À 28 ans, il retourne vivre sur la ferme familiale grâce à la pandémie

Samuel profite du télétravail pour renouer avec une partie de lui-même: ses racines agricoles.
Samuel affirme également s'être métamorphosé en adoptant de plus saines habitudes de vie. 
Samuel affirme également s'être métamorphosé en adoptant de plus saines habitudes de vie. 

Histoires de la vie covidienne: ce sont des témoignages de familles qui ont vu la COVID-19 transformer leur vie, radicalement. En croisant le regard de différentes générations, cette série nous plongera dans ces parcours marqués par la pandémie.


Petit, Samuel Larochelle grimpait sur le tracteur aux côtés de son père, et passait des heures sur la batteuse, au milieu des récoltes et des champs de céréales. Il y avait les poulets à nourrir. Les vaches à traire. Les montagnes à perte de vue.

«Ce sont de beaux souvenirs, dit-il en entrevue avec le HuffPost. Et c’est un peu ce que j’avais perdu en allant en ville. On dirait que ce lien d’appartenance à l’agriculture et à la ruralité me manquait.»

Quand la pandémie de COVID-19 a frappé en mars dernier, Samuel ressent alors la nécessité viscérale d’un «retour aux sources», comme il dit. Privé des soirées au théâtre, de ses amis, des repas au restaurant, le jeune homme décide de faire ses valises.

Direction Saint-Magloire, son village natal de 700 habitants situé dans le comté des Etchemins, dans la région de Chaudière-Appalaches.

«J’ai plein d’amis qui vivent de la solitude, seuls dans leur appart en ville. La situation avec la pandémie est vraiment triste, déplore-il. Je me sens quasi mal honnêtement, car je crois que je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie. J’ai beaucoup d’empathie pour tout le monde.»

Maintenant, chaque jour, Samuel peut boire un café avec l’une de ses tantes. Il passe beaucoup de temps avec ses parents, Maurice et Linda. Dîne avec eux. Soupe avec eux.

«À Montréal, quand je rentrais le soir j’étais seul chez moi. Maintenant ma routine est plus saine et je vis moins de solitude. Grâce à la pandémie, je peux faire mon travail - que j’adore - à distance. Alors qu’à l’inverse je ne pouvais pas traire les vaches en sortant du travail!»

Samuel entouré de sa famille.
Samuel entouré de sa famille.

Ce sentiment de solitude, que Samuel évoque tant, n’existe pas à Saint-Magloire.

«Quand tu viens d’un petit village, tout le monde se connaît, dit-il. Les voisins sont nos amis, j’ai des oncles et des tantes qui vivent ici. Et mon père et ma mère ont deux grosses familles.»

Son frère Frédéric, qui a repris la ferme, se trouve également à ses côtés chaque jour. «Je suis fier de le voir travailler et de pouvoir l’aider à ma façon», confie Samuel.

Réapprendre à vivre

Sur cette ferme laitière et avicole, où se côtoient quelque 20 000 poulets et une cinquantaine de vaches, Samuel a réappris à vivre.

S’il aide à traire les vaches, nourrir les animaux, mettre les poussins dans les poulaillers ou ramasser des roches pour éviter les bris de machinerie, l’homme s’est complètement métamorphosé en adoptant de plus saines habitudes de vie.

«C’est sûr que j’aurais préféré qu’il n’y ait pas de pandémie, avec tous ces morts c’est terrible, mais ça été un déclic positif pour moi. Je me suis complètement repris en main, notamment côté alimentation.»

Depuis mars, Samuel aura ainsi perdu 30 livres.

«À Montréal je mangeais mal, j’étais tout le temps au restaurant. J’étais accro au sucre aussi, mon corps en réclamait tout le temps. Maintenant je mange des fruits, des légumes, je suis mieux dans mon corps, et dans mon linge!»

Si les premières semaines se sont même accompagnées de symptômes de sevrage, comme des sueurs ou des insomnies, le Montréalais d’adoption a pu vite observer les bienfaits de son changement de vie. «Je suis plus motivé et positif, j’ai plus d’énergie, et je me sens valorisé aussi», dit-il.

Renouer avec son vrai soi

Mais il n’y a pas que la nourriture qui change un homme. Le décor naturel, également, joue beaucoup sur le moral. Cet été, avec sa mère, il en a ainsi profité pour faire de la randonnée dans tous les parcs régionaux du coin. Ou encore passer les vacances en Gaspésie.

«C’est plus calme ici, explique-t-il. Je profite à 100% de chaque moment de la vie. Et donc dans ma tête ça va super bien. Renouer avec mes racines rurales et agricoles m’a complètement transformé, et je sais que ce bagage va rester avec moi.»

Finalement la pandémie a fait remonter à la surface tout plein de sentiments qu’il avait enfoui au fond de lui. Et ce, alors que cela faisait longtemps qu’il avait quitté le nid familial - d’abord pour aller faire un baccalauréat en communications, puis dès 2016 pour travailler à Montréal.

«Ce retour aux sources est venu valider plein de choses que je savais dans mon subconscient, dit Samuel. Que ma famille me manquait. Que ma région me manquait. On dirait que je le savais, mais en même temps que non. Je crois que c’est quand on perd quelque chose qu’on se rend compte qu’on l’appréciait. »

Racines agricoles et vraies valeurs

Toutefois, pas question pour Samuel d’idéaliser cette vie agricole, qui peut dit-il se révéler extrêmement ardue.

«L’agriculture si tu ne l’as pas vécue, tu ne peux pas comprendre ce que c’est, ce n’est pas tout beau tout rose, c’est très dur», explique-t-il.

Longues heures de travail, lourds investissements financiers, météo changeante, conséquences sur le corps et le moral, bris fréquents de machines: cette vie est ponctuée de stress et de problèmes, selon lui.

«En plus, maintenant, les fermes sont rendues des business, donc ça vient avec une pression de gestion et de performance.»

Tout n'est pas rose à la ferme, souligne toutefois Samuel. Le travail y est très ardu et le stress bien présent. 
Tout n'est pas rose à la ferme, souligne toutefois Samuel. Le travail y est très ardu et le stress bien présent. 

A-t-il pensé à reprendre cette ferme qui appartenait jadis à ses arrière-grands-parents?

«Oui, j’y ai pensé plus jeune, convient-il. Mais quand j’ai vu que mon frère voulait devenir agriculteur, j’avais cette satisfaction qu’il allait la reprendre. Peut-être que cela aurait été différent s’il n’avait pas voulu. Mais je ne suis pas vraiment manuel, je ne pourrais pas réparer une batteuse par exemple.»

Samuel, impliqué par ailleurs à titre de deuxième vice-président de l’organisme Fierté Agricole, revendique quand même les belles valeurs inculquées par une enfance passée entre les champs et les bêtes.

«J’y ai appris la valeur de l’argent. Ma mère m’a toujours dit que les choses ne tombaient pas du ciel, qu’il fallait travailler pour avoir ce qu’on voulait. C’est important de savoir d’où vient ta nourriture, ton lait. Côtoyer des animaux aussi, ça t’apprend beaucoup.»

Grâce à ce retour temporaire sur la ferme familiale - en fait, pour autant de temps que lui permettra la pandémie et le télétravail - Samuel sait qu’il est devenu un autre homme.

«Je sais maintenant que les choses seront différentes quand je retournerai à Montréal», dit-il, chargé de bonheur.

«On dirait que les gens se rendent compte que je vais mieux. On me dit que je dégage du positif, et que ça transparaît dans mes actions. Ils voient que c’est authentique, que ma vie est authentique, et que je n’ai jamais été aussi bien de ma vie.»