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31/07/2019 13:36 EDT

Manger moins de viande, est-ce que ça fera vraiment une différence?

Voici les répercussions environnementales du virage écologique qui a commencé à s'installer aux États-Unis.

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Si on vous dit que 95% des gens qui ont acheté de la viande à base de protéines végétales dans la dernière année sont des consommateurs réguliers de viande, ça vous surprend?

Un grand nombre d’omnivores optent pour des protéines alternatives par souci de santé et par souci d’écologie, révèle le rapport «2019 What’s hot» de la National Restaurant Association. D’ailleurs, plusieurs célébrités, telles que Katy Perry, Jay-Z, Serena Williams et Zedd, investissent dans les hamburgers qui ne sont pas faits de viande comme le Beyond Meat et l’Impossible Burger, qui rassasie tout aussi les envies de viande, mais de façon écologique.  

«Des études démontrent qu’entre 30 à 50% [des individus] désirent diminuer leur consommation de viande», a indiqué Becky Ramsing du Johns Hopkins Center for a Livable Future. L’institution mène actuellement des études qui cherchent à comprendre «pourquoi» un nombre croissant de personnes réduisent leur consommation de viande sans toutefois devenir végétariennes ou végétaliennes. 

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Le PDG de Beyond Meat, Ethan Brown, avant l'ouverture à Nasdaq le 2 mai. La société a été évaluée à environ 1,5 milliard de dollars lorsqu’elle est devenue publique, et sa valeur a grimpé en flèche pour atteindre 3,77 milliards de dollars le lendemain.

Réduire sa consommation de viande est inévitable. Les études continuent de dresser un lien direct entre la consommation de viande rouge, la consommation de produits transformés et le développement de maladies chroniquesDes groupes de défense du bien-être des animaux font campagne pour que les consommateurs puissent choisir des produits animaliers élevés sans cruauté et puissent opter pour des substituts à base de plantes plutôt que des viandes d’élevage en usine.

Du côté du réchauffement climatique. Le World Resources Institute et d’autres groupes environnementaux ont lancé un «appel à l’action» afin de réduire de moitié notre impact environnemental en diminuant notre consommation de viande et de produits laitiers. Et même si les Américains consomment quatre fois plus de viande que dans le reste du monde, leur demande pour des protéines végétales a augmenté de 20% l’année dernière, comparativement à 8% en 2017. 

Il est clair que la diète américaine subit des changements, mais font-ils réellement une différence dans la lutte au réchauffement climatique?

Qu’en disent les experts?

Selon Brian Kateman, le fondateur du «réductarisme», réduire sa consommation de viande serait plus efficace que de faire une transition vers un régime complètement végétarien. En fait, réduire sa consommation de viande de seulement 10% aurait des conséquences positives non seulement sur la santé, mais sur les vies des 70 milliards d’animaux de ferme et sur le réchauffement climatique. 

Si l’Américain moyen réduisait sa consommation de boeuf d’un quart de livre par jour, l’équivalent d’un hamburger, cela équivaudrait à retirer 10 millions d’automobiles sur les routes durant une année complète.Sujatha Bergen, directrice de la campagne santé au Natural Resources Defence Council

Pour l’auteure du livre «The Reducetarian Solution» et l’éditeur de «The Reducetarian Cookbook», Brian Kateman, l’objectif est de rassembler ceux qui réduisent considérablement leur quantité de viande consommée. «Je crois que nous commençons à voir une tendance où les gens reconnaissent que la consommation de viande ce n’est pas «tout ou rien» et que les produits végétaliens s’adressent à tous», a-t-il expliqué.

Le concept populaire des «lundis sans viande» est basé autour de l’idée que des petits pas mènent à un changement radical. La campagne qui promeut l’idée d’«une journée sans viande par semaine» aide les gens à graduellement délaisser les diètes fortement basées sur les viandes. Avec un message attrayant et des encouragements de la «Humane Society des États-Unis», de «Friends of the Earth» et de nombreuses autres organisations comme des écoles, des hôpitaux et des cafétérias d’entreprise de partout au pays qui ont adopté le mouvement.

Si les 32% des Américains qui connaissent les «lundis sans viande» suivaient cette diète durant une année complète, cela équivaudrait à retirer annuellement 1,6 million d’automobiles des routes, selon ce qu’a estimé «Center for a Livable Future».

De plus en plus de preuves démontrent qu’il est possible de lutter contre les changements climatiques simplement par le choix des aliments que l’on dépose dans son assiette. Un rapport du «Natural Resources Defence Council» (NRDC), intitulé «Moins de bœuf, moins de carbone», a révélé qu’en réduisant leur consommation de bœuf de 19% entre 2005 et 2014, les Américains ont considérablement réduit leurs émissions de carbone, soit l’équivalent de 39 millions de voitures en moins sur les routes.

«Si l’Américain moyen réduisait sa consommation de boeuf d’un quart de livre par jour, l’équivalent d’un hamburger, cela équivaudrait à retirer 10 millions d’automobiles sur les routes durant une année complète», a soulevé Sujatha Bergen, directrice de la campagne santé chez NRDC. 

L’empreinte carbone de la nourriture 

La production de boeuf n’est pas la seule production alimentaire qui contribue au réchauffement climatique. N’importe quel aliment implique nécessairement une dépense d’énergie, de combustibles fossiles et d’engrais. Or, les vaches et les moutons sont des ruminants dotés d’un système digestif qui produit du méthane, l’un des gaz à effet de serre les plus puissants. Leurs déchets en produisent un autre, l’oxyde nitreux, a expliqué Sujatha Bergen.

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En réduisant leur consommation de bœuf de 19% entre 2005 et 2014, les Américains ont considérablement réduit leurs émissions de carbone, soit l’équivalent de 39 millions de voitures en moins sur les routes.

 «Si on compare le boeuf aux lentilles, ce n’est pas une surprise que les émissions engendrées par une plante, par exemple celle des lentilles, soient largement moins élevées», a soulevé  Sujatha Bergen.

Outre le boeuf, le rapport du NRDC a enquêté sur les groupes alimentaires avec le plus grand impact environnemental. Par exemple, la consommation de poulet par personne est passée de 22 livres en 1970 à 51,5 livres en 2016, selon les statistiques du Département de l’Agriculture des États-Unis. 

Cependant, même si le poulet peut sembler plus écologique puisqu’il ne produit pas de méthane, il cause d’autres problèmes tels que la pollution et les zones mortes dans les voies navigables causées par le ruissellement du fumier et de l’engrais.  «Le réchauffement climatique n’est pas le seul changement que nous voulons éviter. Le choix le plus écoresponsable est celui de se nourrir de plantes», a soutenu Sujatha Bergen. 

Au cours de la même période, la consommation de yogourt, de fromage et de beurre, tous des aliments avec une grande empreinte écologique, a également augmenté, selon le rapport du NRDC. Et, bien que les gens aient mangé moins de bœuf au cours des dernières années, les États-Unis se situent au quatrième rang des pays les plus consommateurs de viande rouge au monde, avec une moyenne de plus de 50 livres par personne, par an.

Viande écologique

Les experts du domaine de la santé, les groupes de la protection des animaux et les environnementalistes s’entendent tous pour dire qu’il est temps de réduire sérieusement la consommation de produits animaliers.

Les investisseurs, les entrepreneurs et les médias sont tous attentifs, ce qui est une bonne chose pour Brian Kateman puisqu’en septembre le «Sommet réductarisme» rassemblera des centaines de responsables techniques, de philanthropes, de nutritionnistes et d’étudiants universitaires afin de définir des stratégies permettant à chacun de consommer moins de produits d’origine animale. Des consommateurs de toutes les marques se réuniront dans l’objectif de mettre un terme à l’agriculture industrielle. 

Il y a cinq fois plus d’anciens végétariens ou d’anciens végétaliens qu’il n'y a de végétariens ou de végétaliens actuels.

Les changements les plus rigoureux se font présentement dans le domaine de la restauration, où la demande pour des produits à base de protéines végétales a changé le menu de millions de cafétérias telles que celle de Compass, Sodexo et Aramark. Récemment, le NRDC, en collaboration avec 70 organisations, a envoyé une lettre au PDG de Aramark réclamant une réduction de 20% des gaz à effet de serre émis par la compagnie au cours des deux prochaines années. 

Des services alimentaires sains et écoresponsables constituent également un objectif pour l’organisation «Friends of the Earth», qui s’appuie sur les directives diététiques américaines afin de changer les repas servis dans les écoles. En Californie, une initiative incitant les programmes de la maternelle à la 12e année à servir des repas à base de plantes gagne du terrain. «Depuis trop longtemps, nos taxes ont servi à subventionner des menus scolaires intégrant de la viande d’élevage hautement transformée et malsaine», a déclaré Kari Hamerschlag, directrice adjointe de l’alimentation et de l’agriculture chez «Friends of the Earth». «Le nouveau menu scolaire à base de protéines végétales aiderait la Californie à réduire considérablement son empreinte écologique tout en servant de la nourriture saine aux enfants», a-t-elle ajouté.

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Certains restaurants Burger King situés aux États-Unis vendent maintenant l’Impossible Whopper, fait d'une galette à base de plantes.

Puisque les options à base de plantes sont maintenant assez accessibles, plus attrayantes et ont un meilleur goût, elles sont également devenues plus acceptables socialement. Mais, malgré que l’Impossible Burger et le Beyond Meat Burger fassent fureur dans les barbecues, pour la plupart des gens, la viande réside au centre de l’assiette.

«Une des problématiques est que les gens sont intéressés dans les produits à base de plantes, mais ne font pas la transition», a commenté Becky Ramsing à propos de la croissance de consommation de poulet et de produits laitiers depuis 2015. «Même chez les personnes qui disaient limiter leur consommation de viande, qui se disaient flexitariennes, il y a eu une augmentation», a-t-elle ajouté.

Une étude de 2019 Food and Health Survey a révélé que les gens désiraient faire des choix alimentaires davantage consciencieux de l’environnement, mais ne savaient pas lesquels. Lorsqu’il s’agit de réduire la viande, la motivation provient de différentes sources: pour réduire les problèmes de santé, la cruauté animale et la pollution.

Plusieurs signaux montrent que le changement est en marche. Le deux tiers des Américains, principalement des millénaux, ont réduit leur consommation d’au moins un type de viande depuis les trois dernières années. Et encore plus de gens veulent adapter leur diète.   

Il est vrai qu’un régime végétarien ou végétalien contient un grand nombre de portions de fruits et légumes et de grains entiers tout en ayant une empreinte écologique globale plus faible. Toutefois, la plupart des gens sont incapables ou ne veulent pas maintenir ce type de régime à long terme. Il y a cinq fois plus d’anciens végétariens ou d’anciens végétaliens qu’il y de végétariens ou de végétaliens actuels.

Les petits changements de menu semblent plus attrayants et plus efficaces que de boycotter complètement la viande. «Vous n’êtes pas obligé de devenir végétalien à part entière, même si plus les grands changements sont grands plus ils sont écoresponsables. La nourriture est une façon puissante, pour les individus, de faire de bonnes actions», s’est exprimé Sujatha Bergen.

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.

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