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03/06/2020 15:26 EDT | Actualisé 04/06/2020 14:15 EDT

Je ne pensais pas encore souffrir quelques semaines après avoir eu la COVID-19

Sept semaines après l'apparition des premiers symptômes, la COVID-19 persiste et continue à me tourmenter.

fizkes via Getty Images

Nageuse de mer, canoéiste et yogi de 38 ans, je n’avais pas peur de la COVID-19. Je pensais m’en débarrasser, et l’immunité compenserait pour la souffrance vécue. Après tout, je connaissais des gens qui avaient vaincu le virus en moins de deux semaines.

Je soupçonne que je l’ai contracté au mois de mars, dans la période précédant le confinement, lorsque je me suis sentie épuisée et que j’ai eu un mal de tête particulier. Mais c’est le lundi de Pâques du mois suivant que j’ai réalisé que j’avais perdu mon sens du goût et de l’odorat. La semaine suivante a été comme avec tous les cas de grippe: des douleurs, de la fatigue et un mal de tête. J’ai bu du liquide et je suis restée sur le canapé. J’étais capable de tricoter et j’ai pu assister à quelques réunion Zoom, même si je me fatiguais rapidement.

Le septième jour, c’est devenu épeurant. Je ne pouvais plus bouger, puis je me suis réveillée au milieu de la nuit, trempée de sueur, avec des tiges de fer qui semblaient avoir remplacé ma cage thoracique. Je paniquais, je ne pouvais pas respirer et le sol de la salle de bain bougeait devant moi. J’avais des visions, je me voyais mourir seule. Je me suis battue inutilement pour obtenir des informations en ligne, avant d’abandonner et d’appeler le 911.

Les ambulanciers sont arrivés et ont conclu que même si ma respiration n’était pas très bonne, le niveau d’oxygène était correct. On a décidé de me laisser à la maison, avec un ami qui m’appelait toutes les heures pour vérifier que j’étais consciente. Je vis seule et je n’oublierai jamais la peur de penser que je pourrais «m’éclipser».

C’était réconfortant de savoir que les gens se souciaient de moi et le fait que les détails du quotidien soient réglés m’a permis de me concentrer sur mon rétablissement.

Ce moment m’a fait réfléchir. J’en ai parlé sur Facebook et j’ai été inondée de générosité et d’offres d’aide. Des repas faits maison et des colis pour prendre soin de moi sont arrivés. Des amis m’ont livré des provisions, des voisins ont sorti mes poubelles. J’ai été submergée par le soutien, c’était réconfortant de savoir que les gens se souciaient de moi et le fait que les détails du quotidien soient réglés m’a permis de me concentrer sur mon rétablissement.

J’ai passé quelques semaines à me reposer et j’avais hâte de reprendre mon travail et mes activités sociales, mais l’amélioration était lente. J’étais épuisée, ma poitrine me serrait, ma voix était rauque et ma respiration laborieuse. Je ne pouvais pas marcher loin ni rester debout longtemps, mais je continuais d’essayer, en supposant que je retrouverais bientôt une santé complète.

Puis une nuit, je me suis endormie, détendue, après avoir médité, mais je me suis réveillée à deux heures du matin avec une tachycardie intense. J’ai de nouveau appelé le 911 et, cette fois, j’ai été hospitalisée. Mon rythme cardiaque était trois fois supérieur à la normale au repos et la douleur dans ma poitrine me donnait l’impression d’avoir été poignardée.

J’ai passé la nuit dans la «zone rouge», installée sur une chaise en plastique inconfortable. Lorsque les analyses sanguines ont montré que je n’avais pas eu de crise cardiaque et que ma radiographie pulmonaire était normale, le médecin m’a dit que j’avais probablement eu une crise de panique.

Je n’ai pas réalisé que c’était possible pendant mon sommeil, mais c’était plausible. La nuit, c’était le pire : la difficulté à respirer a entraîné une anxiété tenace qui pouvait facilement dégénérer en panique, après m’être empêchée de courir dans la rue en hurlant.

Le médecin m’a simplement dit que je devais retourner au travail «dès que possible». Désespérée de retrouver la normalité, j’ai décidé de suivre ses conseils. Mais un jour d’essai au travail m’a coûté une semaine au lit, à cause de la fatigue. La triste réalité est que «récupérer» de la COVID-19 n’est pas une ligne droite. J’ai dû renoncer à tous mes projets.

En tant que chef d’entreprise, je n’avais aucune idée du moment où je pourrais saisir de nouvelles opportunités financières, c’était inquiétant. Dans mon monde déjà limité, je ne pouvais pas avoir de projets sociaux, ce qui était totalement déprimant.

Il est difficile d’expliquer ce que l’on ressent lorsqu’on est coincé dans un corps et un esprit au ralenti, entre les quatre mêmes murs, pendant des semaines.

Au fil du temps, et à mesure que les colis et les visites commençaient à diminuer, mon sentiment d’isolement s’est aggravé. Incapable de planifier l’avenir, je suis devenue de plus en plus déprimée. Les jours se ressemblaient étrangement, caractérisés uniquement par mes symptômes étranges et changeants: douleurs thoraciques, maux d’oreille, «bogue» de cerveau.

Ma famille et mes amis ne pouvaient pas comprendre. Il est difficile d’expliquer ce que l’on ressent lorsqu’on est coincé dans un corps et un esprit au ralenti, entre les quatre mêmes murs, pendant des semaines. Les gens s’attendent à ce que vous alliez mieux, à ce que vous fassiez des «progrès». Lorsque ma santé mentale et physique s’est dégradée à un point tel que je ne pouvais plus prendre soin de moi, un ami est intervenu pour effectuer les tâches de base que je ne pouvais pas faire - sortir les poubelles, changer les draps, faire la cuisine. À ce moment-là, lorsque ma dignité a commencé à disparaître, j’ai atteint un niveau sans précédent.

Aujourd’hui, en cette septième semaine, je vois le confinement comme une brume crépusculaire, suspendue dans le temps par le virus qui persiste et continue de me tourmenter. J’ai essayé de me rétablir activement: en évitant l’alcool, en prenant des vitamines, en mangeant des légumes et en faisant des exercices respiratoires pour dégager mes poumons. J’ai abandonné les tentatives d’exercice physique; chaque fois que je m’active, je fais marche arrière. Dans les bons jours, je fonctionne à environ 30% de mes capacités.

J’ai quand même peur. Quand est-ce que je vais aller mieux? Ou est-ce que c’est ça, ma vie, maintenant? Est-ce que je pourrai un jour rebondir?

En ce moment, je suis dans une sorte de purgatoire, quelque part entre survivre et vivre. Toutes les choses qui rendaient le confinement supportable - la natation, l’exercice physique, une journée de travail structurée - ne sont plus envisageables. Tout ce que je peux faire, c’est continuer à pratiquer ma patience.

Je suis consciente que je fais partie d’une minorité. Je fais partie d’un groupe de soutien WhatsApp dont les membres ont entre 30 et 50 ans et sont à différents moments du parcours, certains plus avancés que moi. Il m’a été utile de partager des conseils pratiques et de bénéficier d’un soutien émotionnel. Mais j’ai quand même peur. Quand est-ce que je vais aller mieux? Ou est-ce que c’est ça, ma vie, maintenant? Est-ce que je pourrai un jour rebondir?

Le plus troublant, c’est que nous n’avons pas de réponses. La COVID-19 est une nouvelle maladie que la science s’efforce de comprendre. Tout ce que nous avons pour l’instant, c’est une rhétorique sur les personnes qui ont «récupéré», applaudissant celles qui ne sont pas mortes.

Mais qu’en est-il de nous? Ceux qui sont perdus, pris au piège dans l’épuisante tornade, sans savoir quand, si ou comment notre santé et notre qualité de vie seront retrouvées?

Ce texte, initialement publié sur le site du HuffPost Royaume-Uni, a été traduit de l’anglais.