POLITIQUE
14/08/2020 10:37 EDT | Actualisé 14/08/2020 16:31 EDT

Des «anges gardiens» deviendront résidents permanents, annonce Ottawa

La plupart des travailleurs de la santé dont le statut sera régularisé vivent au Québec.

Québec et Ottawa ont confirmé vendredi que des demandeurs d’asile qui ont travaillé comme préposé aux bénéficiaires ou infirmier durant la pandémie de coronavirus pourront obtenir le statut de résident permanent au pays, sous certaines conditions.

L’annonce a été faite par le ministre fédéral de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, Marco Mendicino, au cours d’une conférence de presse à Montréal. Puis la ministre québécoise de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Nadine Girault, a confirmé la participation du Québec à ce programme pancanadien, par voie de communiqué.

Le ministre fédéral a précisé les conditions pour obtenir cette résidence permanente: il faudra avoir occupé un poste comme préposé aux bénéficiaires ou infirmier pendant la pandémie entre le 13 mars et le 14 août, avoir travaillé durant au moins 120 heures, prouver que le requérant a au moins six mois d’expérience dans l’une de ces professions et avoir formulé une demande de statut de réfugié au Canada avant le 13 mars.

L’octroi de la résidence permanente sera également pour les membres de la famille proche, soit le ou la conjoint(e) et les enfants dépendants qui sont déjà au Canada à l’heure actuelle.

De plus, les demandeurs d’asile qui sont acceptés en vertu du programme pourront éventuellement parrainer d’autres membres de la famille qui ne se trouvent pas au Canada à l’heure actuelle, mais seulement après avoir été acceptés en vertu du programme, a souligné le ministre Mendicino.

Le ministre n’a pu préciser combien de personnes seront touchées par cette mesure, qui est exceptionnelle. Elle ne vaut que pour la COVID et pour les dossiers actuels. Mais l’on sait que bon nombre vivent au Québec; plusieurs seraient originaires d’Haïti.

“C’est une annonce historique”, s’est exclamé le ministre Mendicino, en soulignant le travail fait par “nos héros” pendant le plus fort de la pandémie de coronavirus dans les centres de soins de longue durée. Sans le programme annoncé, “ces personnes font face à un avenir incertain au Canada”.

La ministre Girault, quant à elle, a précisé que le programme s’adressera spécifiquement à ceux qui ont dispensé “des soins directs aux patients et aux aînés” – ce qui exclut, par voie de conséquence, les préposés à l’entretien ménager, aux cuisines ou à la sécurité.

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Plusieurs travailleurs de la santé sans statut qui travaillent au Québec sont issus de la communauté haïtienne.

“Depuis maintenant plusieurs semaines, notre gouvernement cherchait un moyen pour permettre aux ‘anges gardiens’ de s’établir de façon permanente au Québec”, a affirmé la ministre, attribuant l’annonce d’aujourd’hui à “une collaboration constructive” entre les deux ordres de gouvernement.

“Nous pouvons maintenant agir concrètement pour reconnaître la participation et la contribution des personnes qui ont demandé l’asile à l’effort collectif pour prendre soin des malades et des aînés durant la pandémie de la COVID-19”, a commenté la ministre Girault.

Réactions

Sans surprise, le programme a causé des grincements de dents, vu les conditions qu’il comporte.

Par exemple, Wilner Cayo, du groupe Debout pour la dignité, a d’abord salué “ce premier pas des décideurs politiques”, y voyant une “bonne nouvelle”.

Mais il s’est empressé d’ajouter: “nous vivons une grande tristesse et un désarroi” parce que le programme n’accorde pas la résidence permanente à tous ceux qui ont aidé durant le plus fort de la pandémie. “Il laisse des milliers de gens sur la ligne de touche.” M. Cayo cite le cas de cuisiniers, d’agents de sécurité, de préposés à l’entretien. “Au plus fort de la crise, ces gens ont répondu avec diligence. Il estime qu’ils sont assez bons pour travailler, mais pas assez bons pour rester?”

Au groupe Solidarité sans frontières, Francis Simard a aussi déploré les critères du programme. “Dans cette période de pandémie mondiale, nous voyons une nouvelle opportunité de mettre en place un programme de régularisation complet pour tout le monde, quel que soit leur pays de naissance, la couleur de leur peau, leur religion, leur sexe, leur âge, leur capacité ou leur passé juridique, sans aucune exception, et avec un plein respect de la réunification des familles.”

L’organisme affirme qu’il existe “des centaines de milliers de migrants sans statut présentement au Canada” et que le programme annoncé ne s’adressera qu’à “moins d’un millier de personnes”. Il aurait souhaité le même traitement pour les travailleurs agricoles, les aides familiaux, les étudiants internationaux et d’autres catégories de personnes.