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15/01/2020 11:53 EST

Harry et Meghan: les Canadiens ne veulent rien payer

La vaste majorité des Canadiens, toutes provinces confondues, est d'accord avec Yves-François Blanchet.

Loin d’être émoustillés par la venue du prince Harry et de son épouse Meghan au Canada comme le laissait entendre récemment le New York Times, les Canadiens y sont plutôt indifférents. Et, surtout, ils refusent d’allonger des bidous pour financer le changement de vie du duc et de la duchesse de Sussex.

Selon un sondage de l’Institut Angus Reid publié mercredi, près de trois Canadiens sur quatre (73%) estiment que le pays ne devrait couvrir aucun des coûts liés à la venue de Harry et Meghan et qu’«ils devraient les payer eux-mêmes».

Une opinion qui fait écho à celle exprimée mardi par le chef du Bloc québécois, Yves François-Blanchet. «Je ne vois aucune raison pour laquelle les taxes et les impôts des Québécois et des Québécoises devraient davantage servir à Meghan et Harry qu’ils devraient servir à financer Les Simpson», avait-il alors affirmé.

La Presse canadienne/Fred Chartrand
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet.

Et cette fois, la position du chef bloquiste semble populaire d’un océan à l’autre, alors que les répondants de toutes les provinces sont contre l’idée de délier les cordons de la bourse. Même en Colombie-Britannique, où le couple princier vient de passer le temps des Fêtes, 65% des répondants refusent de payer les coûts éventuels pour assurer la sécurité du couple princier.

Débats sur la monarchie

Peu importe l’arrangement final que prendront le duc et la duchesse de Sussex avec la famille royale, le «Megxit» aura assurément eu l’effet de relancer le sempiternel débat sur la pertinence pour le Canada de garder sa monarchie constitutionnelle. 

«Et si la volonté du couple princier de se distancier de la monarchie incitait le Canada à en faire autant?» se demandait l’éditorialiste de La Presse François Cardinal, mercredi. «Et si la volonté de Harry et de Meghan de couper le cordon (de la bourse) avec la monarchie nous amenait à couper les ponts avec cette dernière?»

Et si, autrement dit, le «royal exit» menait à un «royal flush»?François Cardinal, dans La Presse

Si on en croit l’Institut Angus Reid, «la volonté des Canadiens de demeurer dans une monarchie constitutionnelle semble s’estomper», alors que 45% des répondants sondés cette semaine estiment que le pays devrait abandonner le système d’ici quelques générations. En 2016, ils étaient 38% à le penser.

Le changement progressif d’attitude pourrait avoir beaucoup à voir avec l’héritier d’Élisabeth II, Charles, de qui les Canadiens ont une opinion beaucoup moins favorable. Alors que 67% des Canadiens disent avoir une opinion favorable de la reine, à peine 39% de la population peut dire la même chose de Charles. Les Québécois sont encore plus durs à l’encontre de la souveraine (47% ont une opinion favorable) et de son héritier (à peine 27%).

Quelle responsabilité pour le Canada?

Si le premier ministre Justin Trudeau s’est dit «évidemment en faveur» de la venue éventuelle des Sussex au Canada, le gouvernement affirme n’avoir participé à aucune discussion sur les responsabilités du Canada.

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) doit assurer la sécurité des membres de la famille royale lors de leurs visites officielles au Canada, ainsi que sur certains vols internationaux et domestiques.

Mais à titre de futurs résidents du Canada dont le rôle au sein de la famille royale demeure incertain, le duc et la duchesse seraient-ils éligibles à une protection continue de la GRC? Ce n’est pas clair du tout.

En vertu du droit international, certains dignitaires étrangers et leurs familles sont aussi éligibles à une «protection spéciale» de la part de la GRC.

À première vue, le duc de Sussex ne semble pas remplir les critères définis dans le Code criminel pour être reconnu comme une «personne jouissant d’une protection internationale» (internationally protection person ou IPP). La définition d’une IPP trouvée dans le Code criminel inclut:

  • Tout chef d’État, y compris chaque membre d’un organe collégial remplissant en vertu de la constitution de l’État considéré les fonctions de chef d’État, tout chef de gouvernement ou tout ministre des affaires étrangères, lorsqu’une telle personne se trouve dans un État autre que celui dans lequel elle occupe ces fonctions;

  • tout membre de la famille d’une personne décrite ci-haut qui accompagne cette personne dans un État autre que celui dans lequel celle-ci occupe ces fonctions;

Mais même si les Sussex ne se qualifient pas automatiquement pour recevoir les services de la GRC lorsqu’ils sont au Canada, une autre avenue permet au gouvernement fédéral de prendre la décision finale.

Selon la GRC, le ministre de la Sécurité publique a le pouvoir d’accorder une protection spéciale à des personnes désignées.

Questionnée par le HuffPost Canada sur la question, la GRC a toutefois refusé de «confirmer ou de spéculer sur des mesures de protection personnelle actuelles ou futures».

Si la nature de leur entente financière avec la famille royale est toujours inconnue, il est clair que les coûts pour assurer leur sécurité ne sont pas négligeables.

En 2016, la visite de huit jours du prince William et de son épouse Catherine en Colombie-Britannique et au Yukon a coûté près de deux millions de dollars aux contribuables canadiens.

Avec Zi-Ann Lum, HuffPost Canada