OPINION
01/05/2020 13:55 EDT

En santé publique, l’habit fait le moine

Il serait sans doute opportun de s’interroger sur la possibilité de créer un ministère de la Santé publique, non pas pour alourdir la fonction publique, mais, au contraire, pour donner du souffle au MSSS, déjà asphyxié.

La Presse canadienne/Jacques Boissinot
Dr Horacio Arruda, directeur national de la santé publique

D’abord, UN coronavirus, ensuite LE SRAS-CoV-2, puis LA COVID-19. S’en est suivi une kyrielle de mots: virus, pathogène, pneumonie, vecteur, facteur R0, contagiosité, éclosion, épidémie, pandémie. C’était vraiment du chinois! C’était si lointain que nous nous sentions peu concernés. Puis, bang! Nous prenons part désormais à une guerre contre un ennemi invisible et devons livrer, collectivement, «la bataille de notre vie».

Le point de presse quotidien du premier ministre François Legault, qui cartonne depuis la mi-mars, nous a fait découvrir le rôle important de directeur national de la santé publique, sous les traits du Dr Horacio Arruda, devenu une véritable icône.

Il nous explique patiemment que la meilleure manière de nous protéger est de tousser dans notre coude, de nous laver les mains avec du savon et de respecter une distanciation physique. De plus, il dresse le portrait d’une situation qui se complexifie en temps réel à l’échelle de la planète. L’ampleur de la tâche de transmettre des informations pointues, de les vulgariser, et ce, sans alarmer la population, relève presque du funambulisme, d’où l’importance de lui donner la tribune qui lui revient maintenant… et à long terme.

Mais c’est quoi, au juste, la «santé publique», et à quoi ça sert? En gros, ça sert à mettre en place des mesures pour protéger et promouvoir la santé de la population. Officiellement, c’est le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) qui exerce «les fonctions nationales de santé publique».

À la lumière de la situation actuelle, il serait sans doute opportun de s’interroger sur la possibilité de créer un ministère de la Santé publique, non pas pour alourdir la fonction publique, mais, au contraire, pour donner du souffle au MSSS, déjà asphyxié. Il s’avère primordial de donner plus de poids à la santé publique pour le devenir de la société et de son économie. Le réel danger serait de la reléguer aux oubliettes une fois tout cela derrière nous. 

Aussi étrange que cela puisse paraître la Direction générale de la santé publique et l’Institut national de santé publique sont deux entités distinctes au cœur de l’organigramme du MSSS.

Ne serait-il pas judicieux de les regrouper et de repenser leurs rôles au sein d’un même ministère qui veillerait notamment à: 1) mettre en place des mesures pour augmenter la sécurité de la population face aux risques de contamination, tous pathogènes confondus; 2) promouvoir la vaccination; 3) coordonner la recherche sur la santé publique entre les établissements universitaires, incluant les hôpitaux, et assurer sa diffusion; 4) gérer l’approvisionnement ainsi que les réserves de médicaments et du matériel médical essentiels pour garantir une autonomie provinciale.

Le moment est plus propice que jamais pour donner à la santé publique la place qu’elle mérite.

Nos habitudes ont été bousculées et, certes, le seront encore pour un temps indéterminé. La pandémie donne lieu à des initiatives audacieuses, à de nouvelles façons de faire qui nous prouvent que «la machine» peut opérer des changements rapides lorsque la situation l’exige. Le moment est plus propice que jamais pour donner à la santé publique la place qu’elle mérite.

En attendant, on peut au moins profiter d’un des effets positifs de la COVID-19 qui engendre un bien-être collectif non négligeable: la trêve politique forcée marquée par l’absence de partisanerie. Si cette dernière était un virus, on le souhaiterait extrêmement contagieux.

Ça va bien aller si nous osons tous remettre nos habitudes en question.

Ça va bien aller si nous réalisons tous l’importance de la santé publique.

Ça va bien aller si nous retenons tous les leçons de la crise.

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