Confinement : ils ont flanché pour baiser

«Le coronavirus, c’est un peu le même feeling qu’avec une ITSS. T’as le goût de coucher, mais t’as peur en maudit de l'attraper.»

Embrasser, enlacer, toucher, caresser… c’est probablement ce qui manque le plus aux célibataires en confinement. Et, malheureusement, rien de tout ça ne se fait à deux mètres de distance. Pour pallier à leur manque d’affection, des âmes esseulées ont fait du sexe l’étape numéro un de leur déconfinement, allant à l’encontre des mesures sanitaires en vigueur. On leur a parlé.

«Un soir, j’avais besoin d’être wild. Je suis allée chez lui pis ça s’est passé. […] Avec l’idée du déconfinement progressif, l’été qui arrive, pis les rencontres avec les amis dans le parc, ça m’a donné le goût de plus. J’ai re-téléchargé les applications de rencontre et je me suis mis à revoir des gars», confie Laurence*, 27 ans, qui a vu six futurs partenaires potentiels depuis le début du mois de mai.

Mais les rencontres amoureuses ne se sont pas si simples dans un contexte où on n’a toujours pas le droit de s’approcher à moins de deux mètres d’autrui, sous peine d’amende. «Faque, en gros, t’as le choix entre aller au parc sans te toucher ou aller chez la personne. C’est sûr que si tu vas chez lui, c’est propice à l’intimité. Tu bois un verre, pis boum, t’oublies rapidement les mesures sanitaires.»

Après deux mois à vivre à temps plein chez ses parents, Simon*, 32 ans, reconnaît qu’il avait les «hormones dans le tapis». «J’avais une routine de plaisir personnel soutenue. J’avais l’impression d’avoir 15 ans. Toutes les filles me semblaient inaccessibles et m’attiraient. Elles courraient dans la rue, et j’avais envie de les coller. Je fantasmais.»

Heureusement, il a revu une ancienne flamme dès son retour chez lui, à la fin du mois de mai. «C’était passionnel! (rires) Je n’en pouvais plus. On en parlait depuis longtemps, il y a eu un built-up, donc on l’a fait malgré tout, dit-il. Mais on ne l’a pas fait 52 millions de fois pour compenser. Juste une fois semaine, ça va. C’est pas comme si tu fais le défi 28 jours sans alcool, pis à la fin tu fais un gros party et bois à l’infini.»

Sexe, la priorité de déconfinement numéro un?

Si certains avaient hâte de recommencer à magasiner, de revoir leurs parents, de fêter l’anniversaire de leurs amis, pour beaucoup de célibataires, l’intimité arrivait au top de la liste des priorités du déconfinement.

«C’est pas juste une priorité, c’est un service essentiel pour tout le monde, je pense. Je suis déjà prête. J’ai les condoms dans ma poche», rigole Alexe*, 31 ans, qui n’a pas fait de corps à corps avec personne depuis le mois de mars. Dès que l’occasion se présente, avec un major crush - pas juste un gars pas rapport de Tinder - je fonce.»

Les célibataires à qui le HuffPost Québec a parlé ont tous dit avoir d’abord (re)téléchargé certaines applications de rencontres afin de «passer le temps», ou autrement dit, pour parler, échanger, sexter parfois, ou encore se prouver qu’ils suscitaient toujours un intérêt auprès de la gent féminine ou masculine. Ils ont finalement flanché lorsque certains se sont montrés plus insistants pour une éventuelle rencontre.

«J’ai beau m’être arrangée toute seule pendant un bout et commandé de nouvelles choses [NDLR : des objets sexuels]. À la fin de la journée, je suis un être humain. Mon corps, mes pulsions me contrôlent plus que mon cerveau, surtout quand on titille sans arrêt, admet Jennifer*, 30 ans qui a sauté sous la couette dès que l’occasion s’est présentée, tout en continuant d’échanger avec d’autres hommes en chaleur.

La «game» a changé (un peu)

Ce qui leur manquait surtout n’était pas la jouissance, mais plutôt l’affection, la reconnaissance, les compliments, la chaleur humaine. «En temps normal, je vais sortir, recevoir des compliments, me faire draguer. Là, en tant que célibataire en confinement, j’avais rien de tout ça», affirme Jennifer.

Même si elle a fait qu’une trêve aléatoire de sexe, Jennifer avoue que le confinement a renforcé plus que jamais son envie de faire vie commune.

«Pas question de repasser une autre COVID toute seule. C’est comme un confinement double. Mais au-delà de ça, le sexe, c’est le fun, mais ça fait son temps. J’ai réalisé que j’ai envie d’être intime avec quelqu’un, d’engagement. Avant, j’aurais couché pis je me serais enfuie. Là, je veux une expérience humaine, de blonde-chum… Quoi? Il y a même des gens qui paient pour ça [NDLR : auprès d’escortes] en temps normal», plaisante-t-elle.

Mise à part une différence dans la façon de se rencontrer et dans la variété d’activités possibles à deux, de son côté, Laurence ne constate pas un changement dans la manière de percevoir les relations parmi la horde de célibataires qu’elle a croisée sur les réseaux. Elle a toujours préféré la vie en couple, mais affirme que beaucoup d’hommes continuent de rechercher des histoires d’un soir, même en temps de pandémie.

«Au début, je me disais qu’il fallait absolument que je rencontre l’homme de ma vie si je voulais avoir des rapprochements avec quelqu’un. Je me suis rendu compte ben vite que ce n’était pas la réalité pour tout le monde. Mais t’sais, avant de risquer d’attraper la COVID-19, tu veux être sûre de ta shot. […] Le coronavirus, c’est un peu le même feeling qu’avec une ITSS. T’as le goût de coucher, mais t’as peur en maudit de l’attraper.»

* Noms fictifs - Les célibataires interviewés ont tous requis l’anonymat.