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29/06/2020 11:46 EDT

Ottawa critiqué pour son refus d'aider des citoyens détenus en Syrie

Selon Human Rights Watch, 47 Canadiens se retrouvent dans des camps en Syrie.

Barcroft Media via Getty Images
Plusieurs enfants vivaient dans un camp de réfugiés à Al-Hol en février dernier.

OTTAWA — Le gouvernement fédéral a été accusé d’avoir violé ses obligations internationales en matière de droits de la personne en refusant d’aider des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants canadiens détenus dans des camps en Syrie en raison de leurs liens présumés avec Daech (groupe armé État islamique).

L’accusation de Human Rights Watch, basée à New York, est contenue dans un rapport cinglant publié lundi, qui appelle Ottawa à commencer immédiatement à ramener les détenus au pays — à commencer par les 26 enfants canadiens qui se trouvent dans ces camps.

L’un de ces enfants est un orphelin de cinq ans connu sous le nom d’Amira, qui a été retrouvé au bord d’une route l’année dernière après que ses parents et ses frères et sœurs eurent été tués dans une frappe aérienne et dont le cas a été soulevé auprès du gouvernement libéral fédéral dans le passé.

«Le gouvernement du Canada bafoue ses obligations internationales en matière de droits de la personne envers les Canadiens qui sont détenus arbitrairement dans le nord-est de la Syrie», lit-on dans le rapport de 92 pages, qui contient des entrevues avec des détenus, des familles et des responsables canadiens et étrangers.

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«Les obligations que le Canada a violées incluent la prise de mesures nécessaires et raisonnables pour aider les ressortissants étrangers à faire face à de graves abus, y compris des risques pour leur vie, de la torture et des traitements inhumains et dégradants.»

Il brosse ensuite un tableau inquiétant de la situation dans les camps, qui offrent de la nourriture et de l’eau potable en quantité insuffisante et où la maladie et la violence font rage. Des enfants ont été vus en train de boire de l’eau infestée de vers tandis que la «police des mœurs» poursuivait les femmes qui critiquaient Daech.

Le rapport de Human Rights Watch est le plus récent à viser le gouvernement fédéral en ce qui a trait aux Canadiens détenus dans le nord-est de la Syrie depuis l’effondrement de Daech.

Ottawa a déjà cité le manque de diplomates canadiens en Syrie et les problèmes de sécurité liés à l’envoi de responsables dans les camps où environ 100 000 membres présumés de Daech et leur famille sont détenus pour expliquer pourquoi le gouvernement ne peut en faire plus.

Pourtant, Human Rights Watch a noté que la Grande-Bretagne, le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, la Norvège et les États-Unis ont tous rapatrié des enfants, et dans certains cas leur mère, depuis octobre. Ce nombre inclut 10 orphelins et enfants français rapatriés en juin.

La grande majorité des rapatriements sont peu ou non controversés.Human Rights Watch

Le gouvernement fédéral a également récemment aidé 40 000 Canadiens à rentrer chez eux en raison de la pandémie de COVID-19, a souligné l’organisation, dont 29 en provenance de Syrie. Les 47 Canadiens se trouvant dans les camps de détenus syriens comprennent huit hommes, 13 femmes et 26 enfants.

«Bien que les autorités canadiennes ne citent pas les retombées politiques potentielles comme raison, en 2017 (le premier ministre Justin) Trudeau a eu droit à une réaction brutale simplement parce qu’il soutenait des programmes de réadaptation pour les suspects canadiens (Daech) qui rentrent à la maison», a écrit le groupe de défense des droits.

«Certes, les rapatriements ne sont pas toujours populaires», ajoute-t-on, notant qu’une tentative de rapatriement d’une mère et d’un enfant norvégiens avait conduit à l’effondrement du gouvernement de ce pays. «Mais la grande majorité des rapatriements sont peu ou non controversés.»

Les détenus canadiens dans les camps administrés par une organisation dirigée par les Kurdes comptent parmi eux Mohammed Khalifa, qui a été décrit comme un propagandiste de Daech, et Jack Letts, un double ressortissant canado-britannique surnommé «Jihadi Jack» par les médias britanniques.

L’an dernier, le gouvernement britannique a révoqué la citoyenneté de Jack Letts. Ni le gouvernement libéral ni les conservateurs officiels de l’opposition n’ont exprimé leur enthousiasme à le ramener au Canada, malgré les appels répétés de sa famille.

Pourtant, Human Rights Watch a plaidé pour le rapatriement comme étant le meilleur — et potentiellement le seul — moyen de demander des comptes aux membres canadiens de Daech, car il n’y a aucun processus en Syrie pour enquêter et poursuivre les personnes soupçonnées de crimes.

«Aucun des Canadiens n’a été accusé d’un crime, a-t-on ajouté. Les Canadiens n’ont pas non plus été traduits devant un juge pour examiner la légalité et la nécessité de leur détention, ce qui rend leur captivité continue arbitraire et illégale.»

Le groupe a aussi soulevé la question de savoir si les autorités canadiennes refusent ou limitent l’assistance consulaire des personnes vivant dans les camps en raison de leurs liens présumés avec Daech, ce qui, selon lui, violerait également le droit international.

Alors que M. Trudeau a exprimé sa confiance envers la GRC, l’an dernier, pour enquêter sur les Canadiens qui se sont déplacés pour combattre aux côtés d’extrémistes en Irak et en Syrie, il a dit qu’il était difficile de présenter les informations recueillies à l’étranger en cour comme preuves de crimes.

Le gouvernement veille à ce que les agences canadiennes disposent des ressources et des occasions nécessaires pour collaborer avec des alliés étrangers dans de tels cas, a-t-il ajouté.

Un rapport fédéral annuel sur l’extrémisme indiquait l’an dernier que 190 personnes ayant des liens avec le Canada étaient soupçonnées d’activités terroristes à l’étranger et qu’en outre, environ 60 étaient rentrées au pays.

Un petit nombre de ces 60 rapatriés étaient revenus de Turquie, d’Irak ou de Syrie, mais plusieurs de ceux qui demeurent à l’étranger ne disposeraient pas de documents de voyage valides, se trouveraient sur une liste d’interdiction de vol ou craindraient d’être arrêtés en sol canadien.

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