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10/06/2019 08:43 EDT

Stephanie Labbé, la joueuse qui combat les préjugés

La gardienne canadienne veut faire tomber les discriminations dans le monde du soccer.

Ben Radford - FIFA via Getty Images

Les préjugés, Stephanie Labbé est allée les combattre en première ligne: la gardienne de but de l’équipe du Canada, qui dispute en France sa troisième Coupe du monde, a voulu jouer dans un championnat masculin, avant d’en être empêchée par le règlement.

Elle est la femme qui a défié les hommes sur leur propre terrain... de soccer.

Début 2018, Labbé, gardienne de l’équipe du Canada médaillée de bronze des Jeux olympiques de 2016 de Rio, a besoin de retrouver sa motivation.

Elle s’attaque alors à 31 ans au défi ultime: montrer aux hommes qu’elle a sa place à leurs côtés sur un terrain.

Après avoir essuyé de multiples refus ailleurs, elle convainc l’entraîneur du club canadien de Calgary, qui évolue dans l’équivalent du Championnat nord-américain de 4e division, de lui donner sa chance.

Labbé, comme elle le raconte elle-même dans une chronique qu’elle a écrite pour le site américain The Player’s Tribune, doute dès son premier jour “de pouvoir supporter le volume d’entraînement”, incomparable avec ce qu’elle avait connu jusque là.

Mais elle tient bon physiquement et fait ses preuves, au point de participer à plusieurs matches de préparation de la saison 2018.

“Mon genre est mon genre”

Mais elle tombe de haut lorsque les dirigeants de la Ligue, qui organise le championnat, ont rappelé à Calgary que le règlement spécifiait que l’effectif devait être composé exclusivement de joueurs.

“C’était difficile bien sûr qu’on me dise que je ne pouvais pas jouer à cause de quelque chose que je ne contrôlais absolument pas”, explique Labbé à l’AFP.

“Je ne pouvais pas rentrer chez moi, travailler dessus ou le changer, car mon genre est mon genre”, rappelle-t-elle.

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Malgré ses démarches auprès de la Ligue qui chapeaute ce championnat, malgré une procédure en justice et malgré le soutien de son entraîneur à Calgary et de ses coéquipiers, Labbé a dû s’avouer vaincu.

Mais si elle a fait depuis son retour dans un club féminin, en Suède pour la fin de la saison 2018, et depuis mars dans une franchise du Championnat professionnel américain féminin (NWSL), le NC Courage, Labbé a le sentiment d’avoir remporté une victoire.

“Etre capable de prouver que vous pouvez jouer à ce niveau et que vous pouvez supporter (l’entraînement), c’est très important pour votre propre confiance”, rappelle-t-elle.

“Cela avance”

“Mais c’est aussi une source d’inspiration pour des jeunes femmes à travers le monde: cela leur dit ‘Ne vous mettez pas de limites à cause des règlements et/ou de votre genre’”, insiste la gardienne aux 59 sélections.

Labbé n’est pas la seule à combattre pour l’égalité et faire tomber les discriminations.

Les championnes du monde américaines ont lancé une procédure en justice contre leur propre fédération pour obtenir les mêmes salaires et conditions de travail que leurs homologues masculins qui sont bien mieux rétribués.

Ce qu’elles ont fait est super important, car elles nous montrent la voie et donnent la chance à d’autres à travers le monde de suivre leur exemple.Stephanie Labbé

“Cela avance, mais il y a encore un long chemin devant nous (...) On aura bien avancé quand on arrêtera de faire la distinction entre sportifs et sportives et quand on nous considérera simplement tous comme des professionnels”, espère Labbé.

En attendant, elle espère ajouter une ligne de plus à son palmarès et rêve d’offrir à son pays la Coupe du monde.

“On veut ramener le trophée à la maison. On est réaliste et on sait que cinq ou six autres équipes peuvent dire la même chose en débutant le tournoi”, reconnaît-elle.