À quand une solution de rechange au dépistage nasopharyngé de la COVID-19?

L'insertion d'un écouvillon par le nez jusqu'à la paroi postérieure du nasopharynx n'a rien d'agréable.
Le test par écouvillon nasopharyngé est la méthode la plus efficace pour dépister la COVID-19, mais plusieurs rapportent que la procédure est inconfortable. (Mise en scène).
Le test par écouvillon nasopharyngé est la méthode la plus efficace pour dépister la COVID-19, mais plusieurs rapportent que la procédure est inconfortable. (Mise en scène).

Le dépistage à grande échelle est l’une des pierres angulaires du plan des autorités sanitaires pour se préparer à une possible deuxième vague de contamination au coronavirus cet automne. Or, le test de dépistage en rebute plusieurs. Une préoccupation à laquelle Québec se dit «sensible», sans toutefois être en mesure d’offrir une autre option pour le moment.

À l’heure actuelle, la plupart des pays préconisent un écouvillonnage nasopharyngé pour dépister les infections à la COVID-19. Le test, qui nécessite l’insertion d’un écouvillon de 15 cm dans la narine jusqu’au fond des fosses nasales, demeure «la meilleure méthode disponible à l’heure actuelle», soutient le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (MSSS).

La procédure est toutefois - du propre aveu du ministère - «inconfortable». Et à l’approche de la saison du rhume et de la grippe, certains Québécois anticipent de devoir la subir (ou la faire subir à leurs jeunes enfants) chaque fois qu’ils développeront une toux ou un mal de gorge pendant la saison froide.

«Je sais qu’il y a des parents qui se disent: “mon enfant n’ira pas le passer 10 fois” et je les comprends», déclarait récemment au HuffPost Québec la Dre Caroline Quach, pédiatre, microbiologiste-infectiologue et épidémiologiste au CHU Sainte-Justine.

Si elle se disait optimiste de voir d’autres méthodes devenir disponibles au cours des prochains mois, tout indique que les Québécois devront encore se contenter du dépistage nasopharyngé pour un bon moment.

Plusieurs solutions de rechange à l’écouvillonnage nasopharyngé sont présentement à l’étude au Québec, du prélèvement salivaire au frottis de gorge. Mais les résultats ne sont pas concluants pour le moment.

L'Organisation mondiale de la santé recommande de privilégier l'écouvillonnage nasopharyngé pour dépister la COVID-19.
L'Organisation mondiale de la santé recommande de privilégier l'écouvillonnage nasopharyngé pour dépister la COVID-19.

«Je ne suis pas sûr qu’il y ait grand chose de très révolutionnaire qui s’en vient», prévient Dr Raymond Tellier, médecin microbiologiste au CUSM et professeur agrégé à la Faculté de médecine de l’Université McGill. Il explique que la méthode est «un standard pour la détection des virus respiratoires», et pas seulement le coronavirus.

Dr Tellier siège également sur le comité OPTILAB, qui a pour mandat d’émettre des recommandations au comité directeur clinique COVID-19 du MSSS afin d’assurer une gestion coordonnée des laboratoires pendant la pandémie.

Il explique que les laboratoires peuvent analyser les prélèvements faits dans la gorge ou moins profondément dans le nez de la même façon que ceux provenant du nasopharynx, mais que le taux de «faux négatifs» est trop important pour que ces méthodes soient considérées comme fiables.

«Si on a des patients infectés, on peut manquer le diagnostic si on fait un écouvillonnage nasal ou de la gorge», explique-t-il. Des prélèvements nasaux faits sur des patients hospitalisés avec la COVID-19 au Québec ont même donné des résultats négatifs, alors que des prélèvements nasopharyngés réalisés la même journée étaient «fortement positifs», relate-t-il.

«Le principe de base c'est qu'il faut aller chercher le virus là où il est. Et il ne nous demande pas notre avis.»

- Dr Raymond Tellier, microbiologiste

Le problème, c’est que pour détecter un virus, il faut aller le chercher là où il se trouve. Et dans le cas de la COVID-19, c’est dans le fond des fosses nasales.

Ayant lui-même dû subir le test à quelques reprises, Dr Tellier convient que «c’est désagréable», voire «pas drôle du tout pour les jeunes enfants». Toutefois, un prélèvement réalisé avec un bon écouvillon par une personne qualifiée ne devrait pas s’apparenter à de la torture.

«Bien que le virus peut se reproduire dans l’épithélium du système respiratoire supérieur, il semble avoir une prédilection pour l’arrière de la muqueuse nasale», explique Dr Tellier. «Donc, il faut vraiment un écouvillonnage nasopharyngé.»

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les autres méthodes de dépistage n’ont aucune valeur.

Au plus fort de la première vague, alors que des pénuries d’écouvillons nasopharyngés sévissaient un peu partout dans le monde, plusieurs provinces canadiennes ont autorisé le dépistage de la COVID-19 par frottis de gorge.

En avril, l’Alberta a même demandé à ses hôpitaux de réserver les écouvillons nasopharyngés pour certains patients à haut risque, soulignant qu’une analyse clinique réalisée par le ministère de la Santé et les laboratoires de la province avait «démontré que la sensibilité des frottis de gorge est comparable à l’écouvillonnage nasopharyngé pour la détection de la COVID-19».

Les stocks d’écouvillons s’étant stabilisés, la province a depuis recommencé à privilégier le test traditionnel, mais le dépistage par frottis de gorge était encore offert à la fin juillet.

Des solutions de rechange sont aussi privilégiées pour certaines clientèles. Au CHU Sainte-Justine, les jeunes patients en hémato-oncologie sont dépistés à l’aide d’un écouvillonnage nasal, moins invasif. Ils souffrent souvent de cancers du sang, de la moelle osseuse ou du système lymphatique et doivent subir un test à chacune de leurs hospitalisations, qui sont fréquentes.

Une décision qui tombe sous le sens, selon Dr Tellier. «C’est approprié qu’il y ait des jugements qui soient faits dans des cas particuliers», dit-il.

«Ça a un rôle à jouer. Je pense qu’il faut simplement que les cliniciens qui interprètent les tests se rappellent que ce n’est pas aussi sensible qu’un test nasopharyngé.» En cas de résultat négatif, ceux-ci devront donc porter une plus grande attention à l’historique d’exposition du patient, des symptômes s’il y en a et demander un nouveau test si un doute subsiste, explique-t-il.

La salive, «piste prometteuse»

Pour le Dr Tellier, l’option la plus intéressante est le test salivaire.

«C’est un échantillon qui est beaucoup plus facile à prélever et qui demande moins de matériel», souligne-t-il. On peut réaliser le prélèvement à l’aide d’un seul contenant de plastique stérile et l’échantillon n’a pas besoin d’être mélangé à un milieu de transport viral.

Dans une entrevue accordée à La Presse, la DJudith Fafard, médecin biologiste-infectiologue et médecin-conseil à l’Institut national de santé publique évoquait la possibilité qu’un test salivaire basé sur un protocole développé par l’Université Yale, aux États-Unis, soit disponible dès l’automne.

Mais interrogé quelques jours plus tôt par le HuffPost Québec, le MSSS demeurait beaucoup plus prudent.

«Les résultats obtenus au Québec varient beaucoup d’un laboratoire à l’autre et le gouvernement ne peut proposer cette approche à l’heure actuelle. Nous tentons de mieux comprendre l’hétérogénéité de nos résultats avant d’en faire une recommandation», a déclaré son porte-parole Robert Maranda.

Dr Tellier ajoute que la charge virale détectée dans la salive est moins élevée que dans le nasopharynx, ce qui pourrait compliquer le dépistage chez les personnes qui sont en train d’incuber la maladie.

La science est maintenant assez claire: les personnes asymptômatiques peuvent transmettre la COVID-19.
La science est maintenant assez claire: les personnes asymptômatiques peuvent transmettre la COVID-19.

«Ces gens-là, dans deux, trois ou quatre jours, vont avoir une charge virale très élevée et vont être très contagieux», rappelle-t-il.

«C’est pour ça que dans un cadre de dépistage chez des gens asymptômatiques comme le retour à l’école, plusieurs d’entre nous sommes un peu mal à l’aise de préconiser des tests où on diminue la sensibilité de détection.»

De son côté, Santé Canada rappelle que l’utilisation d’échantillons de salive n’a été approuvé pour aucun des instruments d’analyse dont elle a autorisé la vente. Pour obtenir leur aval, «les fabricants devraient démontrer que le virus ou les anticorps peuvent être détectés de façon fiable et précise dans l’échantillon de salive», ont affirmé Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada dans un courriel au HuffPost.

Les scientifiques ont encore du travail à faire avant que Québec ne puisse recommander le dépistage par la salive.

«Ce n’est pas parce qu’on essaie de faire mal aux gens de façon volontaire», plaide Dr Tellier. «Le principe de base, c’est qu’il faut aller chercher le virus là où il est. Et il ne nous demande pas notre avis.»

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