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23/05/2019 15:56 EDT | Actualisé 23/05/2019 15:58 EDT

SPVM: 19 000$ en compensations pour avoir arrêté «n'importe quel Noir»

Pradel Content réclame l'installation de caméras corporelles sur les policiers, puisque ceux-ci n'avaient rédigé aucun rapport de leur intervention contre lui.

Olivier Robichaud
La Commission des droits de la personne demande au SPVM de verser 19 000$ à Pradel Content dans un cas de discrimination raciale.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) essuie un nouveau revers devant la Commission des droits de la personne dans un cas de discrimination raciale. L’homme accuse les policiers d’arrêter «n’importe quel Noir» lorsqu’ils ont une description de la race.

Le 30 mars 2014, Pradel Content se dirigeait à un concert près de la station de métro Atwater, avec trois amis. Près de là, un voleur de cellulaire avait pris rendez-vous avec sa victime pour tenter de l’extorquer avant de lui remettre son téléphone.

Selon les faits décrits par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ), le voleur se serait décrit à la victime comme étant «un homme noir portant des vêtements foncés». M. Content est noir et portait du noir.

Il a été relâché en montrant son téléphone, qui n’était pas de la même couleur que celui qui avait été volé. M. Content affirme toutefois que l’intervention s’est corsée lorsqu’il a protesté contre le traitement qui lui a été réservé.

Il dit que les policiers l’ont alors traîné et plaqué contre une fourgonnette, puis menotté. Les policiers reconnaissent l’avoir menotté, mais disent avoir utilisé une force minimale. La Commission a retenu la version de M. Content.

Le hic, c’est que M. Content est handicapé. Il se promène avec une canne à cause de maux de dos à la suite d’un accident de voiture survenu il y a plusieurs années. Il s’était aussi cassé deux côtes quelques semaines avant l’intervention.

Comment ça se fait qu'ils ont plaqué quelqu'un comme moi, un handicapé, contre une fourgonnette? Imaginez-vous qu'on vous plaque contre une fourgonnette avec deux côtes cassées!Pradel Content

M. Content a dû consulter un médecin pour une aggravation de ses problèmes de dos à la suite de l’intervention.

La Commission demande au SPVM de verser 15 000$ à la victime. Les agents Sébastien Laurin et Marc-Michel Roy devraient aussi débourser 2500$ et 1500$ respectivement.

«N’importe quel N*gre»

M. Content a sollicité l’aide du Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) pour ses démarches judiciaires.

Le CRARR estime que l’événement est semblable à une tendance observée chez les policiers des États-Unis, appelée «any Negro will do» ou «n’importe quel N*gre fera l’affaire».

Olivier Robichaud
Fo Niemi (gauche), directeur général du CRARR, avec Pradel Content.

Cette désignation décrit une tendance à donner des descriptions vagues lorsque le suspect est noir. La race devient alors l’élément déterminant de l’identification, ce qui expose des personnes innocentes de race noire à des interventions policières injustifiées.

«Nous espérons que cette décision établira de nouvelles normes en matière de droits de la personne pour les pratiques policières», affirme Fo Niemi, directeur général du CRARR.

Plaidoyer pour les caméras corporelles

Pradel Content estime que son cas, comme plusieurs autres impliquant de jeunes Noirs, devrait inciter l’administration Plante à revoir sa décision concernant les caméras corporelles. En février, la mairesse a annoncé que le coût d’installation de ces appareils sur l’ensemble des patrouilleurs serait trop prohibitif.

Plusieurs groupes, notamment ceux défendant les minorités visibles, réclament des caméras corporelles afin de documenter de façon objective les interventions policières.

«Je suis la preuve vivante qu’il faut avoir ces caméras. Comment ça se fait qu’il n’y a jamais eu de rapport pour cette intervention?» demande M. Content.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule fois que M. Content a eu maille à partir avec des policiers. En 2017, il a été arrêté après avoir filmé une intervention des policiers de Laval. Ceux-ci l’ont arrêté, ont pris son téléphone et ont effacé la vidéo.

L’affaire est présentement devant le Comité de déontologie policière. Quant à l’événement du 30 mars 2014, la plainte en déontologie a été rejetée parce que la preuve était jugée insuffisante.

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