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25/02/2020 13:59 EST | Actualisé 25/02/2020 14:00 EST

La sonde Insight montre que Mars ressemble plus à la Terre qu'on ne le croyait

Les premières conclusions de la sonde dressent un portrait bien plus vivant de la planète rouge.

Et pourtant, elle tremble. Après plus d’un an à écouter les signaux vitaux de la planète Mars, la sonde Insight révèle ses premières conclusions. Dans un article publié le 24 février dans la revue Nature, l’équipe scientifique internationale qui a interprété ces données esquisse une description d’une précision jamais atteinte du fonctionnement de notre voisine. Au premier rang des signaux étudiés, une activité encore pleine de mystère, comme vous pouvez le découvrir dans la vidéo en tête de cet article.

«Ce qui est maintenant clair, c’est que Mars est sismiquement active». Philippe Lognonné, chercheur à l’Institut de physique du globe de Paris, n’y va pas par quatre chemins. Depuis le déploiement d’Insight et de son sismomètre SEIS, plus de 170 tremblements de Mars ont été enregistrés et évalués, la plupart de basse intensité. 

Une activité qui place la planète rouge bien au-dessus de la Lune, et de ses faibles secousses induites par les ruptures dans la croûte lunaire. Mars est ainsi décrite par les chercheurs comme «modérément active, légèrement en dessous de l’activité tectonique de la Terre». Pour une planète, cela peut signifier beaucoup de choses. L’origine des secousses est encore à l’étude: impact de météorites, effet des ondes gravitationnelles...mais aussi, et surtout, des mouvements magmatiques.

Poches volcaniques souterraines

Les astrophysiciens évoquent ainsi comme une «indication claire» que les mouvements de la croûte martienne enregistrés par Insight pourraient être dus à un «refroidissement» de Mars. Lorsque la roche de Mars baisse en température, elle se contracte, entraînant ces petits séismes. Une preuve de l’activité magmatique sur Mars, preuve que la planète serait plus vivante que prévu? «Nous n’avons pas de preuve, mais c’est une possibilité», répond ainsi l’équipe, qui évoque la présence de «poches volcaniques», encore à l’état d’hypothèse. 

Dans ces secousses, une autre découverte qui fait de Mars une cousine aux couleurs un peu plus terrestres que prévu: la diffusion particulière des ondes sismiques de la croûte martienne. Leur analyse montre que le régolithe martien contiendrait des éléments volatils, c’est-à-dire de l’eau. Il ne s’agit pas ici de nappes phréatiques ou de lac souterrain, mais plutôt d’une minuscule quantité d’eau, présente au niveau moléculaire dans la roche. Un trait qui différencie encore plus Mars de notre froid satellite, dont le manteau est d’une sécheresse absolue. 

Le sol martien n’est pas le seul à avoir révélé son lot de surprises. Insight, également armée d’un magnétomètre, a permis aux chercheurs de corriger une erreur de taille. Le champ magnétique entourant la planète Mars serait en effet dix fois plus important que les prévisions faites jusqu’ici, suggérant là encore un parallèle avec notre grande bleue.

Une dynamo interne comme sur Terre

Un champ magnétique de cette intensité entourant Mars suppose, comme sur Terre, la présence de roches magnétisées, environ 150 kilomètres sous la surface. À la manière d’un aimant, ces roches conductrices créent un courant électrique autour de la planète, ce que les chercheurs appellent un «effet dynamo».

C’est la partie liquide du noyau terrestre qui est responsable des courants de convection, quand sur Mars, la roche conductrice serait l’état solide, mais qu’importe: leur présence influe sur l’atmosphère martienne. L’effet dynamo génère notamment un courant électrique dans la haute atmosphère, et serait responsable d’un phénomène qui étonne les chercheurs, la multiplication de tourbillons de poussière à hauteur du sol. Le phénomène pourrait ainsi s’expliquer par l’électromagnétisme de la planète. 

Magnétisme, activité sismique, composition géologique: avec ces données, Insight décrit le visage de Mars et sa dynamique interne avec une précision jamais vue, et corrige un certain nombre de prévisions. La planète rouge serait plus vivante, moins «éteinte» que ne le suggéraient les prévisions faites jusqu’ici. À la différence de la Lune, la planète rouge possède de nombreuses vies internes, et peut-être une activité volcanique: un pouls dont on commence à peine à prendre les constantes.

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France. 

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