On peut avoir la COVID-19 plus d'une fois. Qu'est-ce que ça change?

Ceux qui ont déjà contracté la maladie au printemps auront un rôle à jouer lors d'une deuxième vague de contamination.
Pas question de compter sur l'immunité conférée par une première infection pour se soustraire aux mesures sanitaires lors d'une deuxième vague de COVID-19.
Pas question de compter sur l'immunité conférée par une première infection pour se soustraire aux mesures sanitaires lors d'une deuxième vague de COVID-19.

La récente découverte d’un premier cas de réinfection à la COVID-19 à Hong Kong, suivie de deux autres cas de recontamination aux Pays-Bas et en Belgique, a alimenté les inquiétudes de plusieurs, qui y ont vu la preuve qu’on ne viendra jamais à bout de la pandémie. Or, il n’y a pas lieu de s’alarmer. Ces cas apportent même leur lot de bonnes nouvelles.

D’abord, ces quelques cas confirmés de réinfection, même s’ils sont isolés, nous permettent de comprendre un peu mieux le virus SARS-CoV-2, souligne Dre Leighanne Parkes, spécialiste des maladies infectieuses et microbiologiste à l’Hôpital général juif.

Dre Parkes, qui est également professeure adjointe au Département de médecine de l’Université McGill, collabore actuellement à une initiative de recherche dirigée par l’Université pour tester l’efficacité des médicaments existants contre la COVID-19.

Elle explique que les médecins voient «assez fréquemment» des patients qui obtiennent un nouveau test positif après avoir reçu des résultats négatifs.

«On a vu des cas, même ici au Québec, où des patients ont reçu un diagnostic de COVID-19 il y a plusieurs mois et qui continuent d’excréter de très faibles quantités de virus qui sont détectées de façon intermittente par nos tests», indique-t-elle.

C’est pour cette raison que les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont affirmé qu’il n’était pas utile de tester une personne dans les trois mois suivants une infection.

Toutefois, l’étude réalisée à Hong Kong a permis de confirmer que, dans le cas de ce patient en particulier, il s’agissait bel et bien d’une nouvelle infection, et non des effets persistants de la première infection.

L’homme de 33 ans avait été déclaré positif à la COVID-19 en mars dernier, à Hong Kong. Il présentait alors une toux et de la fièvre, accompagnées de maux de tête et de gorge. Sa guérison a été confirmée avec deux tests négatifs.

Environ quatre mois plus tard, le 15 août, il a été déclaré positif de nouveau, après un test de dépistage de routine à l’aéroport de Hong Kong. Il revenait d’un voyage en Europe.

En comparant, la séquence génétique des deux virus prélevés en mars et en août, les chercheurs ont pu confirmer qu’il s’agissait de deux souches différentes du virus. Il ne s’agissait donc pas d’un cas d’excrétion prolongée du virus après la guérison, mais bien d’une véritable réinfection.

La grosse différence entre les deux infections? Cette fois-ci, le patient ne présentait aucun symptôme de la maladie.

Si la perspective d’une personne réinfectée à son insu qui se balade avec la COVID-19 sans l’ombre d’un symptôme - se croyant peut-être protégé - peut sembler inquiétante, il pourrait toutefois s’agir d’une bonne nouvelle.

«Ça montre que la réponse immunitaire a été assez forte [la deuxième fois]», souligne Benoît Barbeau, virologue et professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

«En gros, ce que ça dit, c’est que la personne a été infectée, a eu une réponse immunitaire et a produit des anticorps, explique-t-il. Bien que les anticorps ont diminué en quantité, lorsqu’elle a été réinfectée une deuxième fois, la personne était quand même protégée.»

Comme M. Barbeau, Leighanne Parkes y voit un indice que même si l’immunité au nouveau coronavirus est limitée dans le temps, la première infection pourrait continuer de conférer une certaine protection même après la disparition des anticorps.

«Ça pourrait vouloir dire qu’une personne qui s’est retrouvée aux soins intensifs la première fois ne sera peut-être pas aussi malade la deuxième fois», avance-t-elle.

Oubliez l’immunité naturelle

Malgré la qualité du travail des chercheurs qui ont confirmé le cas de réinfection à Hong Kong, une grande inconnue demeure: on ignore si l’homme était contagieux ou non lors de sa deuxième infection.

L’absence de symptômes pourrait indiquer que la personne était moins infectieuse, avance M. Barbeau. Il est possible que la réponse immunitaire ait été assez efficace pour limiter la réplication du virus, rendant la quantité de virus présente dans le corps - prête à être relâchée par les gouttelettes - moins importante.

«C’est une forte probabilité», estime M. Barbeau.

Toutefois, Dre Parkes souligne que les tests faits sur le patient de Hong Kong semblaient indiquer une quantité importante de virus. La mesure est cependant imprécise, insiste-t-elle, ajoutant qu’on ignore si cette charge virale est infectieuse.

En l’absence de données montrant que les personnes réinfectées ne sont pas contagieuses, force est donc d’admettre que cette étude est le dernier clou dans l’idée du «passeport COVID» - des certificats d’immunité permettant de se soustraire à certaines mesures sanitaires - évoquée dans certains pays au moment de se déconfiner.

«On savait déjà que cette pratique-là n’était sûrement pas la meilleure», explique M. Barbeau. «Les études publiées récemment démontraient que les anticorps n’étaient plus présents en quantité importante après quelques semaines.»

Le port du masque risque de demeurer dans les habitudes des Québécois pendant encore plusieurs mois, voire des années.
Le port du masque risque de demeurer dans les habitudes des Québécois pendant encore plusieurs mois, voire des années.

D’ailleurs, quelques jours après avoir changé ses lignes directrices sur le dépistage post-infection, les CDC avaient dû émettre un communiqué pour préciser qu’elles ne sous-entendaient aucunement qu’une personne était immunisée contre la COVID-19 pendant trois mois après une première infection.

«Contrairement à ce qui a été rapporté par certains médias, la science n’implique pas qu’une personne est immunisée contre une réinfection au virus SARS-CoV-2, qui cause la COVID-19, dans les trois mois qui suivent l’infection», pouvait-on lire dans le communiqué datant du 14 août.

«Les dernières données suggèrent simplement qu’il n’est pas nécessaire de re-tester une personne dans les trois mois qui suivent l’infection initiale à moins que la personne ne montrent de nouveaux symptômes de COVID qui ne peuvent être associés à une autre maladie», précise-t-on.

Quelles implications pour le vaccin?

Pas de passeport COVID, donc. Et pas d’immunité collective - ce concept dont on a tant parlé au printemps dernier -, du moins pas d’immunité collective naturelle.

Mais attention! Cela ne veut en aucun cas dire qu’il est impossible de développer un vaccin qui demeurera efficace contre la COVID-19 pendant une longue période. Rien n’indique non plus, comme certains l’ont laissé entendre sur les réseaux sociaux, qu’il faudra se faire vacciner tous les trois mois pour être protégé.

«L’immunité vaccinale est complètement différente de l’immunité naturelle de plusieurs façons», insiste Dre Parkes.

C’est qu’un vaccin n’est pas une simple injection de SARS-CoV-2, rappelle M. Barbeau.

«Quand vous êtes infecté naturellement, le virus, son but, c’est d’infecter une personne et de passer à un autre hôte pour se propager, explique l’expert. L’avantage pour lui, c’est d’éviter qu’une réponse immunitaire s’engage trop efficacement.»

Dans le cas d’un vaccin, les chercheurs misent sur certaines composantes du virus, afin d’enclencher une réponse immunitaire sélective, efficace et de longue durée, résume M. Barbeau.

«Il faut quand même être conscient que l’immunité vaccinale aura des attributs et des valeurs ajoutées qui vont lui permettre d’être beaucoup plus efficace qu’une simple infection naturelle», insiste-t-il.

La morale de l’histoire

Si l’analyse des cas de réinfection amène son lot de nouvelles questions pour les chercheurs, une chose est devenue limpide pour Dre Parkes: les personnes qui ont déjà contracté la COVID-19 vont devoir rester vigilantes.

«S’il y a un risque continu de réinfection, nous devons constamment demeurer vigilants.»

- Dre Leighanne Parkes, microbiologiste

«Cette idée de “Ah j’ai déjà eu la COVID, je suis en sécurité, je peux baisser ma garde” est dangereuse, sur le plan personnel autant que d’un point de vue de santé publique», affirme la spécialiste des maladies infectieuses.

Elle estime que ces cas rappellent l’importance des «mesures horizontales», qui visent à prévenir la propagation même en l’absence de symptômes.

«S’il y a un risque continu de réinfection, nous devons constamment demeurer vigilants», affirme-t-elle, mettant en garde contre le relâchement des mesures sanitaires observé récemment.

Les Québécois devront donc continuer de faire preuve de prudence et de jugement dans le choix des activités auxquelles ils ouvrent la porte tant que le virus sera présent, estime-t-elle.

Le port du masque, la distanciation physique et le nettoyage adéquat des surfaces sont plus essentiels que jamais, juge-t-elle, «parce qu’on sait qu’on ne peut pas compter sur l’immunité collective pour abandonner toutes ces mesures-là et revenir à la vie comme elle était avant la COVID».

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