TDPM: quand la détresse s'invite chez soi... une semaine par mois

Hystériques? Loin de là! Marie-Claire Picard et Mélanie Roy sont atteintes du trouble dysphorique prémenstruel, un syndrome encore peu connu d'une grande partie de la population.

Imaginez: une semaine par mois, vous manquez d’appétit, vous êtes enflé, fatigué, à bout de souffle. Vous ressentez des symptômes de dépression, de l’anxiété, de l’agressivité, bref vous êtes instable émotionnellement... À croire que votre corps vous joue des tours.

Puis, la semaine d’après, tout rentre dans l’ordre... jusqu’au mois suivant. C’est ce que Marie-Claire Picard, Mélanie Roy, et de 3 à 8% des personnes menstruées vivent chaque mois: le trouble dysphorique prémenstruel. Les deux femmes se confient sur la manière avec laquelle elles réussissent à composer avec ce trouble qui, selon elles, demeure encore méconnu et jugé.

L’importance du diagnostic

«Ce que je disais souvent à la blague, c’est que j’étais folle», lance Marie-Claire avec humour. «Parce que des fois je me comprenais, des fois je ne me comprenais plus du tout.»

Elle explique que de «mettre un doigt sur le bobo» en obtenant le diagnostic du trouble dysphorique prémenstruel (TDPM) a véritablement changé sa vie pour le mieux.

Et comment pose-t-on un diagnostic? «En général, c’est trois aspects», détaille la Dre Marie-Hélène Renald, médecin spécialisée en obstétrique et gynécologie à l’Hôtel-Dieu de Lévis. «Le premier, c’est vraiment d’avoir des symptômes qui sont soit physiques, soit plus psychologiques, émotionnels. Il faut que ces symptômes-là causent un impact sur la qualité de vie ou sur le fonctionnement. Il faut surtout - et c’est ce qui est le plus important - que ça soit dans la phase lutéale du cycle menstruel», la deuxième partie du cycle (après l’ovulation).

Marie-Claire Picard
Marie-Claire Picard

Âgée aujourd’hui de 33 ans, Marie-Claire a été diagnostiquée en 2016. C’est sa psychologue qui lui a appris que le TDPM existait. Bien qu’elle avait elle-même déjà écrit un article à ce sujet sur son blogue personnel, la trentenaire n’avait pas fait le lien avec sa propre condition.

«On dirait que souvent, les femmes, on peut avoir des menstruations fortes, un SPM très fort, mais comme c’est juste ça qu’on connaît, dans notre tête, c’est ça. Je ne savais pas que j’avais quelque chose, que je vivais quelque chose d’intense, dans le fond. J’étais juste tellement habituée», explique-t-elle.

«Tu vis les symptômes sans te rendre compte que ça existe, donc c’est juste quand tu apprends que ça existe que tu es capable de faire des relations, des liens avec ce que tu vis.»

- Marie-Claire

Si la jeune femme avait ses règles depuis l’âge de 10 ans, c’est à la suite du décès d’une amie qui s’est enlevée la vie et d’une accumulation de stress lié à son travail que Marie-Claire a commencé à consulter une thérapeute. Sa psychologue l’a incitée à faire un test pour vérifier son état psychologique.

«J’ai fait un test de dépression, et à la fin, ma “note” me disait que j’étais en dépression majeure. On a refait le même test la semaine d’après, et là, j’étais tout à fait “normale” si on veut, je n’avais pas de symptômes de dépression.»

C’est après avoir passé ce test que la trentenaire et sa psychologue ont abordé le TDPM. «Tu vis les symptômes sans te rendre compte que ça existe, donc c’est juste quand tu apprends que ça existe que tu es capable de faire des relations, des liens avec ce que tu vis», relate-t-elle.

Une question de cycles

Chez Mélanie, c’est vers l’âge de 30 ans que les symptômes qu’elle associerait plus tard au TDPM ont commencé. Ceux-ci ont débuté après son accouchement, alors qu’elle tentait de trouver une méthode de contraception qui lui convenait, ne souhaitant pas avoir de deuxième enfant.

À l’âge de 11 ans, elle a eu ses premières menstruations et, avec elles, d’importantes douleurs ont fait irruption dans sa vie. Son médecin de l’époque lui a prescrit la pilule en continu, et le tout s’est avéré une «solution miracle»... jusqu’à l’âge de ses 28 ans, lorsqu’elle a arrêté de la prendre afin de tomber enceinte. Après avoir vécu sa grossesse, elle a dû passer à travers plusieurs années «d’essais et erreurs» pour tenter de trouver un contraceptif efficace et approprié pour son corps.

«Je sentais que j’étais plus agressive, que j’avais plus de difficultés à vivre ma vie quotidienne à certains moments. J’ai consulté, on a même pensé à un problème de santé mentale», relate-t-elle.

Tout ce processus a été très fastidieux et déstabilisant pour la résidente de Rimouski: «On a essayé tous les contraceptifs oraux, et tout ce qui contenait des hormones, ça ne me faisait pas.» Une chose était certaine, au fur et à mesure que le temps passait, le psychiatre de Mélanie remarquait que ses symptômes étaient cycliques.

Mélanie Roy
Mélanie Roy

Mais c’est en lisant un texte à propos du TDPM sur le web que Mélanie a compris ce qu’elle vivait et surtout, qu’elle n’était pas la seule à ressentir ces véritables montagnes russes intérieures.

«C’était calqué sur mon vécu et ça m’a vraiment apaisée. À ce moment-là, je me suis mise à consulter mon médecin de famille à ce sujet. Elle trouvait que ce n’était pas fou non plus», confie-t-elle en riant.

Par la suite, elle a rencontré une gynécologue et a pu avoir un suivi médical approprié à sa situation. «On a déduit que c’était ça, parce que ça faisait quand même longtemps qu’on essayait des choses.»

Cultiver la douceur envers soi

Mélanie témoigne elle aussi du soulagement ressenti lorsqu’elle a enfin pu mettre un mot sur ce qu’elle avait. «Ça a beaucoup apaisé mon anxiété», constate-t-elle.

Elle dit avoir appris à suivre son cycle hormonal de manière plus assidue, ce qui l’aide à organiser son emploi du temps en fonction de ses symptômes. «Je peux vraiment planifier; si j’ai une réunion importante, une sortie, un camping, je ne les planifie pas ces journées-là.»

En plus de tenter de faire de l’activité physique, de bien manger et de prendre la médication appropriée - dénichée elle aussi après de nombreux essais et erreurs -, Mélanie essaie d’être indulgente envers elle-même.

«J’essaie d’être un peu plus douce avec moi. Je m’en demande moins aussi. Je me dis: “OK, ta limite est atteinte. Aujourd’hui, c’est fini, ta journée est faite, tu peux te reposer.”»

Marie-Claire abonde dans le même sens, soulignant qu’elle communique beaucoup avec son conjoint à propos de ce qu’elle ressent. «Tu t’en demandes moins, tu te tapes peut-être un peu moins sur la tête, illustre-t-elle. Tu te dis: “Je fais le strict minimum et ça va.” J’en parle à l’autre pour qu’il comprenne que cette semaine-là, il faut peut-être qu’il en fasse un peu plus plus pour pallier. Ça va bien. C’est un travail constant, si on veut.»

Entre manque de connaissances et jugement

Le TDPM est-il pris au sérieux, selon Marie-Claire et Mélanie?

Pas du tout. «C’est normal, que les femmes aient mal, dit Mélanie. On leur dit “endure-toi”», déplore-t-elle.

D’une part, il manque de recherches et de connaissances sur la santé sexuelle des femmes – et sur le TDPM, par extension –, avance Marie-Claire. Et d’une autre part, on a aussi tendance à stéréotyper, à simplifier ce qu’elles ressentent. «C’est facile, quand une fille pète sa coche de dire: “C’est quoi, es-tu dans ta semaine? Ah, tu es SPM!” C’est cette vision qu’un peu tout le monde a qui vient bloquer l’accès à la bonne information.»

«Il y a même des femmes qui n’ont pas du tout de symptômes, qui vont dire que c’est dans notre tête et qu’on capote pour rien. Je pense que c’est le fait que ça touche les hormones, donc c’est très difficile à comprendre.»

«Il y a toutes sortes de symptômes reconnus, mais c’est vraiment l’impact que ça a sur notre vie courante qui est méconnu. C’est vrai, ce n’est pas un caprice, ce que je vis à tous les mois.»

- Mélanie

Pour Mélanie, ce qui est particulièrement méconnu, c’est à quel point les symptômes du TDPM peuvent être invalidants.

«On le sait depuis longtemps que les femmes sont “hystériques” avant leurs menstruations, irritables, fatiguées, mangent des chips, dit-elle en rigolant. Il y a toutes sortes de symptômes reconnus, mais c’est vraiment l’impact que ça a sur notre vie courante qui est méconnu. C’est vrai, ce n’est pas un caprice, ce que je vis à tous les mois», insiste-t-elle.

De son côté, la Dre Renald estime qu’il y a de plus en plus d’ouverture par rapport au TDPM dans le milieu médical, qu’on en entend de plus en plus parler. «On est rendu tellement de femmes en médecine. J’ai l’impression que ça a amené un biais positif, affirme-t-elle. Elle nuance en disant que malgré tout, «comme tous les troubles avec une composante mentale, psychiatrique, il y a encore des tabous. Il y a encore du progrès à faire.»

Aux personnes qui soupçonnent la présence d’un TDPM dans leur vie, Marie-Claire suggère de tenir un journal de bord pendant deux cycles menstruels. On peut y écrire comment on se sent et voir ce qui fluctue, selon les semaines. «Les journées où ça n’allait pas, c’était pendant telle période de ton cycle. Quand tu vois que c’est fréquent – c’est pour ça qu’ils disent d’observer au moins deux cycles –, tu peux commencer à te poser des questions.»

La Dre Renald recommande également de faire ce «calendrier des symptômes». «Il faut qu’on voit qu’ils apparaissent pendant la phase lutéale» et «qu’une fois que la menstruation est apparue, les symptômes disparaissent.»

«Il faut avoir les symptômes et aussi la cyclicité des symptômes», synthétise-t-elle.

Le trouble dysphorique prémenstruel est une condition médicale qui n’a pas encore toute l’attention qu’elle mérite, selon les deux femmes, mais elles espèrent que leurs témoignages contribueront à délier les langues sur ce sujet sensible.

«Je pense qu’il y a plusieurs façons de trouver des solutions; il faut juste trouver celle qui convient le plus à sa personne», résume Marie-Claire.

Qui consulter pour établir un diagnostic?

  • Un omnipraticien
  • Son médecin de famille
  • Une infirmière praticienne

Quels sont les traitements possibles?

  • Les contraceptifs oraux
  • Les antidépresseurs (en continu, ou de façon cyclique)
  • Certains anti-inflammatoires (pour les douleurs)

Autres pistes de solution

  • Entamer un suivi en psychothérapie (surtout la thérapie cognitivo-comportementale)
  • Faire de l’exercice régulièrement
  • Maintenir une alimentation équilibrée
  • Diminuer son stress, par la méditation ou le yoga, par exemple