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21/03/2020 13:51 EDT | Actualisé 21/03/2020 16:57 EDT

Un territoire et deux provinces se protègent aussi des Canadiens

La question des déplacements non essentiels à l’intérieur même du Canada se pose de plus en plus.

THE CANADIAN PRESS/Justin Tang
Le premier ministre Justin Trudeau prend la parole lors d'une conférence de presse sur COVID-19 à sa résidence, sur le terrain de Rideau Hall à Ottawa, le samedi 21 mars 2020.

OTTAWA — Des régions du Canada ont commencé à fermer leurs portes même aux Canadiens alors que le gouvernement fédéral tente encore de rapatrier ses milliers de ressortissants à l’étranger.

Samedi matin, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé que les Territoires du Nord-Ouest ferment leurs frontières à tout voyage non-essentiel, une décision que le gouvernement fédéral appuie. Un premier cas de la COVID-19 a été rapporté dans ce territoire, samedi. Il s’agit d’une personne de Yellowknife qui rentrait d’un séjour en Colombie-Britannique et en Alberta.

À Terre-Neuve-et-Labrador, où on a confirmé trois cas et en soupçonne trois autres, le gouvernement provincial a annoncé, vendredi, que tout visiteur arrivant dans la province, même d’ailleurs au Canada, devra s’imposer un isolement de 14 jours.

L’Île-du-Prince-Édouard, qui ne compte que deux cas, a pris les mêmes mesures samedi. Tout voyageur arrivant dans la province, par avion, par le pont de la Confédération ou par le traversier des Îles de la Madeleine devra s’isoler pendant 14 jours, même s’il ne s’est déplacé qu’à l’intérieur du Canada. Les voyageurs seront interceptés aux points d’entrée de l’île, afin qu’on détecte ceux qui présenteraient des symptômes.

Devant toutes ces mesures, les Québécois devraient-ils s’inquiéter de la proximité de leur voisin ontarien qui rapporte plus que le double du nombre de cas au Québec?

«On recommande aux gens de rester chez eux, de ne pas aller chez les voisins. Ça s’applique aux États-Unis, mais ça s’applique aussi aux provinces avoisinantes», a répondu M. Trudeau à sa sortie publique quotidienne.

«Il reste des gens qui ont des raisons importantes pour voyager, des raisons de famille, des raisons d’affaires. Mais si les gens peuvent garder leurs déplacements au minimum, rester chez eux, ce serait une bonne chose pour nous tous», a-t-il ajouté.

Celui qui représente la voix scientifique du gouvernement fédéral a offert, pour sa part, une réponse étrangement politique.

«On est un pays. (...) En fin de compte, on est tous des Canadiens, pas des Ontariens ou des Québécois», a déclaré Dr Howard Njoo, sous-administrateur en chef de l’Agence de la santé publique du Canada.

Son collègue directeur de la Santé publique du Québec a présenté une analyse plus pratico-pratique.

Le Dr Horacio Arruda a souligné la situation particulière de la région de la capitale du pays. Il ne croit pas utile de séparer la ville d’Ottawa de celle de Gatineau, puisqu’il faut, entre autres, maintenir l’accès des Gatinois aux services de santé ontariens.

«Peut-être s’il y avait une affaire à faire, (la fermeture) pourrait être entre l’Outaouais (...) et d’autres régions du Québec. Comme j’ai dit, moi, je n’exclus rien», a-t-il déclaré, lors de la conférence de presse des autorités québécoises.

Pour l’instant, malgré les décisions des Territoires du Nord-Ouest et des deux provinces atlantiques, les ministres du gouvernement fédéral ne veulent pas contempler l’imposition de plus de restrictions entre les provinces.

«C’est absolument essentiel que nos corridors de transport et de commerce restent ouverts pour transporter à travers le Canada (...) les biens essentiels dont notre pays a besoin», selon le ministre fédéral des Transports Marc Garneau.

Tout comme ses collègues, il n’a pu expliquer pourquoi les mêmes règles imposées aux étrangers et qui limitent les déplacements des particuliers mais pas des marchandises ne pourraient pas s’appliquer entre les provinces.

La ministre fédérale de la Santé, elle, a mis en garde contre toute mesure plus restrictive.

«Le défi dans un cas où on bouclerait une province ou une région du pays, sans baser sa décision sur l’épidémiologie, c’est que ça pourrait mener à d’autres types de souffrance», a averti Patty Hajdu.

Et puis, dans un élan de réalisme, la ministre Hajdu a servi deux autres avertissements.

«Il ne s’agit pas ici de deux semaines de distanciation sociale. Ce sera des mois de distanciation sociale», a-t-elle prédit.

«Quand les gens ne respectent pas les règles, ça met en danger nos libertés individuelles. Ça oblige les gouvernements à trouver des mesures de plus en plus restrictives pour forcer les gens à rester chez eux», a-t-elle ajouté pour ceux qui résistent aux conseils et recommandations des autorités.

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