TÉMOIGNAGES
02/02/2020 08:00 EST

J’ai déjà tenté de m’enlever la vie. Il existe de l'aide, il faut parler

C’est beaucoup de travail, je ne m’en cacherai pas. Mais je sais qu’il y a des gens qui sont là pour me supporter. Je ne peux pas faire autrement que de continuer à avancer.

Courtoisie/Érick Légaré
Érick Légaré

Les propos de ce témoignage ont été recueillis par le HuffPost Québec et retranscrits à la première personne.

J’ai eu une enfance assez rock and roll. Je suis passé par l’orphelinat, j’ai vécu l’adoption, l’inceste, le rejet et la trahison. J’ai donc grandi avec la mentalité que j’allais me démerder tout seul dans la vie. Quand il y avait des problèmes, je les mettais dans un «pack-sack», en me disant qu’un jour j’allais les régler. Mais je ne les réglais pas, mes problèmes. 

La vie va tellement vite. C’est une course contre la montre, tout le temps. On veut arriver à temps à la maison, faire le souper pour les enfants, il faut aller les chercher à la garderie ou à l’école, ils ont du sport, on veut aussi faire du sport, on fait les devoirs... Donc quand il arrive des problèmes, qu’est-ce qu’on fait? On les met dans le petit sac à dos. 

Un moment donné, le sac à dos, il devient lourd et on écrase.

En 2007, j’ai perdu mon emploi et j’ai fait une dépression qui n’a pas été traitée.

En 2013, je me suis séparé de la mère de mes enfants. Suite à ça, j’ai eu une autre conjointe, qui elle aussi avait des enfants, mais la famille recomposée, ça n’a pas bien été et notre relation s’est terminée. À ce moment-là, je suis retombé. Et cette fois-là, c’était une grosse dépression. 

Malheureusement, je ne voulais toujours pas me faire soigner.

J’étais le gars qui faisait des arts martiaux et des combats, je n’étais pas supposé avoir peur de rien, j’étais un «tough». Je me disais que j’étais capable d’en prendre. 

Dans la vie, j’étais un gars très joyeux, sociable et qui a du fun avec tout le monde. Les gens m’appelaient «monsieur sourire». Au début, je cachais ma souffrance. Mais éventuellement, c’était rendu que je rentrais au travail avec mon chandail à capuchon, mes écouteurs sur les oreilles, je faisais mon travail et je ne voulais pas qu’on me dérange. 

C’est une collègue qui est allée voir notre superviseure et qui a dit que je n’allais pas bien, qu’il fallait faire quelque chose. J’étais facteur et ma superviseure est venue me rejoindre sur la route pour jaser. Je me suis écrasé. J’ai commencé à pleurer comme un bébé. Je suis allé voir mon médecin et j’ai été mis en arrêt de travail. 

Le problème, c’est que j’ai tout arrêté. J’ai arrêté de voir mes amis, de m’entraîner et je restais enfermé chez nous. C’est la pire chose que j’ai pu faire. 

J’ai perdu énormément de poids. Je ne mangeais presque plus, je ne dormais plus, je ne faisais plus rien. Je n’avais plus le goût de rien, plus le goût de voir personne.

La douleur intérieure était tellement atroce. C’était insupportable. J’étais tellement dépassé, je n’étais plus capable de réfléchir intelligemment. 

Je n’avais pas le goût de mourir, mais c’était tellement intense que je voulais faire en sorte que tout arrête. Arrêter de souffrir, de faire de la peine aux autres, de ne pas me sentir avancer dans la vie. 

J’ai passé à l’acte le 3 novembre 2016.

Ce que je sais de ce moment-là, ce sont mes amis, la police et les pompiers qui me l’ont raconté parce que je ne m’en souviens pas. J’avais écrit un message sur Facebook. Je disais au revoir à mes amis, ma famille, mes enfants et je disais que j’étais tanné de souffrir, d’avoir mal et de nuire aux gens. 

Ce n’est pas juste un événement qui a eu lieu le 3 novembre 2016. C’est un événement qui a eu des répercussions par la suite et qui a fait des dommages collatéraux.

On a réussi à me trouver à temps grâce à la localisation de mon téléphone. Je me suis retrouvé à l’hôpital, à l’aile psychiatrique. J’ai passé une semaine là-bas. Ça m’a amené à beaucoup réfléchir et à réaliser que de ne pas avoir parlé et de ne pas être allé chercher d’aide m’a emmené très loin. 

Les six premiers mois, j’étais encore en arrêt de travail. J’ai vu des psychologues et des psychiatres et petit à petit, les rencontres se sont espacées. J’ai appris à régler mes problèmes graduellement, une chose à la fois.

Ce n’est pas juste un événement qui a eu lieu le 3 novembre 2016. C’est un événement qui a eu des répercussions par la suite et qui a fait des dommages collatéraux. Mes enfants ont été marqués par ça. Au début, ils avaient de la misère à dormir à cause de tout ça. Ils avaient peur de me perdre. 

Un ami m’a dit qu’il y avait une cinquantaine de personnes autour de l’ambulance ce soir-là. Des gens qui ne se connaissaient pas, mais qui étaient tous reliés à moi à différents niveaux. Ils ont vu mon message sur Facebook et ils me cherchaient. 

J’ai encore des moments et des saisons plus difficiles. C’est beaucoup de travail, je ne m’en cacherai pas. Mais je sais qu’il y a des gens qui sont là pour m’aider, me supporter et m’écouter. Je ne peux pas faire autrement que de continuer à avancer. 

Je prends de la médication, je n’ai pas le choix. Des fois, je me sens moins bien, mais c’est la vie. Tout le monde a des hauts et des bas. C’est juste que maintenant, je sais comment faire en sorte que ça ne m’affecte pas trop pour ne pas retomber. 

Je suis chanceux, je suis encore là, et je vais faire en sorte que d’autres gens ne se rendent pas jusqu’où je me suis rendu.

Il faut parler de la maladie mentale. Ça fait partie de la vie, pourquoi ne pas en parler? Il n’y a personne qui est à l’abri de ça. Personne, personne. 

Ce que je me suis donné comme mission, c’est de montrer aux gens qu’il existe de l’aide. Il faut parler. Je suis chanceux, je suis encore là, et je vais faire en sorte que d’autres gens ne se rendent pas jusqu’où je me suis rendu.

Quand ça ne va pas, il faut s’arrêter et se demander ce qui ne marche pas. Arrêter de garder ça en dedans de soi. Parler, sortir le méchant, dire ce qui ne va pas, mettre le doigt sur le bobo. Puis après, trouver des solutions. 

Oui, parfois c’est long, c’est difficile, mais il y a moyen de passer au travers.

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

Propos recueillis par Florence Breton. 

Vous ou un de vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à joindre le Centre de prévention du suicide au 1866 APPELLE (277-3553).

Vous pouvez également visiter le site Comment parler du suicide.