Pourquoi ça ne clique jamais en «date»?

Non, personne ne va finir sa vie tout seul avec ses 42 chats.

Beaucoup de célibataires ont l’impression de multiplier les rencontres amoureuses sans succès. «Mais pourquoi personne ne m’aime?» Suffit parfois de faire le bilan de ce qui ne fonctionne pas pour voir plus clair. Des experts en relations de couple pointent les problèmes qui freinent souvent les unions avant l’heure.

La sociologue et professeure Chiara Piazzesi nous rassure d’emblée: l’engagement n’est pas en voie de disparition. «Toutes les données montrent que le couple engagé reste l’idéal à atteindre pour tout le monde, encore aujourd’hui en 2020, toutes générations confondues.»

Une question de priorités

Le processus pour arriver à une relation monogame épanouissante peut cependant s’avérer plus long qu’auparavant, nuance-t-elle. «Il va y avoir souvent une priorisation d’autres expériences. Aujourd’hui, on peut et on veut vivre plein de choses – des expérimentations sentimentales et sexuelles – avant de s’engager, ce qui peut parfois donner l’impression que certains célibataires mettent du temps à s’investir dans une relation à deux.»

«La société n’encourage pas la mise en couple aussi tôt que dans le passé. Le succès de l’individu réside surtout dans le travail, la profession, l’autonomie financière, les activités, les voyages, l’enrichissement individuel. En vieillissant, on va inévitablement revenir à une phase plus monogame. On explore, on s’amuse puis on va se caser», explique-t-elle.

Trop de choix en 2020?

Si autrefois les possibilités de rencontres se limitaient au nombre de célibataires dans votre bar préféré le vendredi soir, aujourd’hui, on en a des centaines dans le creux de la main, dans notre téléphone. Que ce soit sur les réseaux sociaux, sur les maintes applications de rencontre, ou les salles de chat, il y a quelqu’un prêt à flirter virtuellement presque 24 heures sur 24.

«C’est le plus gros problème. Il y a trop de partenaires potentiels. On ne sait plus où donner de la tête, affirme la sexologue Caroline Messier-Bellemare. On est dans une époque où on est invité à constamment rester dans le choix et le choix amène le doute. Tant qu’on ne fait pas de choix, on ne s’engage pas.»

Quand quelqu’un nous intéresse sérieusement, on devrait arrêter de regarder à gauche et à droite pour voir s’il n’y a pas mieux autour. De rechercher d’autres potentiels partenaires, au risque de s’étourdir. En donnant un peu de nous à plusieurs partenaires en même temps, on s’empêcherait de développer des liens plus profonds avec une seule personne, et donc annihilerait toutes nos chances de goûter à l’amour.

Selon Mme Messier-Bellemare, il faut «s’arrêter et apprécier ce que l’on a». Il faut également accepter qu’on aura toujours l’impression qu’il y a mieux, même si dans les faits, ces autres personnes en apparence plus intéressantes ne nous conviennent parfois pas du tout. Certains ne le comprendront jamais et continueront de piger dans le bassin presque infini de célibataires, ce qui complique énormément la concrétisation des relations. Mais, ça, c’est hors de notre contrôle.

Relation = responsabilité, un mythe!

L’officialisation des relations serait aussi mise en péril par une fausse croyance tenace voulant que l’amour vienne nécessairement avec des renonciations, des sacrifices, des complications et une longue liste de responsabilités. Selon les spécialistes, il faut s’enlever ça de la tête.

«Il y a eu une désillusion par rapport aux couples et aux mariages à cause des générations précédentes. Il y a comme eu une mise en garde générationnelle voulant que “le couple vienne automatiquement avec une déception”, surtout de la part des femmes», note Chiara Piazzesi, ce qui en emmènerait plusieurs à surquestionner la relation avant même qu’elle ne s’officialise.

«Oui, il faut s’investir d’une manière ou d’une autre, mais sans que ce soit douloureux. À cause de oui-dires ou d’expériences traumatiques vécues par soi ou un proche, les gens ont tendance à voir les relations comme un devoir plate. Ils entrevoient un scénario catastrophe avant même d’avoir donné une chance à la relation», constate la sexologue Caroline Messier-Bellemare dans sa pratique. Alors, comme ils le font avec les corvées, certains auraient tendance à procrastiner sur l’engagement, l’amour et les relations.

Pourtant, les seules responsabilités qu’exige une relation saine sont le respect et l’engagement envers une personne.

On ignore ce qu’on recherche

Faire virevolter les profils de célibataires à gauche et à droite sur son écran de téléphone, c’est facile. Mettre le doigt sur ce qui nous intéresse vraiment, et surtout en bas âge, c’est plus compliqué... Mais nécessaire.

«C’est normal d’être ambitieux sur ce qu’on recherche, mais il faut faire le processus de façon consciente et réfléchie. Quand on ne sait pas ce qu’on cherche, on devient douteux, anxieux pis ce n’est pas le bon état d’esprit pour rencontrer quelqu’un», indique Mme Messier-Bellemare.

Une fois qu’on a déterminé nos aspirations amoureuses, ça nous permet plus facilement d’harmoniser nos besoins et nos attentes avec ceux de notre futur partenaire, l’étape la plus complexe à franchir dans un couple, selon la sociologue Chiara Piazzesi.

Jouez-vous au célibataire paresseux?

Faire une pause de rencontres, ce n’est pas de la paresse. C’est tout à fait sain. Ça évite d’aller en «date» à reculons et de perdre son temps. Mais espérer que tout nous tombera dessus sans investissement personnel, c’est de la pensée magique, estime Caroline Messier-Bellemare.

«Pour qu’une relation fonctionne, il faut nourrir l’espoir, chercher le petit quelque chose de plus chez l’autre, le cultiver, le travailler, l’exploiter. Il faut être ambitieux, montrer la meilleure version de nous-mêmes en restant soi-même. Donner le petit 10% de plus», dit-elle en reconnaissant que certains de ses patients abandonnent parfois des relations par paresse ou par simple peur d’être blessé (alors qu’aucun signal ne pointait dans cette direction).

La vulnérabilité, ça aussi, c’est charmant

Contrairement à ce que plusieurs pensent, les gens qui se montrent invincibles auraient moins de succès en amour.

«Avec les discours de performance, sur le succès, les attentes sociales auxquelles sont soumis les couples, on a tendance à idéaliser le partenaire. On vise la perfection et c’est un problème de très longue date», témoigne Chiara Piazzesi.

Pourtant, c’est en se montrant sous son vrai jour et en normalisant nos attentes que le courant passerait. «C’est dur d’être vulnérable à une époque où on nous demande d’être parfait. On s’expose au jugement de l’autre, mais on s’expose aussi à lui, ce qui est nécessaire [NDLR : pour une relation fonctionnelle]. On s’ouvre graduellement, le faisant pénétrer dans notre bulle, explique Caroline Messier-Bellemare. Personne n’aime le monsieur parfait robotique.»

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