peut rendre l’expérience encore plus stressante. Mais si vous vous retrouvez coincé avec un bavard,vous n’avez pas à prendre part à la conversation contre votre gré. Pour mettre fin à ces discussions pénibles, il suffit de déclarer avec tact que ce n’est probablement pas le bon moment pour parler.

Comprendre d’où vient ce désir de parler dans un lieu si insolite

Pour certaines personnes très impliquées dans leur travail, rien de plus naturel que de parler projets dans les toilettes du bureau.“On observe chez certains que les frontières sont plus poreuses”, explique la coach pour cadres Monique Valcour.

“Ces personnes ne songent même pas que les autres n’ont pas cette tendance à aborder des sujets professionnels à la moindre occasion.”Poussée à l’extrême, une culture d’entreprise agressive peut toucher jusqu’aux toilettes. Un ancien employé d’Amazon a confié au site Motherboard que les toilettes pour hommes de l’entreprise étaient comme “une extension du bureau” où “les ingénieurs se parlent d’une cabine à l’autre.

À plusieurs reprises, j’ai entendu mes collègues répondre à des appels sur la cuvette. Je n’arrivais plus à savoir si les grognements étaient dus à une difficulté à coder ou à déféquer.”Il arrive que ce soit l’organisation de l’espace de travail qui incite les employés à se réfugier aux WC pourparler tranquillement.

“Dans les open-spaces les plus vastes, le seul endroit où on peut avoir des conversations privées, ce sont les toilettes”, affirme Melody Wilding, assistante sociale et coach pour cadres.

Vous y croyez? Une fille tellement concentrée sur elle-même qu’elle passe 10 minutes à appliquer du crayon à lèvres, alors qu’il y a au moins deux personnes à côté qui essaient de faire caca.

Parfois, il est nécessaire de donner une réponse aux toilettes

Les gens dotés d’une grande sensibilité et très attentifs aux autres peuvent interpréter l’absence de réponse d’un collègue comme le signe que celui-ci ne les apprécie ou ne les respecte pas. Ça ne veut pas dire que vous êtes obligé de parler depuis la cuvette, mais essayez de donner une brève réponse quand vous vous trouvez dans les espaces où il est plus acceptable de discuter, dans les vestiaires ou devant les lavabos, par exemple.

“Plus on s’éloigne de la défécation, puis de la miction, plus il est admis qu’on peut parler. Quand on en est à l’étape du lavage de mains, on est généralement un peu plus ouvert à la conversation. Et c’est encore plus vrai quand on passe au séchage. Enfin, une fois la serviette en papier jetée, alors qu’on se dirige vers la sortie, on se sent vraiment libre de rigoler et de dialoguer”, précise Harvey Molotch, professeur de sociologie à l’université de New York et coéditeur deToilet: Public Restrooms and the Politics of Sharing(non traduit).

Selon lui, les femmes sont plus susceptibles que les hommes d’établir ce genre de contact. Sans compter que les lavabos sont parfois vus comme l’endroit idéal pour créer des liens. Lors d’un de ses premiers stages dans un magazine, l’autrice freelance Mara Santilli a envisagé de se présenter à la rédactrice en chef d’un magazine devant le miroir des toilettes. “J’aurais aimé oublier mon inconfort pour aller lui parler à ce moment-là. Qui sait, j’aurais peut-être été embauchée!”

Les gens s’attendent à un minimum d’amabilité

Monique Valcour se souvient avoir entendu certaines personnes se demander si leurs collègues les haïssaient, après que ceux-ci les avaient ignorées dans les vestiaires. “S’il y a bien une chose où on peut être soit trop rigide, soit trop souple, c’est les limites personnelles”, relève Mme Wilding.

Par exemple, faire comme si ce collègue qu’on connaît bien n’existait pas dès lorsqu’on se trouve aux toilettes est un comportement trop rigide. “Ça contrevient aux normes sociales. Les gens s’attendent à un minimum d’amabilité.

“Une brève réaction cordiale a de nombreux avantages”, poursuit Monique Valcour. “Une stratégie basique consiste à accorder un sourire, un regard, ou même un ‘bonjour’ aux personnes que vous connaissez au moins de vue, sans exception. Cette attitude devrait dissiper toute inquiétude vis-à-vis du comportement des autres.”On ne peut pas contrôler la façon dont les gens veulent interagir, mais on peut montrer l’exemple de ce que l’on souhaite.

“Montrez-vous toujours aimable, amical-e et professionnel-le. Si, malgré tout, un-e collègue réagit un peu bizarrement, c’est probablement son mental qui est en cause, et non ce qu’il ou elle éprouve pour vous”,ajoute notre experte.

Fixez vos limites et faites comprendre à quels moments vous ne souhaitez pas parler.

Si vous n’êtes pas à l’aise quand vos collègues veulent vous parler aux toilettes, vous n’êtes pas seul-e.“Je pense que ce type d’anxiété est vraiment très répandu. Je dirais même qu’il touche la majorité des gens”, commente la psychologue Michele Leno.

“Il s’agit d’un acte des plus intimes, qu’on doit accomplir dans un lieu public, ce qui génère anxiété et stress”, reprend Harvey Molotch. “Une fois la porte des cabinets fermée, on fait comme si on était seul-e,mais ce n’est pas le cas.

”Ce contrat tacite peut donc être mis à mal dès qu’un collaborateur nous adresse la parole. Pour montrer vos limites, vous pouvez simplement dire: “’Euh, tu peux attendre deux minutes? Je suis aux toilettes’, propose Michele Leno.

“Pas besoin de vous répandre en explications. Si votre interlocuteur ne comprend pas, ce n’est plus votre problème.” Si, malgré cette réponse, on s’obstine à vous parler aux cabinets, Melody Wilding conseille de s’exprimer de plus en plus clairement, en commençant par: “Je comprends que tu veuilles en parler, mais il vaudrait mieux attendre qu’on soit sorti-e-s des toilettes” ou “On pourra mieux en parler quand on sera retourné-e-s à notre bureau”.

Si la personne ne comprend toujours pas vos sous-entendus, précisez votre pensée, par exemple en disant: “Je préférerais ne pas parler aux toilettes, désolé-e. Je viendrai te voir quand je serai sorti-e.”

Pour cette coach, l’étape suivante serait un refus explicite, du type: “Je ne veux pas en parler maintenant. J’ai besoin d’intimité. Merci de respecter ça.″ Ce conseil vaut aussi bien pour les collègues que pour le grand chef, soutient-elle. “C’est une question d’intimité. Si les autres violent ce sanctuaire, que ce soit votre responsable ou un collaborateur, vous avez le droit d’affirmer de quelle façon vous souhaitez que les choses se passent dans ce lieu.”

Cet article, publié sur Le HuffPost américain, a été traduit par Maëlle Gouret pour Fast ForWord