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24/02/2020 07:40 EST

Teck Resources abandonne son mégaprojet de sables bitumineux en Alberta

Le projet Frontier était en attente de la décision du gouvernement fédéral, qui devait statuer sur son approbation cette semaine.

Darryl Dyck/La Presse canadienne
La fonderie de la minière Teck à Trail en Colombie-Britannique. (photo d'archives)

VANCOUVER — Teck Resources annonce qu’elle abandonne son mégaprojet d’exploitation de sables bitumineux Frontier, en Alberta. L’entreprise affirme que sa décision a été prise en raison du discours politique en faveur de la lutte aux changements climatiques.

En renonçant à ce projet, Teck Resources estime qu’elle va absorber une perte de 1,13 milliard $ avec le projet Frontier.

Dans une lettre adressée au ministre fédéral de l’Environnement, le président et chef de la direction Don Lindsay souligne que les investisseurs et les consommateurs réclament des autorités politiques un encadrement réglementaire pouvant concilier l’exploitation des ressources avec la lutte aux changements climatiques.

Selon M. Lindsay, ce cadre «n’existe pas ici en ce moment» et l’intensification du débat sur cet enjeu place «le projet Frontier et toute l’entreprise au coeur d’un problème beaucoup plus grand qui nécessite d’être résolu».

Ce mégaprojet de 20,6 milliards $ annoncé en grande pompe promettait la création de quelque 7000 emplois en construction, 2500 emplois d’opérateurs et environ 12 milliards $ en revenus divers pour le gouvernement fédéral. Toutefois, l’aventure devait émettre quatre millions de tonnes de gaz à effet de serre par année durant 40 ans.

Le projet Frontier était en attente de la décision du gouvernement fédéral, qui devait statuer sur son approbation cette semaine. En attendant, le promoteur avait déjà obtenu l’appui de 14 Premières Nations et communautés métisses.

Les ministres des Ressources naturelles, Seamus O’Regan, et de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, ont réagi dimanche soir dans un communiqué conjoint. Disant avoir été informés de la décision de Teck Resources, ils ont indiqué que le conseil des ministres ne se prononcerait pas sur la demande d’approbation.

Les deux ministres ont dit reconnaître que la décision prise par l’entreprise a dû être difficile et ils ont semblé entrouvrir la porte à une éventuelle nouvelle version du projet.

«D’importantes parties de l’économie du Canada se sont forgées grâce à notre secteur des ressources naturelles et aux personnes de partout au pays qui travaillent dans ce secteur depuis des générations. Notre gouvernement est fermement résolu à exploiter nos ressources naturelles de manière durable et à créer de bons emplois pour la classe moyenne. Une économie vigoureuse va évidemment de pair avec un environnement sain», peut-on lire dans la déclaration.

Ils ont également salué le travail de consultation mené auprès des communautés autochtones, citant le modèle d’approche de Teck Resources comme «un exemple positif pour les futurs promoteurs».

Grande déception en Alberta

Dans une réaction écrite, le premier ministre de l’Alberta Jason Kenney a parlé d’une «grande déception» pour les Albertains, mais la décision du promoteur ne l’a pas étonné.

«À la lumière des événements des dernières semaines, cela n’est pas étonnant. C’est ce qui se produit quand les gouvernements n’ont pas le courage de défendre les intérêts des Canadiens devant une minorité militante», a-t-il écrit.

Selon lui, il n’y a pas de coïncidence dans la chronologie des événements. La mobilisation autochtone contre le gazoduc Coastal GasLink sur les terres ancestrales des Wet’suwet’en qui a mené au blocage des voies ferroviaires aurait provoqué l’abandon du projet.

«C’était un projet économiquement viable, comme l’entreprise l’a confirmé cette semaine. Un projet que l’entreprise défendait encore plus tôt cette semaine. Il s’est de toute évidence passé quelque chose très récemment», a soutenu M. Kenney.

«Des semaines d’indécision au gouvernement fédéral sur le processus d’approbation réglementaire et l’inaction face au blocage illégal ont créé davantage d’incertitude pour les investisseurs qui observent le Canada», a-t-il renchéri.

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