POLITIQUE
02/07/2020 10:37 EDT | Actualisé 02/07/2020 13:34 EDT

Réunifier Montréal: Nicolas Poirier veut sortir Valérie Plante de la mairie

«L'équipe de Projet Montréal et de Mme Plante ont tendance à dérouler le rouleau compresseur sans opposition», affirme Nicolas Poirier.

Capture d'écran Facebook/Réunifier Montréal
Dans une publication qui n'est maintenant plus disponible sur sa page Facebook, Réunifier Montréal accusait la mairesse de Montréal, Valérie Plante, d'avoir brisé plusieurs promesses.

Un spécialiste en marketing d’origine française, Nicolas Poirier, est l’une des personnes à l’origine de mystérieuses publicités pour le mouvement Réunifier Montréal, qui souhaite «tourner la page Projet Montréal» et faire élire une nouvelle administration en 2021, a appris le HuffPost Québec.

En entrevue téléphonique, ce propriétaire d’une agence de marketing et de publicité affirme toutefois ne pas avoir l’ambition de remplacer lui-même Valérie Plante. Le site web Réunifier Montréal, lancé il y a quelques jours à peine, vise plutôt à «prendre le pouls de l’opinion [publique]» pour voir si la volonté d’un changement d’administration est partagée par beaucoup de Montréalais.

«Valérie Plante a été élue sur la promesse de débloquer Montréal, la promesse d’une réalisation d’une ligne de métro (la ligne rose), ainsi que sur la promesse de ne pas plateauïser Montréal», peut-on lire sur le site web. «Ces trois promesses ont été bafouées.»

Une publicité de Réunifier Montréal apparue sur Facebook a suscité des questionnements et quelques critiques sur les réseaux sociaux, notamment en raison du mystère qui entoure le projet. 

 

Nicolas Poirier ne porte pas le projet seul, dit-il, mais refuse de dévoiler l’identité de ses collaborateurs, qui lui auraient «demandé une certaine discrétion». Jeudi matin, M. Poirier a affirmé qu’il «ne [savait] plus» s’il avait lui-même défrayé l’achat du nom de domaine et le coût d’hébergement du site web ou si ces montants avaient été allongés par quelqu’un d’autre. «Il faut que je vérifie», a-t-il affirmé.

Bien qu’il vive à Montréal depuis 2011 et qu’il ait obtenu sa citoyenneté canadienne il y a deux ans, M. Poirier estime ne pas avoir la «légitimité» pour devenir maire.

J’estime qu’en étant d’origine française, je n’ai pas la légitimité d’un Montréalais ou d’un Québécois.Nicolas Poirier, cofondateur du mouvement Réunifier Montréal

Il dit craindre d’être «toujours assimilé à un Français», alors même qu’il reproche à l’administration Plante d’être «trop francophile» et de trop «copier ce qui se fait en France». Ce qui ne veut pas dire que le maire ou la mairesse de Montréal doit absolument être un(e) Québécois «de souche», précise-t-il lorsqu’on lui pose la question.

Il accuse par ailleurs l’administration Plante de trop souvent «dérouler le rouleau compresseur» et de prendre «des décisions unilatérales».

Dénonçant une «opposition inexistante», Nicolas Poirier rappelle que l’actuel chef de l’opposition officielle à Montréal, Lionel Perez, est toujours «chef par intérim» de son parti, Ensemble Montréal.

«Le chef du parti qui représente l’opposition est toujours appelé intérimaire et on n’a toujours aucune idée de qui représentera cette opposition dans l’élection de l’année prochaine», déplore M. Poirier.

LinkedIn/Nicolas Poirier
Nicolas Poirier

 

La guerre aux voitures

Résident de Rosemont, M. Poirier reproche notamment à Valérie Plante d’avoir «plateauisé» Montréal, alors qu’elle avait promis de ne pas le faire à Tout le monde en parle, en 2017.

Il en a contre la «guerre à l’automobile» déclarée selon lui par l’administration Plante, citant l’exemple du réaménagement de la piste cyclable de la rue Rachel, qu’il qualifie de dangereuse.

«Maintenant, à chaque fois j’ai peur quand je traverse, que je sois en vélo ou en voiture», affirme-t-il.

Questionné sur des publications Facebook critiquant le «catastrophisme» de certains militants écologistes comme Greta Thunberg, Nicolas Poirier se défend bien d’être climatosceptique. 

Oui à la lutte aux changements climatiques, mais pas en faisant n'importe quoi. Et avec Mme Plante, on est dans le total n'importe quoi!Nicolas Poirier

«Je trouve cette lutte [aux changements climatiques] tout à fait légitime, à condition d’être élu pour», dit-il, disant croire que Valérie Plante «n’aurait probablement jamais été élue» si elle avait fait campagne sur la lutte aux changements climatiques en 2017.

Il convient de l’importance de lutter contre les changements climatiques, «mais pas en faisant n’importe quoi. Et avec Mme Plante, on est dans le total n’importe quoi.»

«En ce qui me concerne, je n’ai pas de légitimité là-dessus, je ne suis pas scientifique. J’ai juste un constat comme père de deux enfants: amener les enfants à la garderie en voiture en hiver, c’est pas un luxe», dit M. Poirier.

Il aimerait plutôt voir l’administration jeter son dévolu ailleurs. «Il y a du plastique dans les ruelles, dans les parcs. Les parcs n’ont jamais été aussi sales que cette année, croit-il. À mon avis, un geste bien plus concret serait de s’attaquer à la gestion du recyclage»

Pour l’heure, le mouvement Réunifier Montréal n’a pas été enregistré en tant que parti auprès d’Élections Québec et son nom n’a pas été réservé. L’organisation est toutefois à la recherche d’adhérents potentiels à un futur parti, dans le but de présenter une liste de candidats contre Projet Montréal aux prochaines élections.

Ensemble Montréal se prépare pour l’affrontement

Joint par le HuffPost jeudi, le chef intérimaire d’Ensemble Montréal Lionel Perez a affirmé que son parti accueillait «avec beaucoup d’enthousiasme toute initiative citoyenne qui veut souligner la façon dogmatique dont Projet Montréal et Valérie Plante gouverne la ville depuis le début de leur mandat».

Il réfute toutefois les accusations de mollesse de M. Poirier, se disant fier du travail fait par son parti à titre d’opposition officielle.

«On n’a pas vu une opposition aussi constructive et rigoureuse depuis des années, dit-il. C’est quelque chose que nous menons depuis trois ans, c’est un peu facile pour M. Poirier de venir faire certaines affirmations à moins d’un an et demi [de l’élection].»

M. Perez affirme que son parti élabore son plan de match en vue de la campagne électorale. «Mais c’est pas aujourd’hui que je vais donner un scoop sur cet enjeu-là», lance-t-il. L’élu s’était toutefois engagé à ne pas se présenter comme candidat en devenant chef intérimaire, et il a l’intention de tenir sa promesse.

Le HuffPost Québec a contacté le cabinet de la mairesse Valérie Plante pour obtenir ses commentaires, mais l’administration a préféré ne pas réagir.

Avec des informations de Christian Duperron