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19/08/2019 10:42 EDT | Actualisé 19/08/2019 15:46 EDT

Son nom au générique de «Stranger Things 3»: le rêve devient réalité pour cette Beauceronne!

«C’est complètement fou!» dit l’ancienne timide maladive, aujourd’hui gestionnaire dans un studio de Québec en plein essor.

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Sara Bourque est chargée de projets VFX au studio Rodeo FX, à Québec. 

En ce moment, la musique du Seigneur des Anneaux tourne en boucle dans le bureau de Sara Bourque, chargée de projets VFX au studio Rodeo FX, à Québec. Un petit côté geek et nerd que la passionnée de jeux vidéo assume sans rougir. 

Gameuse depuis la tendre enfance, celle qui s’imaginait gagner un Oscar quand elle était plus jeune a obtenu tout récemment une reconnaissance qui la rend «fière»: voir son nom trôner au générique final de la saison 3 de la série Stranger Things, «tout en haut», dit-elle. 

«C’est complètement fou! On ne se rend pas compte avant que ça sorte mais quand on voit son nom, ça crée beaucoup de fierté. C’est aussi une grande motivation que d’obtenir une telle reconnaissance. Après avoir travaillé autant d’heures, comment dire? Ça fait comme du bien, et ça rend tout ça très tangible.»

Au total, sur ST3, Rodeo FX a conçu les effets visuels de 362 plans, dont le niveau de complexité est élevé. «C’est gros pour une équipe québécoise d’avoir la chance de travailler avec Netflix, surtout pour une équipe gérée à Québec.» 

Parmi leurs réalisations: tous les rats de la saison 3, ou encore le Mind Flayer. «Tout l’épisode 8 dans le centre d’achats, c’est nous. Quand les tentacules attaquent la cabine dans l’épisode 7, ça, c’est nous.» 

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Rodeo FX a conçu les effets visuels de 362 plans de Stranger Things 3. 

Faire partie de la gang 

Pour la jeune femme de 28 ans qui compte parmi ses jeux favoris Zelda, Final Fantasy ou encore Tomb Raider, tout a commencé en jouant au Nintendo, avec ses cousins, dans le sous-sol de leurs parents. 

«Je me souviens encore de ma première console; à quatre ans, déjà, je portais un pyjama des Tortues Ninja. Cette passion, c’est l’aspect de ma vie qui perdure le plus.»

Au secondaire, Sara intègre le programme Grapim en graphisme et initiation 3D en Beauce, sa région natale. Effrayée par ce qui lui apparaît être un milieu d’hommes, et privée à l’époque de modèles féminins dans le domaine, elle choisit par la suite de s’inscrire plutôt au Cégep en architecture. 

«Je ne pensais pas avoir ce qu’il fallait pour évoluer en jeux vidéo. C’est un univers très masculin. Je pensais qu’il fallait être plus tough émotionnellement parlant, je me disais: tu ne vas pas te faire d’amis, tu vas être à part, ne pas faire partie de la gang.»Sara Bourque

Rapidement, Sara s’ennuie… Rattrapée par sa passion, elle décide de s’inscrire au Cégep de Limoilou dans un DEC en animation 3D et synthèse d’images, avec un souhait en tête: pouvoir mettre de l’avant son leadership. 

Il faut dire que Sara était une enfant très timide, maladivement timide, même. «J’étais tellement gênée que je n’aurais pas pu te regarder dans le corridor, dit-elle. Quand je devais faire des exposés oraux, je pleurais!» 

C’est en devenant capitaine de son équipe de cheerleader et en acceptant un emploi chez McDo que tout change pour elle. «J’en avais assez, je me disais: ça n’a pas rapport. Je me trouvais poche et je m’énervais! Alors j’ai décidé de me sacrer devant le monde! De sortir de cette loop-là qui disait: «je ne suis pas capable.» 

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Le début du geekness pour Sara! 

Quand Rodeo FX ouvre studio à Québec en 2014, elle décide d’écrire à la directrice de production Valérie Clément, qui décline dans un premier temps son offre de collaboration. «Mon coeur s’est brisé», dit Sara, qui ne comptait pas s’arrêter là. 

Quelques mois plus tard, le studio organise un événement à Québec. Sara décide de s’y rendre et y rencontre Valérie en personne. «Un coup de foudre professionnel», dit-elle. 

En 2015, elle fait officiellement son entrée comme coordinatrice de projets VFX. Et aujourd’hui, non seulement Sara est gestionnaire d’une équipe, mais elle fait partie de la gang!

«Je n’ai jamais ressenti que c’était sexiste chez Rodeo FX, dit celle qui fait partie des 25% de femmes au studio de Québec. Souvent, on se met simplement une barrière mentale, ce n’est pas sain, tous les domaines sont accessibles à tout le monde.»

Pas de niaisage! 

Le secret de sa réussite? «J’ai de la drive, répond celle qui peut travailler jusqu’à 60 heures par semaine dans les périodes de rush

«Il ne faut pas avoir froid aux yeux! Faut aimer l’action, le changement, quand ça bouge... et là-dessus, j’excelle! En bonne Beauceronne, j’aime pas ça, le niaisage!»Sara Bourque
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Les bureaux de Rodeo FX, situés dans la ville de Québec. 

Il faut dire que les milieux du VFX et des jeux vidéo sont remplis de deadlines serrés et de clients aux États-Unis qui veulent non seulement être à la pointe des tendances, mais être les premiers à tout sortir. 

«Quand on nous lance des patates chaudes, il ne suffit pas de les relancer, faut aussi les cuisiner! Je pousse toujours pour que ça avance, je prends des initiatives. Je ne suis pas passive. Il faut être opportuniste. Surtout quand tu travailles sur de grosses productions.» 

Son conseil à ceux qui voudraient suivre ses traces? Trouver des projets! 

«Ça peut être n’importe quoi: une vente de garage, les scouts. Il faut développer le leadership des enfants car on a besoin de gens comme ça, qui ont du guts, qui vont lever la main pour poser des questions. Tu ne peux pas être ″trop″⁣.»

Pour Sara, une chose est certaine: il ne faut pas avoir peur de parler, de s’impliquer, de prendre sa place.

«À la longue, ça devient un trait de ton caractère», conclut-elle.  

Un(e) chargé(e) de projets VFX gagne entre 50K et 75K annuels. 

 Pour plus d’informations sur le studio Rodeo FX, c’est ici