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«C'est fini»: des adeptes de QAnon dévastés après l'investiture de Biden

Un aperçu des réunions virtuelles de QAnon, qui n'ont pas du tout tourné comme prévu.

L’investiture de Joe Biden mercredi marque non seulement le début historique d’une nouvelle présidence, mais aussi, pour d’innombrables Américains, la fin dévastatrice d’une longue arnaque.

Pour les croyants de QAnon, la théorie du complot d’extrême droite qui considère Donald Trump comme une figure divine luttant secrètement contre une cabale de pédophiles du «deep state» qui contrôlent le gouvernement, les choses n’étaient pas censées se dérouler de cette façon.

Mois après mois, année après année, «Q», le chef obscur de ce mouvement en ligne, aidé par son armée d’influenceurs des médias sociaux, leur avait promis qu’une «tempête» symbolique allait se produire. La mythologie voulait que mercredi, enfin, les Biden, les Obama et les Clinton seraient arrêtés et exécutés pour trafic sexuel d’enfants, trahison et autres crimes. Trump, ayant finalement vaincu le mal, resterait au pouvoir.

C’était le moment qu’ils attendaient désespérément.

Dans les refuges numériques pour les extrémistes d’extrême droite, tels que Gab et Telegram, des groupes de QAnon se sont transformés en réunions virtuelles pour pouvoir réagir à la cérémonie en temps réel. Au début de l’événement, les membres pouvaient difficilement contenir leur joie - ou leur désir d’effusion de sang.

«BIENVENUE À LA GRANDE FINALE !!!» lance avec excitation un utilisateur dans un groupe comptant 185 000 membres sur Gab. «Quelqu’un d’autre a envie de vomir d’excitation?!?!?!» demande une autre personne au milieu d’un flux rapide de messages traversant une chaîne Telegram de 34 000 membres. D’autres salivent à l’idée de décapitations et de violences sexuelles contre d’éminents démocrates. Plusieurs messages sont trop grotesques pour être publiés.

À 11h45, cependant, alors que Kamala Harris prête serment à la vice-présidence, les foules deviennent anxieuses.

Où est la putain de tempête?
Où est la putain de tempête?

«Eh bien, ce pop-corn vient de refroidir», écrit un partisan de QAnon. «Quand commencent les arrestations??» se demande un autre. Les adeptes continuent de s’accrocher à l’espoir tout en comptant les minutes avant le «grand réveil» tant attendu.

Mais à midi, avec un Biden souriant qui pose la main sur la Bible pour être assermenté en tant que 46e président des États-Unis, la réalité frappe.

«Je ne peux pas m’arrêter de pleurer. Merde. Pourquoi?» écrit quelqu’un. «C’est fini», concède un autre. Certains se demandent déjà comment ils pourront éventuellement reconstruire les ponts avec les êtres chers qu’ils avaient repoussés à cause de leur obsession pour Q.

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Rapidement, l’attitude au sein des communautés QAnon en ligne passe ainsi de la joie au choc et à la misère: «RIEN N’EST ARRIVÉ PUTAIN !!!»; «Alors maintenant, nous avons la preuve que Q était une connerie totale»; «Je me sens malade, dégoûté et déçu»; «Avons-nous été dupés ???»; «Vous nous avez tous trompés»; «COMMENT AVONS-NOUS PU CROIRE ÇA AUSSI LONGTEMPS? SOMMES-NOUS TOUS DES IDIOTS?»

Pendant ce temps, plusieurs fidèles de QAnon effectuent une gymnastique mentale digne d’une médaille pour maintenir l’illusion vivante. Quelques-uns suggèrent que la vidéo montrant Biden devenir président est fausse et qu’il est en fait enfermé derrière les barreaux. D’autres postulent que Biden lui-même a travaillé avec Trump depuis le début pour démanteler le «deep state», et qu’il serait celui qui lancerait l’armée sur les prétendus traîtres. Beaucoup supplient de rester patients: «Q ne nous ferait pas ça. Il ne nous laisserait pas tomber. Ne perdez pas espoir.»

Il n'y a AUCUNE CHANCE que Trump aurait laissé ça aller s'il n'y avait pas de Plan. Je fais confiance à Trump. Combien de temps je peux continuer, je ne sais pas. Que Dieu nous vienne en aide.
Il n'y a AUCUNE CHANCE que Trump aurait laissé ça aller s'il n'y avait pas de Plan. Je fais confiance à Trump. Combien de temps je peux continuer, je ne sais pas. Que Dieu nous vienne en aide.

Mais même certains des influenceurs les plus importants de QAnon ont finalement reconnu à contrecœur qu’il était temps de passer à autre chose. MelQ, une leader majeur de QAnon, a désactivé les commentaires sur sa chaîne Telegram alors que l’assermentation de Biden se rapprochait et que les membres semblaient perdre la foi, afin de «faire respirer tout le monde». Mais une fois la cérémonie terminée, elle a changé de refrain. «Ok laissez tout sortir», a-t-elle écrit, ajoutant plus tard: «Nous allons tout traverser ensemble.»

Ron Watkins, l’ancien administrateur de 8kun - une plateforme qui a longtemps été vitale pour la communication de Q avec ses adeptes - a également abandonné. «Nous avons tout donné», a-t-il déclaré à ses près de 120 000 abonnés Telegram. «Maintenant, nous devons garder la tête haute et retourner à nos vies du mieux que nous le pouvons.»

Même Joe M, l’un des premiers appuis de Q et parmi les plus connus, avait laissé entendre il y a quelques jours que QAnon pourrait être une ruse: «La semaine prochaine, soit Q se révèle être un canular bien intentionné… soit nous sommes tous sur le point d’être témoin de la séparation de la mer Rouge et d’un nouveau chapitre de niveau biblique dans la civilisation humaine», écrivait-il le 16 janvier.

Mercredi après-midi, il n’était pas prêt à accepter la défaite: «Ma foi n’est pas envers Q ou envers “le Plan”. Ma foi est dans les Américains fiers et tenaces et dans tout ce qu’ils ont toujours représenté», a-t-il assuré aux dizaines de milliers d’utilisateurs de sa chaîne Telegram. «Peu importe comment ce jour peut sembler sombre, cette foi est indestructible.»

Certes, ce n’est pas la fin de QAnon ou des immenses dégâts qu’il a infligés à la société américaine. Le mouvement, que le FBI considère comme une menace terroriste domestique, a déjà évolué et s’est regroupé pour retrouver le contrôle de ses membres à maintes reprises, et il a implanté des racines profondes dans un éventail d’autres communautés: amateurs de yoga, groupes confessionnels, salles de classe, réseaux anti-vax - la liste est longue.

La radicalisation massive des Américains par QAnon fait partie de l’héritage de Trump. L’un des plus grands défis de l’administration Biden sera de s’y attaquer.

On ignore maintenant quelle direction prendra la théorie du complot; de nombreux et fervents partisans jurent de continuer à avancer sans se décourager. Pour aujourd’hui, cependant, le groupe a subi une défaite.

«NOUS AVONS ÉTÉ ARNAQUÉ EN CROYANT Q !!!» déplorait un utilisateur Telegram.

«ET MAINTENANT?!?!?!»

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.

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