Pourquoi de plus en plus de familles ont-elles seulement un enfant?

La majorité des stéréotypes sur les enfants uniques sont erronés, soit dit en passant.

Il n’y a pas une famille pareille. Il y a des grosses familles, des petites, des recomposées, des familles qui n’ont pas d’enfants et d’autres qui n’ont plus de parents.

Nous savons tous cela, même s’il existe encore une sorte de norme culturelle qui sous-entend qu’une famille n’est pas «complète» tant qu’elle n’est pas composée d’au moins deux enfants. Pourtant, ce concept de famille nucléaire avec de multiples rejetons commence à dépérir, alors que de plus en plus de couples choisissent d’arrêter de se reproduire après un premier enfant.

Selon Statistique Canada, le nombre de familles ayant seulement un enfant connaît une légère progression. Les familles d’enfant unique représentaient 37,3% de tous les foyers avec enfants en 2001; en 2011, cette proportion est passée à 38,6%. Cette année-là, le taux de fertilité était de 1,61 enfant par femme. En 2016, il a chuté à 1,54.

Il s’agit du «plus bas taux de fertilité observé depuis 2003», selon Statistique Canada, qui ajoute qu’il est «près du plus bas taux jamais observé dans l’histoire canadienne».

Cette tendance est cohérente avec les chiffres provenant d’un peu partout sur la planète. Aux États-Unis, le nombre moyen d’enfants est passé de 2,5 à 1,9. En Angleterre, 46% des familles ont un seul enfant. En Espagne et au Portugal, c’est le cas d’environ 30% des familles. Ce choix est aussi de plus en plus commun en Italie, en France et en Allemagne, selon le Toronto Star.

Mais malgré cette tendance de plus en plus commune, de nombreuses familles qui font ce choix se sentent ostracisées.

«Si vous avez un enfant, on vous fait sentir coupable de ne pas en avoir un autre», a déjà affirmé l’américaine Susan Newman, auteure du livre The Case for the Only Child, à Psychology Today.

«Votre mère, vos amis, même des étrangers vous diront: ″Vous ne pouvez pas en avoir juste un! Comment pouvez-vous faire ça à votre enfant?″» ajoute-t-elle.

Beaucoup de mythes à propos des enfants uniques – qu’ils sont gâtés, qu’ils se comportent mal, qu’ils n’ont jamais appris à bien socialiser – persistent, même si la plupart d’entre eux proviennent d’une seule étude réalisée en 1896 qui a depuis été contestée. D’autres études révisées par les pairs, plus récentes, démontrent que les enfants uniques ne sont en fait pas très différents de ceux qui ont des frères et soeurs, a rapporté le Time.

(À une exception près: les enfants uniques ont généralement de meilleurs résultats dans les tests d’intelligence et de réussite, une qualité qu’ils partagent avec les aînés et les enfants qui ont seulement un frère ou une soeur.)

Il existe plusieurs raisons qui peuvent expliquer cette tendance à avoir un seul enfant, qu’adoptent de plus en plus de familles:

Ça coûte cher

Avoir des enfants coûte cher. Selon MoneySense, élever un enfant jusqu’à l’âge de 18 ans coûte en moyenne 253 946,97$ au Canada – un montant qui a augmenté de 10 000$ entre 2011 et 2015. La dépense la plus importante concerne évidemment la garde d’enfants, mais la nourriture, les soins de santé, les frais de transport et les loisirs représentent aussi des frais significatifs. Lorsque le New York Times a sondé les Américains qui ne désiraient pas de familles nombreuses, la raison la plus souvent évoquée pour expliquer leur choix était que cela coûtait trop cher.

Les jeunes Canadiens ont des hypothèques plus importantes et des emplois plus précaires que la génération de leurs parents, et posséder une maison est tout simplement impossible pour beaucoup d’entre eux. Cela explique probablement pourquoi, en partie, ils n’ont pas les moyens d’élever des familles nombreuses.

La transformation de la mère

Les femmes continuent de prendre de plus en plus d’espace dans le milieu du travail; elles commencent donc à avoir des enfants plus tard qu’avant. Dans les années 1950, l’âge moyen auquel une femme avait ses enfants était 24 ans. Cet âge a grimpé de façon importante depuis le milieu des années 1970, selon Statistique Canada. En 2011, l’âge moyen d’une femme ayant son premier enfant était de 28,5 – un sommet inédit. En 2016, l’âge moyen des femmes qui avait un enfant, toutes naissances confondues, était de 30,8.

Pour les femmes (plus particulièrement), avoir des enfants peut souvent être pénalisant sur le marché du travail. Une étude réalisée par RBC un peu plus tôt cette année a démontré que les mères peuvent être moins bien payées et avoir moins d’opportunités de travail jusqu’à cinq ans après la naissance de leur enfant.

«On ne s’en sort pas: la relation entre l’égalité des genres et la fertilité est très forte, faisait remarquer le sociologue Philip Cohen au New York Times. Il n’existe pas de pays avec un taux élevé de fertilité où les genres soient égaux.»

Les changements climatiques

Alors que la température continue d’augmenter et qu’il devient de plus en plus difficile de renverser la vapeur en ce qui concerne les changements climatiques, certaines personnes choisissent de ne pas avoir d’enfants pour donner un peu de répit à la planète. En 2017, une étude démontrait qu’une famille qui décidait d’avoir un enfant de moins dans un pays développé émettrait environ 58,6 tonnes de carbone de moins par année. En conséquence, des groupes comme Conceivable Future, BirthStrike et Population Matters encouragent la population à prendre en considération le climat lorsqu’elle choisit de fonder une famille (ou pas).

Et pour certains, cela implique de la maintenir petite.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost Canada a été traduit de l’anglais.