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19/07/2019 07:30 EDT

Regain de tensions à Kanesatake et à Oka

Le maire d'Oka craint une nouvelle crise, près de 30 ans plus tard.

Ryan Remiorz/La Presse canadienne

MONTRÉAL — Près de 30 ans après la crise d’Oka, des tensions réapparaissent dans cette communauté du lac des Deux-Montagnes à propos des intentions d’un propriétaire foncier de restituer des terres aux Mohawks de Kanesatake dans la pinède qui avait été le théâtre d’un affrontement meurtrier à l’été 1990.

Des centaines de personnes ont rempli mercredi soir une église de cette petite localité au nord-ouest de Montréal pour discuter de la restitution aux Mohawks, par un promoteur privé, d’une partie de la pinède, dans le cadre du programme fiscal de «dons écologiques» du gouvernement fédéral.

Le maire d’Oka, Pascal Quevillon, a déclaré que sa communauté souhaitait discuter avec le gouvernement fédéral de ce transfert proposé, qui inquiète aussi ses concitoyens, selon lui. Sans la souhaiter, M. Quevillon craint une nouvelle crise d’Oka qui serait cette fois menée par des résidents inquiets des empiètements autochtones sur leur territoire.

Ses commentaires ont suscité des critiques de certains résidents d’Oka, qui estiment que la rhétorique incendiaire de leur maire ne contribue guère à améliorer les relations de bon voisinage avec les Mohawks. Le grand chef de Kanesatake, Serge Simon, se dit aussi préoccupé par les propos du maire d’Oka, qui s’appuient selon lui sur la désinformation.

Mais le maire Quevillon en a remis, affirmant qu’on retrouvait à Kanesatake des dépotoirs illégaux et des «cabanes à cannabis et à cigarettes», et qu’il ne voulait pas de cela dans sa ville.

«Manque de respect»

Le premier ministre fédéral Justin Trudeau a déploré la sortie du maire d’Oka. Selon lui, les commentaires de Pascal Quevillon «manquent de respect et de compréhension, qui sont nécessaires à la réconciliation».

«La réconciliation est extrêmement importante pour le Canada et les Canadiens. Elle nécessite que l’on relève des défis très difficiles liés à leur poids historique, a déclaré le premier ministre. La seule façon de progresser est de miser sur un partenariat respectueux et le dialogue. Nous espérons que toutes les parties impliquées à Oka s’engageront dans un dialogue respectueux et construction qui nous permettra de progresser pour le plus grand bénéfice de tous.»

 

La ministre québécoise des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, écrit sur sa page Facebook qu’elle a parlé au maire d’Oka mercredi matin, avant la rencontre d’information en soirée, «afin de réitérer la position de notre gouvernement de travailler en collaboration avec le fédéral et les parties intéressées pour préserver la paix sociale et assurer la sécurité de tous».

«Comme ministre des Affaires autochtones et députée de Mirabel, je n’endosse pas les propos tenus par le maire, écrivait Mme D’Amours mercredi midi. Il est primordial que toutes les parties maintiennent un dialogue positif et ouvert.»

Le grand chef de Kanesatake Serge Simon a dit que les tensions s’étaient grandement aggravées à Oka. Il réclame l’intervention d’intermédiaires comme le gouvernement québécois pour calmer les esprits.

«Je prends ces propos [du maire] avec un peu d’inquiétude. Cela me concerne beaucoup, a-t-il déclaré. Il peut se servir des leçons de la crise d’Oka pour éviter les malheurs que nous avions vécus à l’époque, mais il choisit de tomber dans les mêmes pièges qu’en 1990. De dire que ce sont les membres de sa communauté qui vont créer la prochaine crise, c’est irresponsable pour un maire.»

«Esprit de réconciliation»

Grégoire Gollin, un promoteur privé, soutient qu’il a agi dans un esprit de réconciliation en concluant le mois dernier un accord pour céder au conseil local de Kanesatake 60 hectares de forêt dans la fameuse pinède où se trouve un cimetière ancestral mohawk. La cession serait réalisée dans le cadre du Programme fédéral des dons écologiques, qui procure d’importants avantages fiscaux aux propriétaires de terres «écosensibles» souhaitant «protéger la nature et transmettre un héritage aux générations futures».

En plus des 60 hectares, M. Gollin a également indiqué qu’il était prêt à discuter de la vente au gouvernement fédéral de 150 hectares supplémentaires qu’il possède à Oka, afin qu’ils soient transférés éventuellement à la communauté mohawk. Il soutient que près de la moitié de ce territoire est adjacente à des terres appartenant déjà à Kanesatake.

La «crise d’Oka» avait débuté le 11 juillet 1990, lorsque des policiers de la Sûreté du Québec ont donné l’assaut au petit matin sur des manifestants de Kanesatake qui occupaient la pinède. Les militants, appuyés par des «Warriors» armés venus d’autres communautés mohawks, voulaient empêcher la municipalité voisine d’Oka d’empiéter sur une partie du cimetière ancestral autochtone afin d’agrandir un terrain de golf.

Shaney Komulainen/La Presse canadienne
Le soldat canadien Patrick Cloutier et Brad Laroque, alias «Freddy Kruger», s'affrontent du regard dans la réserve de Kanesatake, le 1er septembre 1990.

 

L’affrontement, au coeur de l’été, avait coûté la vie au policier Marcel Lemay. Après 78 jours d’occupation — et l’intervention de l’armée —, un accord avait finalement été conclu, au début de l’automne, pour lever les barricades, en échange de l’annulation de l’agrandissement du terrain de golf.