POLITIQUE
19/12/2019 12:02 EST | Actualisé 19/12/2019 14:05 EST

Régis Labeaume y va d'un vibrant plaidoyer pour le vivre-ensemble

À l'occasion de la signature de l’acte de vente du terrain qui accueillera le cimetière musulman de Québec.

Jacques Boissinot/PC
Régis Labeaume (2013)

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a profité d’un événement à l’hôtel de ville, jeudi, pour livrer un vibrant plaidoyer sur le vivre-ensemble.

Il signait l’acte de vente du terrain destiné au cimetière musulman de Québec, en présence du président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), Boufeldja Benabdallah, et des représentants de la communauté musulmane.

Ce projet verra enfin le jour à l’été après 20 ans d’efforts, s’est réjoui M. Benabdallah. Il a souligné le rôle du maire Labeaume, qui a facilité les choses en refusant net de tenir un débat sur l’opportunité d’ouvrir un cimetière musulman.

“Je considérais que c’était malsain pour notre communauté si tant est qu’il y aurait eu un mauvais débat, a expliqué le maire en mêlée de presse. Disons que je n’avais pas le goût de prendre une chance."

En 2017, la communauté musulmane avait essuyé un cuisant échec à Saint-Apollinaire, sur la Rive-Sud. Un référendum auquel 36 résidants avaient participé avait mis fin au projet.

À la veille du temps des Fêtes, M. Labeaume a invité ses concitoyens à “accepter les différences” et à “s’aimer les uns les autres”. Il les a prévenus que la ville de Québec sera appelée à changer dans les prochaines années, et qu’elle deviendra plus “métissée”.

Ce sera non seulement le cas à Québec, mais partout au Québec, a-t-il dit.

Dès aujourd’hui, il faut réfléchir à ce qu’on peut faire, quels sont les gestes que l’on peut poser pour que dans notre communauté, on puisse vivre en harmonie.Régis Labeaume

“Le geste que l’on pose aujourd’hui, à la veille de Noël, ça démontre bien notre volonté de vivre de cette façon-là, et j’espère que tout le monde va y réfléchir aussi, parce que ça va devenir essentiel”, a ajouté le maire.

Rappelons que le 29 janvier 2017, un attentat terroriste a fait six morts et plusieurs blessés au CCIQ. Régis Labeaume a témoigné jeudi avoir bâti une forte amitié avec les représentants de la communauté musulmane, ayant traversé l’épreuve avec eux.

“Si on peut être un exemple, et je le dis avec beaucoup d’humilité, au Québec, au pays, de ce que les gens de communautés différentes peuvent faire pour s’aimer - s’aimer, il faut le dire tel que c’est - j’espère que notre exemple peut aider, voilà.”

Question de “dignité”

Le nouveau cimetière de 5600 mètres carrés pourra contenir jusqu’à 500 dépouilles. Il sera situé à côté du cimetière Belmont, dans le secteur de Sainte-Foy. Le CCIQ a dû obtenir pendant des mois différentes autorisations du ministère de l’Environnement.

Ce sont des donateurs qui assumeront les coûts du projet, qui s’élèvent à 500 000 $, a expliqué M. Benabdallah. D’ailleurs, une campagne de financement sur internet se poursuit pour soutenir les coûts liés aux aménagements.

Il s’agit du deuxième cimetière exclusivement musulman au Québec, après celui de Montréal. Il devrait en principe pouvoir desservir tout l’est du Québec.

En l’absence de cimetière, les musulmans de Québec faisaient enterrer leurs proches à Montréal ou dans leur pays natal. “Notre communauté respire d’aise maintenant que nous ne sommes pas obligés de prendre les corps et les envoyer à 6000 km”, affirme Boufeldja Benabdallah.

“C’est une question de dignité, il faut le voir de cette façon-là, peu importe nos croyances religieuses, on a le droit d’enterrer nos morts en fonction de nos rites”, a renchéri M. Labeaume.

À l’approche du troisième anniversaire de la tuerie au CCIQ, il a indiqué que le mémorial qui rendra hommage aux victimes sera finalement dévoilé au printemps 2020.

Intitulée “Vivre ensemble”, l’oeuvre conçue par l’artiste Luce Pelletier sera installée de part et d’autre de la route de l’Église, au coeur de Sainte-Foy: à l’entrée de la grande mosquée de Québec et en face, au site patrimonial de la Visitation.

Elle doit faire le pont, symboliquement, entre la mosquée et l’église, entre la communauté musulmane et la société québécoise.