OPINION
11/11/2020 09:25 EST

Se souvenir de tous les vétérans, sans compromis!

L’image de la personne âgée qui représente les vétérans est toujours symbolique, mais ne représente pas la réalité actuelle. La grande majorité des vétérans [...] ont participé aux missions de la paix ou encore à la Guerre d’Afghanistan.

La Presse Canadienne/Nathan Denette
Un militaire dépose des drapeaux canadiens à la veille du jour du souvenir au Sunnybrook Veterans Centre à Toronto.

Le 11 novembre marque l’armistice de 1918 et nous prenons le temps de rendre hommage aux soldats morts pendant ce conflit. La Première Guerre mondiale fut d’une brutalité absolue. Le Canada a participé à ce conflit en titre de dominion de l’Empire britannique.

À cette époque, le Canada comptait environ 8 millions d’habitants et a perdu rien de moins que 66 000 soldats pendant les quatre années de cette guerre. Cela représente des pertes d’environ 45 personnes par jour entre 1914 et 1918. Il est donc tout à fait justifié de prendre le temps de réfléchir à ces terribles événements et de se souvenir des sacrifices faits pour notre liberté, nos droits et nos valeurs.

Avec le temps, le 11 novembre, le jour du Souvenir, est devenu la journée de l’année où nous prenons le temps d’offrir nos respects aux hommes et aux femmes qui ont servi ou qui servent avec courage et vaillance le Canada.

Cette année, en 2020, un accent particulier est mis sur le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce conflit a aussi laissé de profondes cicatrices dans l’histoire canadienne, car notre pays a envoyé 1,1 million de soldats sur le front et 45 000 ne sont jamais revenus. De plus, au Canada, il reste de moins en moins de vétérans qui ont participé à ce conflit et qui peuvent en témoigner. Ils sont des héros qui ont forgé le Canada dans lequel nous vivons aujourd’hui et nous avons un devoir de ne jamais oublier ce qu’ils ont fait pour nous. 

Entre la fin de la Guerre de Corée en 1953 et le début de la Guerre d’Afghanistan en 2001, le Canada a participé à de nombreuses missions d’opération de la paix. Durant cette période, le Canada représentait le visage de la paix sur la scène mondiale en raison de ses nombreuses participations à ce type de mission, dont Chypre, Haïti, les Balkans, la Somalie et le Rwanda.

Depuis 1954, ce sont près de 125 000 militaires canadiens qui ont contribué à la stabilité mondiale et à la paix et environ 130 sont décédés. Pendant longtemps, l’importance accordée aux missions de la paix ne semblait pas être la même que les deux grandes guerres ou celle de Corée. Certes, le contexte était différent qu’une mission de combat, mais cela n’empêche pas le fait que ces missions de la paix furent extrêmement difficiles pour les militaires.

Il est nécessaire de commémorer, avec la même importance que les conflits armés, les missions de la paix qui furent la principale contribution canadienne sur la scène mondiale pendant une cinquantaine d’années.

Imaginez être présent au cœur d’un conflit impliquant deux belligérants, sans avoir le droit d’intervenir et tout en étant témoin des pires atrocités. Le choc pouvait être brutal. Nous ne connaissons pas le nombre de militaires qui ont subi des blessures de stress opérationnel et de blessures morales dans le cadre des missions de la paix, mais il est certainement significatif. Il est nécessaire de commémorer, avec la même importance que les conflits armés, les missions de la paix qui furent la principale contribution canadienne sur la scène mondiale pendant une cinquantaine d’années.

L’image de la personne âgée qui représente les vétérans est toujours symbolique, mais ne représente pas la réalité actuelle. La grande majorité des vétérans des Forces armées canadiennes sont des hommes et des femmes qui ont participé aux missions de la paix ou encore à la Guerre d’Afghanistan. Pour cette dernière, le Canada a envoyé plus de 40 000 militaires entre 2001 et 2014 dans le cadre de sa participation à Force internationale d’assistance à la sécurité de l’OTAN. De ce nombre, 159 militaires ont perdu la vie pour défendre la liberté et la paix dans pays de l’Asie du Sud.

Le jour du Souvenir se veut donc un moment unique dans l’année pour prendre une pause, pour réfléchir et pour remercier tous les vétérans, peu importe la mission, la durée du service, le métier et les contributions.

Les Forces armées canadiennes sont une famille et chaque membre joue un rôle qui a une importance particulière afin que la famille soit fonctionnelle surtout devant l’adversité. Chaque membre est un frère ou une sœur d’armes peu importe sa langue, sa culture, ses croyances ou sa couleur. Nos liens sont solides. Notre camaraderie est exemplaire. Nous serons toujours là, les uns pour les autres si le besoin se fait sentir. Être vétéran représente un honneur qui a été mérité et qui est inestimable pour tous ceux et toutes celles qui ont signé un chèque en blanc pour défendre notre pays.     

Une personne qui porte l’uniforme militaire canadien ne pourrait jamais se donner cœur et âme au service de son pays si elle ne pouvait pas compter sur le soutien des membres de sa propre famille. Nous les oublions trop souvent, mais les conjointes, conjoints, enfants, parents, frères et sœurs ont aussi un rôle capital dans la réussite des objectifs des Forces armées canadiennes. Par exemple, la conjointe d’un militaire, mère de deux jeunes enfants, doit s’occuper de tout lorsque ce dernier est en mission à l’étranger pendant six ou neuf mois. Les sacrifices des membres de la famille doivent aussi être soulignés lors du jour du Souvenir, car ils sont aussi membres de la grande famille des Forces armées canadiennes.

Le jour du Souvenir est un jour férié dans six provinces et territoires du Canada. Malheureusement, le Québec ne fait pas partie de ce nombre. Au cours des dernières années, plusieurs pétitions ont été présentées à l’Assemblée nationale du Québec pour tenter de faire changer cela. Avec l’aide de la députée Sylvie D’Amours, nous avons présenté une pétition à l’hiver 2016, mais sans succès.

Considérant la situation actuelle liée à la pandémie, l’isolement vécu par tous les Québécois dont les vétérans, il semble plus important que jamais de nous unir autour d’une cause qui rassemble et qui nous permet de nous remémorer les sacrifices et le dévouement des hommes et des femmes qui ont servi notre pays, et conséquemment notre province. Une cause qui nous rappelle qu’avec un effort collectif, nous sommes en mesure de vaincre les plus difficiles moments d’adversité. Il serait temps que le Québec, où réside le régiment le plus décoré de l’histoire militaire du Canada, adopte le 11 novembre comme un jour férié.   

Ce n’est pas toujours facile d’être un vétéran au mois de novembre.

En terminant, il ne faut jamais oublier, il faut se souvenir que pour le militaire et le vétéran ainsi que pour les membres de leur famille, le jour du Souvenir est un moment unique qui nous ramène justement au cœur de nos souvenirs, au cœur de situations difficiles, au cœur de deuils et de pertes, au cœur d’événements souvent difficilement compréhensibles et au cœur de notre propre personne. Ce voyage dans nos pensées et nos souvenirs n’est pas facile même pour le plus compétant des voyageurs, car il génère des émotions fortes, des réactions inattendues et des comportements ardemment contrôlables. Ce n’est pas toujours facile d’être un vétéran au mois de novembre.

Vos remerciements, vos tapes dans le dos, votre participation aux cérémonies, vos gentils mots ou vos dessins et votre reconnaissance font chaud au cœur et rappellent que les sacrifices pour obtenir une nation libre, de droit, progressiste et ouverte sur le monde n’ont pas été faits en vain.

Nous devons nous souvenir de tous les vétérans, sans le moindre compromis. Ils et elles sont des artisans de premier plan de notre pays et de notre province.