C'est quoi le secret d'un couple qui dure?

Particulièrement en cette période de pandémie qui exacerbe les peurs et tensions, comment vivre notre couple harmonieusement?

On rêve de mariage et d’une relation qui dure, mais la perspective de passer toute notre vie avec l’autre nous fait paniquer. Paradoxal? Certes, mais classique. Et une fois la bague au doigt, si on ne se plaisait plus, si ça ne durait pas? Le HuffPost Québec s’est entretenu avec Louise Sigouin, sexologue membre de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec, sur cette question existentielle: «C’est quoi le secret d’un couple qui dure?». Et cela particulièrement en cette période de pandémie - amplificatrices des peurs et tensions?

Le premier mot qui tombe, sans aucune hésitation: l’engagement (!), selon Louise Sigouin.

L’engagement, c’est ce contrat non écrit, mais moral, qui définit notre désir d’aller dans la même direction avec amour, respect, empathie, générosité et tolérance. Cet accord de complicité, d’honnêteté, de respect, de coopération en évolution constante et dont on doit parler ensemble et régulièrement!

«L’engagement, c’est aussi savoir qu’il y a mieux et moins bien ailleurs, mais qu’on choisit d’évoluer avec cette personne. Pour cela, il faut définir les paramètres de la relation, les souhaits, les désirs, les besoins de chacun, qui vont d’ailleurs évoluer au cours de la relation. Il est important de les revoir ensemble et de s’en parler, bref de se mettre à jour!»

«L’engagement, c’est aussi savoir qu’il y a mieux et moins bien ailleurs, mais qu’on choisit d’évoluer avec cette personne.»

- Louise Sigouin, sexologue

Authenticité SVP!

La moitié, cette expressions employée dans la littérature et dans les expressions du quotidien serait peut-être l’une des sources de nos problèmes. Moitié? On devrait plutôt dire: se retrouver à mi-chemin, à la moitié du chemin avec l’autre.

Donc, non, cette soi-disant moitié ne nous ressemble pas, ne pense pas comme nous - et il ne faut surtout pas tenir pour acquis que l’autre nous capte parfaitement - et ce encore moins sans communication.

Selon Louise Sigouin, c’est à deux qu’on fait la relation avec nos différences. Se présenter avec le plus d’authenticité possible, parler de nos différences - ce n’est pas parce que c’est différent que ce n’est pas bien! - est primordial.

«J’exprime clairement ce à quoi j’adhère. Dans cette authenticité, “Comment faire pour te respecter et me respecter? Comment se retrouver au milieu?” Voici les questions qu’il faudrait se poser», explique Louise Sigouin.

L’âme soeur existe-t-elle?

«On les appelle aussi les flammes jumelles. On peut commencer cette relation ainsi, mais il y aura tout de même un choix de relation à faire et une direction à prendre. Et il faudra se poser ces questions: a-t-on les mêmes valeurs? Souhaite-t-on emprunter les mêmes directions?»

La plus grande erreur que nous faisons est de penser qu’être en couple est facile.

«La passion est enivrante, après il faut s’investir. On entend souvent “j’aimerais que cela soit comme à nos débuts”, mais en avançant dans la relation, il faut intégrer les responsabilités et relever les défis, ensemble.»

- Louise Sigouin, sexologue

Du temps de qualité

Prendre le temps! Cette période sans précédent en est l’occasion.

«Les gens se plaignent de manquer de temps, c’est ce qui revient le plus souvent au cours de mes consultations - et c’est bien là l’un des obstacles à l’épanouissement du couple. Cas de force majeure, on a le temps, pas le choix, profitons-en! On a du temps pour l’autre, pour discuter, échanger, faire un bilan, revoir la direction que l’on souhaite prendre.»

Mais surtout passer du temps de qualité ensemble.

La notion de spontanéité, de romantisme c’est le rêve, mais ça n’est pas réaliste, il faut se booker des rendez-vous de qualité même quand on vit sous le même toit - et (aussi, particulièrement) en temps de pandémie! On se met à jour et on n’oublie pas le rituel amoureux.

Mais faut-il le mettre à l’agenda?!

«Si on ne le met pas à l’agenda, il ne se passera rien! Et n’oubliez pas que c’est excitant d’avoir une date prévue avec son amoureux(se). On se met cute, on se rend dispo.»

Ce rendez-vous peut se dérouler autour d’un verre, d’un bon plat, mais cela doit être un moment à deux pendant lequel on se rend totalement disponible.

S’engager et s’investir, mais certainement pas penser son couple en terme de réussite ou de performance.

«Pour que le couple dure, il faut l’engagement des partenaires. C’est là tout le défi de ceux qui s’aiment et qui souhaitent sincèrement que leur couple marche. S’engager veut dire être activement présent dans l’intimité du couple, accepter l’autre tel qu’il est et s’investir soi-même dans la relation. Il n’est aucunement question de performance qui est l’inverse du couple!»

N’oubliez pas qu’à force d’être ensemble on se découvre aussi des affinités, mais il faut aussi de temps en temps s’accorder du temps rien que pour soi.

«En temps de pandémie, il faut se programmer des moments seul. Comme on n’a pas la distance pour s’ennuyer, il faut parfois se retirer pour mieux se retrouver. Ça n’a rien à voir avec l’autre. Laisser ces pensées vagabonder, s’ennuyer une heure ou deux, pour mieux être ensemble», précise Louise Sigouin.

«Le plaisir ça ne sert à rien, mais ça fait du bien.»

- Louise Sigouin, sexologue

Et le plaisir?!

Qu’est-ce qu’on va partager comme plaisir? Une marche, une oeuvre artistique? Le plaisir ça ne sert à rien, mais ça fait du bien, selon notre sexologue.

Ce sont ces plaisirs qui nourrissent la complicité, la tendresse et l’intimité.

Selon Louise Sigouin, la sexualité ne peut pas se développer sans intimité, qui se travaille à deux.

Le confinement développerait même les rencontres plus intimes au sein du couple, nous avait confié la sexologue au début du confinement en 2020.

«Ceux qui sont sexuellement investis n’ont pas de problème. “Plus on est ensemble, plus on fait l’amour” est leur credo. Pour les moins investis sexuellement, il faut accepter de dire: NON. Faire respecter son rythme, être moins rapide, faire de la place aussi sur comment aborder l’autre. Et ce n’est certainement pas un problème homme-femme.»

Les cinq archétypes

L’approche de Louise s’inspire des cinq grandes dualités fondamentales qui sont au cœur de toutes nos relations. Chaque dualité a son défi.

En couple, nous sommes soit un ou l’autre :

  • dépendant ou codépendant
  • fusionnel ou solitaire
  • rationnel ou émotif
  • actif ou rêveur
  • vite ou lent

«Les cinq dualités sont ces caractéristiques qui mettent en relief nos différences. L’idée est donc : “j’apprends à m’identifier et on va faire la moitié du chemin ensemble”. La façon la plus sûre de vivre en couple, c’est que l’un et l’autre acceptent d’être à la fois élève et prof et suivre ce précepte: connais-toi toi-même.»

*Dépendant-codépendant

Le dépendant est centré sur ses besoins, passionné et très contrarié par ce qui se passe. Le codépendant, lui, est au service des besoins des autres et va s’assurer que tout le monde va bien autour de lui. La conversation entre les deux est essentielle.

*Émotif-rationnel

Les émotifs ont une grosse charge émotive et mettent peu de mots sur ce qu’ils ressentent. Le danger est qu’ils se replient sur eux-mêmes. Le rationnel, lui, a besoin de beaucoup d’informations. Ensemble, ils vont devoir travailler et apprendre à s’exprimer sur ce qu’ils vivent et ressentent. Par exemple en se posant une question aussi simple que: “Comment tu vas?”.

*Actif-rêveur

Pour l’actif, tout doit être fait. Le rêveur cherche tout pour s’écraser. Dans ce cas présent d’isolement, le rêveur peut nous apprendre à prendre le temps.

*Vite-lent

Le vite va gigoter, il va tout faire dans les premières heures de la journée. Le lent ne se sentira pas bousculé pour une fois et pourra donner l’exemple à l’autre.

*Fusionnel-solitaire

C’est cette dualité qui entraîne la plus grande confrontation. Le solitaire aura besoin de se retirer dans un coin de la maison de temps en temps pour ne pas se sentir envahi. Le défi pour eux sera de trouver l’équilibre entre besoins personnels, couple, famille.

En vrac, mais précieux...

*N’attendez pas que la situation (pandémie) revienne à la normale. Ne subissez pas!;

*S’interroger: Que puis-je faire pour rendre ce moment tout de même agréable?;

*Changez les habitudes, faites quelques folies;

*Le plaisir, c’est la clé ensemble;

*Rire à deux, et de soi;

*Regarder à l’intérieur de soi et le partager avec l’autre;

*Réfléchir ensemble à voix haute sur qui je suis, ce que je veux.