POLITIQUE
03/04/2019 17:47 EDT | Actualisé 03/04/2019 17:52 EDT

SNC-Lavalin: des libéraux québécois en faveur d'un accord de poursuite suspendue

L'entreprise doit être sanctionnée, mais pas les travailleurs qui n'ont rien fait, dit le ministre de l'Infrastructure, François-Philippe Champagne.

PC/Adrian Wyld

OTTAWA — Au lendemain de l'expulsion par les libéraux des deux députées rebelles, le sort de SNC-Lavalin n'est pas encore décidé, mais plusieurs députés québécois ont laissé voir leur préférence pour un accord qui évite des poursuites criminelles à l'entreprise.

Car il ne faut pas pénaliser les employés, les retraités ni les fournisseurs, a répété le ministre de l'Infrastructure, François-Philippe Champagne, mercredi matin, en marge du caucus libéral.

Il a souligné que SNC-Lavalin est la plus grande compagnie de construction et d'ingénierie au Canada, alors il est évident qu'il regarde toute cette affaire «dans l'intérêt national».

L'entreprise doit être sanctionnée, mais pas les travailleurs qui n'ont rien fait, dit-il.

Et de lui offrir un accord de poursuite suspendue permettrait de faire cela, dit-il, soulignant que cette procédure existe dans tous les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques.

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La manoeuvre est toutefois délicate.

Selon l'ex-ministre Jody Wilson-Raybould, c'est son refus d'utiliser ce moyen légal qui lui a valu de perdre son prestigieux poste de ministre de la Justice. Elle soutient avoir subi les pressions de l'entourage du premier ministre Justin Trudeau pendant des mois et d'avoir résisté, jugeant qu'il s'agirait d'ingérence politique.

Pour le chef des conservateurs, Andrew Scheer, il est clair que si le nouveau ministre de la Justice, David Lametti, accorde cet accord de poursuite suspendue, «c'est un message que chaque chose que Mme Wilson-Raybould a dite était vraie».

Il soutient qu'elle a été mise à la porte du caucus parce qu'elle a dit la vérité.

Quant au premier ministre Trudeau, il a répété mercredi que la décision d'offrir un tel accord ou non revient au ministre de la Justice.

M. Lametti — qui a succédé à ce poste à Jody Wilson-Raybould, expulsée du caucus mardi soir en compagnie de Jane Philpott — n'a pas voulu se mouiller mercredi matin, invoquant les procédures judiciaires intentées par SNC-Lavalin. Il peut encore y avoir un appel, a-t-il rappelé.

Pressé de tourner la page sur cette affaire qui secoue Ottawa depuis des semaines et qui nuit à son parti, Justin Trudeau a souligné que les conservateurs ne veulent parler que de ce sujet et de rien d'autre.

Et effectivement, les conservateurs n'ont pas l'intention de lâcher le morceau, l'affaire ayant fourni tant d'armes contre les libéraux. Pour le député Pierre Poilievre, «cela ne vient que de commencer».

Il y a encore beaucoup de choses que l'on ne sait pas, a renchéri la conservatrice Candice Bergen. Elle n'a pas l'intention de cesser de poser des questions.

Du côté des libéraux, l'empressement de passer à autre chose était palpable.

«Il était temps qu'on tourne la page» et qu'on puisse parler d'autres dossiers, a lancé le député montréalais Joël Lightbound.

«Les gens du Québec me disent que le premier ministre était complètement légitime de poser des questions à la procureure générale dans le dossier, compte tenu des emplois qui sont en jeu», a-t-il ajouté. Selon lui, toutes les options devaient être dûment considérées, et pas sur le coin d'une table.

Quant à la ministre du Tourisme, Mélanie Joly, elle abonde dans le même sens que ses collèges. Pour elle, l'important est de s'assurer de protéger les emplois. La députée d'Ahuntsic-Cartierville a mentionné que plusieurs familles de sa circonscription sont affectées par toute l'incertitude qui entoure le sort de SNC-Lavalin.

Le député de Lac-Saint-Louis, Francis Scarpaleggia, aussi président du caucus national, lui a fait écho: «On sait que c'est une question d'emplois et de régimes de retraite pour des individus qui n'ont rien fait de mal».

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, n'a laissé aucun doute sur sa position. Il a rédigé une lettre destinée au ministre de la Justice, pour lui demander d'ordonner la tenue de négociations avec SNC-Lavalin en vue d'arriver à un accord de poursuite suspendue.

«Pour qu'on puisse commencer à travailler pour de vrai pour 3500 familles qui doivent commencer à se poser de sérieuses questions quant à leur propre avenir alors qu'elles ne sont qu'un "token" politique à six mois d'une élection», a-t-il tranché.

Les députées exclues

Malgré la tournure des événements pour elles, Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott demeurent convaincues d'avoir bien agi.

Les dernières semaines ont été difficiles, ont-elles déclaré aux journalistes, côte à côte, près de la Chambre des communes.

Mme Wilson-Raybould s'est dite «déçue».

Elle soutient s'être tenue debout pour les choses qu'elle croyait justes.

«La confiance, ça fonctionne dans les deux directions», a-t-elle lancé, répliquant de la sorte aux propos tenus par le premier ministre, peu après l'avoir expulsée du caucus. Il avait parlé d'un «bris de confiance» pour justifier sa décision.

Mme Philpott croit qu'il est important de pouvoir se regarder dans le miroir et de pouvoir se dire que les choix faits étaient les bons.

Mais elle trouve dommage que ses décisions aient eu pour conséquence son expulsion.

Elle n'a toutefois pas de regrets, soutenant qu'elle n'aurait pu défendre certaines positions du gouvernement.

Ni l'une ni l'autre ne pouvaient dire si la politique serait dans leurs plans au terme de leur mandat.