POLITIQUE
27/11/2019 09:45 EST

Le Canada doit augmenter le prix de l'essence de 40 sous par litre d'ici à 2030, selon une commission

La taxe carbone doit être haussée pour atteindre ses cibles de réduction de GES, conclut la Commission de l’écofiscalité du Canada.

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Photo d'archives.

OTTAWA — Le Canada devrait augmenter sa taxe fédérale sur le carbone jusqu’à 210 $ la tonne d’ici 2030 — ce qui équivaut à 40 sous de plus par litre d’essence — s’il veut respecter ses propres cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES).

C’est la principale conclusion à laquelle arrive la Commission de l’écofiscalité du Canada, mandatée pour trouver les politiques climatiques les plus efficaces par rapport aux coûts afin de réduire les émissions de GES.

Mise en place en 2014, la Commission est formée d’économistes de toutes les régions du Canada et de conseillers parmi lesquels se trouvent les ex-premiers ministres libéraux du Canada, Paul Martin, et du Québec, Jean Charest.

Dans son plus récent et dernier rapport, dévoilé mercredi, la Commission a analysé différents scénarios: le régime actuel de tarification sur le carbone, la réglementation extensive et les subventions, puis la réglementation de l’industrie et des subventions.

Elle en arrive à la conclusion que même si «la hausse du prix du carbone au Canada pourrait se révéler difficile sur le plan politique», il s’agit de la meilleure façon d’atteindre les cibles canadiennes «au coût le plus bas possible pour l’économie».

«Pour que le recyclage des recettes soit efficace sur le plan économique, les provinces devraient envisager de réduire l’impôt sur le revenu des entreprises et des particuliers, surtout si le prix du carbone augmente avec le temps», ajoute la Commission dans son rapport.

Le plan fédéral de tarification du carbone — qui exclut le Québec et la Colombie-Britannique, qui ont déjà leurs propres systèmes — prévoit une augmentation progressive de 10 $ par année pour atteindre 50 $ la tonne de carbone en 2022.

«Le prix du carbone actuellement en vigueur doit augmenter de manière significative si le Canada veut atteindre sa cible de 2030. Notre analyse indique que cela est possible si le prix national du carbone atteint 210 dollars la tonne en 2030», indique le rapport.

Plus tôt cette année, le directeur parlementaire du budget, Yves Giroux, laissait entrevoir plutôt un prix de 102 $ la tonne en 2030 pour atteindre les cibles canadiennes.

L’ancienne ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a laissé un flou sur la suite des choses, indiquant que s’il y avait une hausse après 2022, elle se ferait au terme d’une négociation avec les provinces.

Ces commentaires ont soulevé l’ire des conservateurs, qui craignent que les consommateurs soient trop taxés. Leur plan en environnement prônait plutôt une abolition de la taxe sur le carbone et l’obligation des gros pollueurs à investir dans la recherche.

La Commission de l’écofiscalité sert un avertissement à ceux qui seraient tentés de contourner une taxe sur le carbone.

«Les politiques qui cherchent à épargner les ménages en imposant des réductions d’émissions à l’industrie sont celles qui coûtent le plus cher à l’économie dans son ensemble», écrit-elle dans le rapport, ajoutant qu’il n’y a «rien de gratuit en matière de politique climatique» et que «toutes les politiques climatiques comportent des coûts».

Si le Canada décidait de se tourner vers la réglementation ou les subventions pour atteindre ses cibles, elles devraient nécessairement «générer des réductions draconiennes des émissions», ajoute la Commission.

Les coûts, eux, seraient moins «visibles» par les ménages au départ, mais seraient bien réels. Trop de réglementation ferait ralentir l’économie canadienne et les subventions seraient payées, au bout du compte, par les contribuables.

La Commission de l’écofiscalité ajoute que le développement technologique et l’innovation n’ont pas été pris en compte dans son analyse dévoilée mercredi, ce qui veut dire que ses résultats «surestiment probablement l’augmentation requise» de la taxe sur le carbone d’ici une décennie.

À voir: une autre mise en garde de l’ONU