Retour à l’école : limiter l'anxiété des enfants

Une rentrée signée COVID-19 : sans récréation ni droit de jouer avec leurs amis.

Une grosse étape du déconfinement s’enclenchera bientôt: le retour en classe. S’inviteront aussi assurément sur les bancs d’école anxiété et stress, autant auprès des élèves du primaire que de leurs parents. Des spécialistes nous expliquent comment désamorcer la bombe.

Les parents d’abord

Il faut savoir avant tout que l’anxiété, ça se transmet. Surtout du parent à l’enfant. Donc assurez-vous de gérer vos propres craintes avant d’entamer une discussion sur celles de votre progéniture, conseille la psychoéducatrice Marie-Ève Tremblay. Pensez aux consignes de sécurité dans l’avion. En cas d’émanation, il faut d’abord mettre le masque à oxygène sur soi avant d’aider notre enfant, ou qui que ce soit d’autre pour s’assurer de survivre. Même chose avec l’anxiété. Soufflez d’abord pour que les autres respirent à leur tour.

«Un parent qui a des stratégies de gestion d’anxiété, ça aussi, ça se transmet, indique Mme Tremblay. Les parents doivent faire un examen de conscience, prendre le temps de s’informer et aller chercher les outils nécessaires pour eux afin d’ensuite mieux aider l’enfant.»

Un retour en classe rendrait anxieux 67 % des parents et 46 % de leurs enfants, selon un sondage CROP commandé par la Fondation Jasmin Roy Sophie Desmarais.

La plus grande écoute

Vous vous décrivez comme une personne «à l’écoute» puisque vous avez consolé votre meilleur ami pendant toute une soirée après sa rupture? Vous pouvez faire mieux. Pendant la pandémie, offrez une écoute décuplée à votre enfant.

« L’idée n’est pas de demander comment il va sans arrêt, mais de lui offrir un espace potentiel d’écoute. On s’installe, par exemple, à côté de lui en silence, ou pour lire, puis on se montre disponible s’il a besoin de verbaliser. Il viendra vers nous», indique la psychologue clinicienne Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Peut-être que pour vous le non-retour d’une prof en particulier ou l’annulation d’un bricolage spécial ne semblent pas avoir de réel impact, mais pour l’enfant, ça peut être la fin du monde.

Dédramatiser, mais… bien informer

Tout le monde est unanime : que vous soyez un adulte ou un enfant, pour réduire l’anxiété il faut être bien informé sur la situation. Évidemment, les tout-petits n’ont pas besoin d’assister à tous les points de presse de François Legault et en savoir davantage qu’un chercheur du vaccin, mais sera plus enclin à digérer la COVID-19 s’il en connaît les grandes lignes.

Selon Mme Tremblay, il peut être intéressant de le sonder sur sa perception du danger associé au coronavirus. Comment en a-t-il entendu parler auparavant? A-t-il mal interprété des conversations entre maman et papa? Sait-il qu’il n’en mourra pas, mais qu’on fait tout ça pour protéger mamie et papi?

«Mieux comprendre le virus l’aidera aussi à mieux respecter les mesures qui l’entourent. Il faut qu’il les comprenne ces nouvelles règles pour qu’il les accepte. Ça se peut qu’il les oublie et saute sur un ami, mais au moins quand le professeur va l’avertir, il sera moins enclin à rouspéter. Il va les intégrer progressivement», croit Dre. Beaulieu-Pelletier.

Pour expliquer le coronavirus et ses dangers aux petits sans les inquiéter, Dr Frédérick L. Philippe et Dre. Beaulieu-Pelletier ont mis sur pied une petit histoire imagée et métaphorique. Voici la petite histoire :

«C’est comme si nous étions des petites autos qui peuvent transporter le virus d’une auto à l’autre.

Si ton auto est en bon état, tu vas juste le transporter dans la valise de ton auto. Et parfois même tu ne t’en rendras même pas compte que tu le transportes.

Si une autre auto te donne le virus, mais que ton auto est plus usée, ça pourrait causer des dommages à ton auto. Ton auto pourrait tomber en panne et tu devrais l’amener au garage.

Alors, les garages pourraient recevoir beaucoup de voitures usées en même temps à réparer, et avoir de la difficulté à toutes les réparer en même temps.»

* Source avec les images ici

«En adoptant une approche ludique, ça montre l’importance du virus, mais sans l’insécuriser. Tu peux l’attraper, c’est pas agréable, au même titre que vomir ou avoir de la fièvre, mais tu ne vas pas en mourir. On restera à la maison et on se soignera. On ne veut pas le donner aux autres. Point. On arrête là», avise Dre. Beaulieu-Pelletier.

Laisser faire «ça va bien aller»

Les arcs-en-ciel et les slogans d’espoir, c’est mignon, mais… plus suffisants pour rassurer à ce stade-ci. Au revoir pensée magique! On devrait plutôt miser sur un message nous redonnant un sentiment de contrôle malgré la difficulté de la situation, croit Dre. Beaulieu-Pelletier.

«Le principal, c’est de reconnaître que c’est dur, mais qu’on a le pouvoir d’agir collectivement. Ça donne de l’espoir et ça aide les gens, les jeunes inclus, à participer à l’effort pour que ça aille mieux. C’est la clé pour être résilient. “En faisant ça, tu contribues à ce que la situation s’améliore“. Les slogans devraient plutôt être : “S’en sortir ensemble“ ou “On va travailler“», propose-t-elle.

Une rentrée scolaire, ça se prépare

Un retour en classe au temps de la COVID-19, ça ne prend pas juste un crayon, deux cahiers Canada et un bisou sur le front. Les parents devront bien enregistrer le fonctionnement à l’école dès qu’il sera émis en plus des mesures suggérés par le gouvernement pour pouvoir tout transmettre aux petits avant la (re)rentrée.

«En les informant sur le fonctionnement de leur quotidien à l’avance, ça va rendre le tout plus prévisible. Les enfants vont se faire des scénarios, des images et se préparer mentalement. Ce sera inévitablement moins angoissant», affirme la psychologue Geneviève Beaulieu-Pelletier.

Vous pouvez par exemple les introduire tout de suite au port du masque ou de la visière et leur expliquer que c’est simplement pour protéger les autres, mais qu’ils ne sont pas en danger.

Ne pas compter (uniquement) sur les profs

Les enseignants interrogés par le HuffPost Québec avouaient n’avoir pas encore eu de plans pour gérer l’anxiété des enfants. Tout est concentré sur les mesures sanitaires.

C’est une bonne chose selon Dre. Beaulieu-Pelletier. «C’est pas le temps de se lancer dans des graphiques d’émotions. On veut juste les accueillir, prendre quelques jours pour verbaliser, écouter les autres, réexpliquer les consignes, puis on recommencera les apprentissages de façon graduelle.»

Autrement dit, la tâche de prendre soin de la santé mentale des enfants revient aux parents pour l’instant et ils doivent commencer le plus tôt possible. Les intervenants scolaires prendront le relais plus tard, quand la crise se sera apaisée.

Demander de l’aide

Après la rentrée, il peut arriver qu’un enfant éprouve des difficultés d’adaptation qui affectent son fonctionnement quotidien. S’il s’isole, se replie sur lui-même, ou si irritabilité, colère, tristesse, insomnie perturbent ses activités, Dre Beaulieu-Pelletier suggère d’en parler avec le professeur de l’enfant, puis de consulter un psychologue spécialisé en traitement infantile. Le site de l’Ordre des psychologues du Québec permet de faire une recherche ciblée pour trouver un professionnel adapté à proximité.