NOUVELLES
19/01/2021 16:30 EST | Actualisé 19/01/2021 16:36 EST

Le recyclage des masques dans les écoles ralenti par le manque de directives claires

Pour l’instant, selon les informations recueillies, une bonne partie de ces masques se retrouveront aux poubelles.

Nenad Stojnev via Getty Images
C'est environ 4,7 millions de masques qui seront fournis chaque semaine dans les écoles au Québec. (photo d'archives)

L’absence d’une obligation de recycler les masques de procédure usés utilisés dans les écoles et le manque de soutien du gouvernement semblent ralentir l’implantation de boîtes pour les récupérer.

La responsabilité de mettre en place un processus de recyclage des millions de masques de procédure utilisés dans les écoles relève directement des établissements.

Depuis le retour en classe de lundi, les élèves du secondaire reçoivent deux masques de procédure par jour qu’ils doivent porter à l’école pour diminuer la propagation de la COVID-19 dans le réseau scolaire. Avec ceux que doit porter le personnel enseignant, cette nouvelle directive fait en sorte que 4,7 millions de masques seront fournis chaque semaine au Québec.

Pour l’instant, selon les informations recueillies, une bonne partie de ces masques se retrouveront aux poubelles. Étant donné que les masques usés ne peuvent pas être envoyés dans les centres de tri, ils doivent être récupérés par des entreprises privées spécialisées dans le recyclage de ceux-ci. En l’absence d’un tel processus, la consigne est de les jeter.

Recyc-Québec a produit à la mi-décembre un document explicatif pour aider les institutions et les organismes qui souhaitent que les masques soient recyclés. 

Le ministère de l’Éducation a confirmé que ce document a été transmis aux établissements. Plusieurs ont pris les devants et ont déjà conclu des ententes avec les entreprises proposées par Recyc-Québec, malgré qu’il n’y ait pas de directives précises de la part du ministère. D’autres sont en pourparlers afin d’implanter le recyclage des masques dans leur établissement. 

«Nous invitons les écoles à se prévaloir de ces services. Les dépenses encourues pour l’achat et le recyclage de ces masques seront remboursées aux centres de services scolaires dans les coûts reliés à la COVID-19», a déclaré Geneviève Côté, attachée de presse du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge.

Une procédure «pas optimale»

La principale inquiétude de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), c’était de savoir si cette nouvelle dépense allait être prélevée à même le budget prévu pour s’adapter au contexte de la pandémie de COVID-19.

Maintenant qu’elle a eu cette confirmation, la FQDE se «sent à l’aise» d’organiser la procédure de récupération.

«C’est sûr que c’est un autre petit morceau de plus à organiser, mais les gens se disent capables et n’ont pas de problèmes avec cette organisation», a mentionné le président de la FQDE, Nicolas Prévost. 

C’est décevant de ne pas être mieux soutenu.Kathleen Legault, présidente de l’AMDES

Du côté de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), on aurait préféré que ce soit les ressources matérielles des centres de services scolaires qui s’occupent de cette responsabilité. La procédure actuelle n’est «pas optimale», selon la présidente de l’AMDES, Kathleen Legault.

«C’est décevant de ne pas être mieux soutenu», a estimé Mme Legault.

«Actuellement, on doit gérer toute la situation de la sécurité des élèves, du personnel et des lieux. Quand il y a des dossiers comme ça qui atterrissent sur les bureaux des directeurs d’établissement, c’est malheureux», a-t-elle ajouté.

Si une proposition «clé en main» s’offrait aux établissements, elle convient qu’il serait ensuite plus simple de prendre des décisions sur le positionnement des boîtes de récupération et sur la sensibilisation des élèves et du personnel, ce qui relève d’eux.

Des centres de services scolaires ont tout même décidé de prendre ce dossier en main pour les établissements sous leur responsabilité. 

À Québec, une procédure unifiée sera proposée par le Centre de services scolaire de la Capitale afin de soutenir les écoles secondaires, les centres de formation professionnelle et d’éducation des adultes dans leur démarche de récupération. 

Certains centres préfèrent attendre avant de conclure des ententes. C’est entre autres le cas du Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSSMB) à Montréal, notamment parce qu’il n’y a aucune méthode ou procédé de recyclage officiellement recommandé. Le CSSMB évalue les coûts de recyclage des masques à près de 80 000 $ par mois pour un total d’un million de masques.  

«Nous restons très attentifs aux recommandations des instances officielles et veillerons à en tenir compte dans le choix que nous ferons dans le futur. Dans l’intervalle, nous suivons les recommandations de Santé Canada et de Recyc-Québec», a indiqué la CSSMB dans un courriel au HuffPost Québec

Des coûts plus élevés sans ententes globales?

Quatre entreprises font partie du document qui a été produit par Recyc-Québec. Le HuffPost Québec a pu s’entretenir avec deux d’entre elles.

MedSup et Sanexen, qui ont toutes deux leur siège social au Québec, ont affirmé avoir offert leur service de récupération de masques au ministère de l’Éducation. Bien que les deux entreprises étaient ouvertes à négocier une entente plus large, le ministère a décidé de laisser la balle dans le camp des établissements et des centres de services scolaires.

Avec des ententes à plus petite échelle, certains acteurs du milieu de l’éducation pensent que les établissements n’obtiendront probablement pas le meilleur prix. 

«C’est niaiseux de gérer à la pièce. On est là et on veut proposer des solutions», a souligné le président de MedSup, Eric Ethier, qui dit avoir peu d’écoute de la part des fonctionnaires du ministère de l’Éducation. 

MedSup et Sanexen disent avoir la capacité de récupérer et de traiter des millions de masques. Elles affirment qu’elles peuvent desservir l’ensemble des écoles du Québec.

Les deux entreprises ont des procédés différents pour le traitement des matières récupérées. MedSup, qui distribue aussi des masques médicaux, trie les masques et les matières sont séparées, comme les élastiques et les barrettes nasales en aluminium. Ces matières sont ensuite envoyées à des entreprises qui les recyclent. 

Du côté de Sanexen, les métaux présents dans les équipements de protection sont recyclés. Le reste est valorisé énergétiquement. Les matières peuvent être utilisées comme carburant alternatif ou être incinérées pour générer de la vapeur et de l’électricité.

Les deux autres entreprises proposées dans l’information acheminée au réseau scolaire par Recyc-Québec sont MultiRecycle, qui est basée à Lachine, et TerraCycle, dont le siège social est aux États-Unis.

À VOIR: le PLQ veut un traitement écoresponsable