À l'école Charles-Bruneau de Montréal, on se fait rassurant

«Notre plus gros défi sera de ne pas prendre les enfants dans nos bras!»

À la veille de la rentrée scolaire, nous avons visité l’école primaire spécialisée Charles-Bruneau à Montréal – qui accueille des enfants âgés de 6 à 12 ans présentant des troubles d’adaptation – pour mieux comprendre la réalité et les enjeux liés à la pandémie sur le terrain scolaire.

À l’entrée sont placardées les consignes de sécurité et sanitaires en vigueur. Une des affiches détaille que l’accès au lieu sera refusé si l’une de ces conditions s’applique à vous: fièvre, toux, difficulté respiratoire, perte subite de l’odorat et du goût, si vous avez reçu un diagnostic positif à la COVID-19 depuis moins de 14 jours, si vous êtes en attente d’un résultat ou si vous avez séjourné à l’extérieur du pays dans les 14 derniers jours.

Nouvelle réalité, devenue un classique.

«C’est une rentrée historique et c’est ma 29e!», entame Julie-Dominique Thibault, directrice de l’école Charles-Bruneau.

Ici le cursus est le cursus régulier, celui d’une école primaire classique, mais ce sont les effectifs et les moyens mis en oeuvre pour l’enseignement qui diffèrent. 14 éducateurs, 14 orthopédagogues, 4 spécialistes, 3 psychoéducateurs, une orthophoniste, un psychologue oeuvrent au sein de cet établissement, prêts à accueillir une centaine d’élèves pour cette rentrée 2020; des élèves aux besoins spéciaux et pour certains hébergés dans des centres d’accueil.

Deux professionnels par classe encadreront de 6 à 11 enfants maximum, autrement dit douze classes-bulles - qui ont de quoi faire rêver les 150 signataires, médecins, qui exhortent le gouvernement Legault à réviser son plan pour la rentrée scolaire. Ces derniers estiment que les mesures prévues sont insuffisantes pour prévenir les éclosions de COVID-19.

Abreuvoirs bannis, gel désinfectant à l’entrée de chaque local, bureaux distancés entre chaque enfant - c’est la norme en tout temps ici - le personnel s’active dans ses derniers préparatifs à désinfecter jouets et crayons. Parce qu’ici la désinfection est l’affaire de tous.

«Notre concierge ne peut pas tout faire. Et en raison des pénuries, on va tous mettre la main à la pâte! C’est une responsabilité partagée», explique Julie-Dominique Thibault, directrice de l’école Charles-Bruneau. Notre cadre et encadrement scolaire sont tout à fait particuliers. Pré-COVID 19 ou aujourd’hui, cela ne fait pas une grande différence. Ce qui change vraiment, ce sont les mesures sanitaires, de protection, de distanciation et de sécurité.»

C’était déjà le cas avant les vacances d’été puisqu’à la différence des autres écoles de Montréal, celle-ci a rouvert en juin. Le port du masque en plus aujourd’hui, puisque devenu obligatoire en cette rentrée pour les plus de 10 ans, 5e année, qui devront le porter lors de leurs déplacements dans les aires communes.

Parmi les directives de la rentrée scolaire

- Les élèves n’auront pas à se couvrir le visage lorsqu’ils seront assis en classe, afin de préserver un climat propice aux apprentissages.

- Masque à partir de 10 ans dans les zones de transition.

- La bulle, c’est la classe.

Mais le plus gros défi est ailleurs...

«Mon travail m’amenait à bercer les enfants, à être en contact avec eux. La grande question va être: “comment se réorienter sans les approcher?″ Le défi sera vraiment de ne pas les prendre dans nos bras. Parfois même, ils grimpent sur nos épaules pour se déplacer. L’an dernier, j’en avais un qu’on appelait notre opossum, il était accroché à mes jambes en permanence», explique Lyne Martin, éducatrice.

Se donner des becs à distance et expliquer, encore et encore, pourquoi il est important de respecter la distanciation pour se protéger et protéger les autres feront partie de cette nouvelle réalité. Une période sans précédent qui nécessitera des ajustements permanents, comme on nous le répète tout au long de cette visite.

«J’ai par exemple demandé au personnel d’apporter une tenue de rechange. Si on n’a pas le temps de mettre la jaquette d’urgence en cas d’intervention auprès d’un enfant, on se changera.»

Sous contrôle permanent

Le personnel communique à l’aide d’un talkie-walkie et par codes de couleur.

À l’intérieur tout comme dans la cour de récréation, chaque déplacement est supervisé. Dans la vaste cour, divisée en 6 carrés, les enfants joueront par classe, chacune jumelée à une autre - et toujours les deux mêmes -, compte tenu des petits effectifs.

«Personne ne circule sans que les autres ne le se sachent. On s’assure ainsi que l’élève est en sécurité, c’est notre quotidien», détaille madame Thibault.

Un cadre et un protocole revisités que le corps enseignant s’apprête à dévoiler aux parents lors la journée de rencontre, le 27 septembre.

«Il est certain que certains parents ont peur que leurs enfants leur rapportent le virus. Mais ce qui prédomine pour eux, c’est le désir de les envoyer à l’école afin qu’ils se sociabilisent», poursuit Julie-Dominique Thibault, directrice de l’école Charles-Bruneau.

Il sera également question de leur expliquer à quel moment un enfant pourrait être renvoyé à la maison si soupçon de COVID-19 il y a.

«Ça sera si fièvre il y a et/ou si l’enfant dit : ”ça goûte rien”. On les connaît les symptômes. Un nez qui coule, c’est un rhume. On a également un local, dit “de confinement”. On pourra isoler l’enfant et prévenir les parents, et faire en sorte de tous travailler ensemble.»

«Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin», tel sera le crédo de l’école Charles-Bruneau cette année scolaire telle une note d’optimisme en cette veille de rentrée, inédite et anxiogène pour certains.