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26/05/2020 19:25 EDT

Un rapport «troublant» de l'armée sur les foyers de longue durée en Ontario

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a qualifié ce rapport de «plus déchirant qu’il n’ait jamais lu de toute sa vie».

THE CANADIAN PRESS/Nathan Denette
Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, répond à des questions sur un rapport inquiétant de l'armée canadienne concernant cinq foyers de soins de longue durée de l'Ontario, le mardi 26 mai 2020.

TORONTO — Un rapport militaire sur les soins prodigués dans cinq foyers de longue durée en Ontario fait état d’infestations de coquerelles, de gavage qui aurait provoqué des étouffements, d’infections sanguinolentes et de résidents qui demandent de l’aide pendant des heures.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a qualifié ce rapport de «plus déchirant qu’il n’ait jamais lu de toute sa vie». Le premier ministre admet que le système est brisé et il n’exclut plus maintenant la tenue d’une enquête publique — ce qu’il refusait jusqu’ici. «Il est choquant que cela puisse se produire ici au Canada. Ça fait mal», a-t-il dit.

L’Ontario a pour l’instant exigé une «enquête complète» sur les allégations des militaires et partagera les résultats avec la police afin qu’elle puisse enquêter sur d’éventuelles accusations criminelles, a déclaré mardi le premier ministre. La province inspectera chacun de ces foyers et a référé au bureau du coroner le dossier d’un décès au foyer «Orchard Villa» de Pickering, bien que les autorités n’aient pas fourni plus de détails.

Le premier ministre Ford a demandé que l’aide militaire soit prolongée de 30 jours. Il avait fait appel à cette aide le mois dernier pour donner un coup de main au personnel soignant dans cinq foyers de soins de longue durée, aux prises avec des éclosions de COVID-19. Quatre de ces cinq centres d’hébergement sont privés, mais M. Ford a rappelé que l’Ontario comptait 626 foyers de soins de longue durée et qu’il ne fallait pas tous les mettre dans le même sac. Il a suggéré que la création d’un système entièrement public ne serait pas possible sans l’aide d’Ottawa.

Le premier ministre Justin Trudeau, qui avait pu consulter le rapport «profondément troublant» des militaires, a estimé mardi qu’il fallait absolument en faire plus pour les personnes âgées en soins de longue durée, et il a indiqué qu’Ottawa apporterait son aide. «J’étais attristé, choqué, déçu, en colère. Je pense que nous parlons d’une situation qui est clairement une réalité associée à la COVID-19, mais qui existait également depuis un certain temps déjà», a-t-il dit lors de son point de presse quotidien à Ottawa mardi matin.

Un rapport accablant

Dans leurs allégations détaillées, les militaires soutiennent que des résidents atteints de la COVID-19 n’étaient pas isolés des autres et pouvaient même se promener à l’extérieur de leur chambre. Des problèmes de salubrité ont été signalés dans plusieurs foyers, y compris la réutilisation d’un cathéter qui était au sol depuis on ne sait trop combien de temps et le maintien en place d’un autre cathéter trois semaines au-delà de la date de changement prévue. Les militaires signalent aussi des infections fongiques sanguinolentes et des patients laissés dans des couches souillées.

De nombreux problèmes d’alimentation ont été signalés: de la nourriture laissée dans la bouche d’un résident pendant qu’il dormait, ou hors de sa portée, ce qui le privait de repas. Un incident lié à l’alimentation «semble avoir contribué» au décès d’un patient, selon le rapport. Dans un des foyers, des militaires ont constaté une contamination fécale «importante» dans des chambres ou des infestations de coquerelles. Des résidents n’avaient pas eu de bain depuis des semaines et certains attendaient plus de deux heures avant d’obtenir de l’aide du personnel soignant, selon le rapport militaire.

Les résidents d’un autre foyer ont été confinés à leur lit pendant des semaines, et un nombre «important» souffrait de plaies de lit. En raison de graves problèmes de personnel, «la plupart» des résidents ne recevaient pas trois repas par jour, selon le rapport.

Dans de nombreux foyers, les militaires ont signalé une grave pénurie de personnel et un manque d’équipement. Dans un des foyers, il planait une «culture générale de peur» d’utiliser cet équipement «parce qu’il coûte de l’argent», selon le rapport; à un autre foyer, il n’y avait pas de chariot d’urgence pour un arrêt cardiaque.

Plus de 1500 morts dans des foyers

Les militaires sont venus à la rescousse aux foyers «Orchard Villa» de Pickering, «Altamont Care Community», «Eatonville Care Centre» et «Hawthorne Place» de Toronto, ainsi qu’au «Grace Manor» de Brampton. Les foyers Orchard Villa, Altamont et Eatonville avaient tous enregistré chacun des dizaines de morts de la COVID-19 lorsque les militaires ont été appelés en renfort; un aide-soignant d’Altamont est également décédé de la maladie infectieuse.

Plus de 1500 résidents de foyers de soins de longue durée en Ontario et six membres du personnel sont morts dans des éclosions de COVID-19. Deux foyers de soins de longue durée qui n’ont pas pu contenir la COVID-19 malgré le soutien des centres hospitaliers pendant des semaines ont été placés sous la gestion d’un hôpital du secteur.

Le gouvernement ontarien a déjà annoncé qu’il lancerait une commission indépendante sur tout le système de soins de longue durée de la province. Le nombre de foyers de soins de longue durée qui connaissaient une éclosion de COVID-19 atteignait 190 lorsque cette annonce a été faite la semaine dernière, mais il est depuis retombé à 150.

Depuis que l’armée a commencé à donner un coup de main dans des foyers en Ontario, 15 militaires ont été infectés par le coronavirus; 24 autres l’ont été dans des CHSLD au Québec.

L’Association des soins de longue durée de l’Ontario, les partis d’opposition et le syndicat des employés de ces établissements ont tous réclamé une enquête publique complète sur le système de soins de longue durée de la province.

Taux de croissance faible en général

L’Ontario signalait mardi 287 nouveaux cas de COVID-19 et 21 décès de plus. C’est la première fois en plus de deux semaines que le nombre de nouveaux cas est inférieur à 300; lors de chacun des cinq jours précédents, on comptait plus de 400 nouveaux cas.

Il y a maintenant 26 191 cas en Ontario, une augmentation de 1,1 % par rapport à la veille; il s’agit du taux de croissance le plus faible depuis le début du mois de mars. L’Ontario a mené 9875 tests lundi, alors que la capacité provinciale est de près de 25 000 tests par jour. Le nombre de personnes hospitalisées en raison de la COVID-19, aux soins intensifs ou sous respirateur a aussi diminué.

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