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Enfants et COVID-19: le Dr Arruda et l’INSPQ envoient des messages contradictoires

L'un estime que la transmission du coronavirus par les enfants serait moins importante, l'autre met en garde contre une «transmission substantielle» vers leurs parents. Qui dit vrai?
Les écoles primaires et les services de garde rouvriront le 11 mai au Québec, à l'exception de la grande région de Montréal, où la réouverture est prévue pour le 19 mai.
Les écoles primaires et les services de garde rouvriront le 11 mai au Québec, à l'exception de la grande région de Montréal, où la réouverture est prévue pour le 19 mai.

Les enfants qui contractent la COVID-19 se transforment-ils en petits coronavirus sur deux pattes, contaminant tout le monde dans leur sillage, comme le craignent certains opposants à un retour à l’école ce printemps? Rien n’est moins sûr, rappellent certains scientifiques.

Dans un avis qui avait tout d’une mise en garde, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) affirmait le 22 avril que la réouverture des écoles primaires «risque de provoquer une forte augmentation de la maladie dans la population adulte».

«Il est certain que l’infection des enfants contribuerait à une transmission substantielle de la COVID-19 à leurs parents et aux autres adultes qui les entourent», écrit l’épidémiologiste Gaston De Serres, auteur du document.

Pourtant, mercredi, le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, a mentionné des études faites ailleurs dans le monde qui semblent dire exactement le contraire.

«Contrairement à ce qu’on a dans l’influenza, où les enfants sont des générateurs - je les appellerais des incubateurs à microbes - qui transmettent beaucoup, ici, ça serait probablement moins important», ouvrant la porte à un retour prochain des câlins entre grands-parents et petits-enfants. Dr Arruda commentait une affirmation récente de son homologue suisse, Dr Daniel Koch, selon laquelle «les jeunes enfants ne transmettent pas le virus».

Ces propos font écho à ceux de deux chercheurs qui soulignaient il y a quelques jours dans une lettre ouverte publiée par La Presse que «les données initiales suggèrent également que les enfants ne sont pas les meilleurs pour transmettre le SARS-CoV-2», le coronavirus qui cause la COVID-19.

«[La note de l’INSPQ] assume que les enfants sont ceux qui transmettent la maladie, mais il n’y a aucune preuve que les enfants soient des grands vecteurs», a précisé au HuffPost Québec la Dre Joanna Merckx, co-auteure de cette lettre ouverte.

Tout en rappelant qu’«on manque d’études» sur la question, la spécialiste en maladies infectieuses pédiatriques cite des analyses détaillées des chaînes de transmission de la COVID-19 réalisées dans plusieurs pays dont la Chine et la Corée du Sud, qui démontrent que les enfants sont rarement ceux qui transmettent la maladie.

Une revue de plusieurs études internationale réalisée par le prestigieux Royal College of Paediatrics and Child Health, au Royaume-Uni, conclut même que

Dre Merckx estime qu’il est tout à fait plausible que les enfants soient moins susceptibles de transmettre la COVID-19 que les adultes. Elle donne l’exemple de la tuberculose, une maladie hautement contagieuse qui se transmet comme la COVID-19 par aérosols. Les enfants peuvent l’attraper, mais ne la transmettent que très rarement.

La comparaison est imparfaite, concède Dre Mercx, puisque la tuberculose est une maladie bactérienne, contrairement à la COVID-19 qui est virale. Mais elle offre des pistes intéressantes pour expliquer pourquoi les enfants qui attrapent le nouveau coronavirus seraient moins contagieux que les adultes.

«Ça dépend vraiment d’où est la charge virale», résume la chargée de cours en épidémiologie, qui est aussi directrice des affaires médicales à bioMérieux Canada. «Avec la grippe, il y a plein de virus dans le nez et ils ont le nez qui coule, donc ils transmettent facilement le virus.»

Par contre, si la charge virale est principalement située dans les poumons comme c’est le cas pour la tuberculose, les enfants seraient moins susceptibles de transmettre l’infection car ils sont généralement incapables de tousser assez fort pour expectorer les mucosités qui obstruent les bronches.

Même s'il est difficile d'apprendre l'étiquette respiratoire aux enfants, leur incapacité physique à tousser assez fort pour expectorer fait en sorte qu'ils sont moins susceptibles de transmettre certaines infections.
Même s'il est difficile d'apprendre l'étiquette respiratoire aux enfants, leur incapacité physique à tousser assez fort pour expectorer fait en sorte qu'ils sont moins susceptibles de transmettre certaines infections.

Leur capacité limitée de transmission pourrait aussi être liée à une charge virale plus faible - les enfants sont souvent asymptomatiques ou peu symptomatiques - ou encore avec une durée de réplication du virus plus courte.

Dans le contexte du retour à l’école, Dre Mercx craint qu’on se concentre trop sur les enfants et qu’on ne se penche pas assez sur la façon dont les parents, les enseignants et les autres travailleurs vont interagir entre eux à l’intérieur et aux abords des établissements.

La maison, lieu de transmission par excellence

En entrevue avec le HuffPost Québec, le Dr Gaston De Serres, auteur de la publication de l’INSPQ sur les risques de la réouverture des écoles, a concédé que «les données qui permettent d’être affirmatifs [sur la contagiosité des enfants] sont certainement incomplètes».

Il justifie le ton grave de sa missive en rappelant que si les enfants transmettent la COVID-19 aussi efficacement que d’autres maladies, il sera très difficile de les empêcher de contaminer leurs parents.

«Les enfants, quand ils sont malades, transmettent très efficacement à leurs parents», souligne Dr De Serres. «Le type de contact parents-enfants est certainement assez rapproché pour permettre une bonne transmission du virus.»

Les contacts très rapprochés et fréquents entre les parents et les enfants font de la maison l'un des lieux de transmission les plus importants pour certaines infections.
Les contacts très rapprochés et fréquents entre les parents et les enfants font de la maison l'un des lieux de transmission les plus importants pour certaines infections.

«Dr De Serres assume que le taux de transmission, le R0, est le même entre adultes, entre enfants, d’adultes à enfants et d’enfants à adultes», résume Dr Mercx. «Il assume que, parce qu’il y a beaucoup de contacts à l’école, il y a plein de moments où les enfants vont transmettre [le virus]. Mais il n’y a pas de preuve qu’[ils] vont le transmettre aussi bien que les adultes.»

«Les charges virales chez les enfants n’ont pas été très bien explorées», admet Dr De Serres. «C’est possible que la transmission des enfants vers les parents soit plus petite si leur charge virale est plus petite.»

«Ceci étant dit, si les enfants contribuent à la transmission, LA place où ils vont le transmettre le plus, ça va être dans leur famille. Le milieu de transmission par excellence, c’est la maison», réitère-t-il.

En l’absence de preuve concrètes du contraire, l’INSPQ prône donc la prudence. Sans s’opposer à la réouverture des écoles et des services de garde, le Dr De Serres met en garde contre un scénario où on relâcherait les mesures de distanciation sociale dans le but d’atteindre une certaine forme d’immunité collective.

«Rester confinés ça a des conséquences douloureuses. Déconfiner, ça a des conséquences douloureuses. Tout est douloureux», juge-t-il. «Quand on déconfine, ce qu’il faut, c’est déconfiner sans viser à ce que les gens deviennent infectés.»

À VOIR: Le quotidien de cette maman de neuf enfants en confinement

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