OPINION
26/09/2019 11:34 EDT | Actualisé 01/10/2019 06:22 EDT

Rappel des implants mammaires texturés: gestion déficiente et stress exagéré

Un stress psychologiques exagéré a été imposé à des milliers de femmes.

SIphotography via Getty Images
Des patientes qui n'étaient pas du tout concernées par le rappel d’implants mammaires texturés ont malheureusement été contactées.

Comme chirurgien plasticien avec une spécialisation en chirurgie mammaire, je vis, depuis l’automne dernier, une grande période de bouleversements. En 2011, l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a établi l’existence d’un premier cancer de la capsule (tissus cicatriciel normal) retrouvée autour d’un type très spécifique d’implants mammaires texturés. Malgré le caractère très rare de ce lymphome, Santé Canada a ordonné le rappel du produit en juillet dernier.

Bien que très peu de mes patientes aient reçu ce type de prothèse et qu’aucune d’entre elles ne présentent de maladies reliées à leurs implants, j’ai fait face, comme la plupart de mes collègues, à une vague de détresse sans précédent. Alors que la poussière retombe peu à peu et que les faits prennent le dessus sur la désinformation et le sensationnalisme, je reste perplexe sur la façon dont a été géré cette crise.

Au Québec, tout a commencé avec la diffusion de l’émission Enquête sur les risques médicaux reliés aux implants mammaires texturés l’automne dernier. En mars, le ministère de la Santé du Québec demande que toutes les Québécoises ayant reçu des implants mammaires texturés depuis 1995 soient contactées et avisées de ce rare risque potentiel de cancer.

Le risque en question est celui de Lymphome anaplastique à grandes cellules. Il s’agit d’un cancer qui affecte le système immunitaire et qui est très rare à la base. Ce n’est pas un cancer des tissus mammaires. Le risque est de 0,0003% pour les patientes qui ont reçu des implants mammaires texturés utilisés pour les reconstructions et des cas esthétiques. 

De toutes les femmes qui sont opérées chaque année au Québec, seulement 9% reçoivent des implants texturés, souvent quand il s’agit de reconstruction et 4% pour des cas esthétiques. De ce nombre, 1 sur 3817 court un risque de lymphome. Comme médecin, tout risque de maladie ou de complication affecte mon travail et pour moi, la décision de retirer les implants du marché et d’aviser les patientes est la bonne et la seule qui s’imposait. Je traite toutes mes patientes comme je voudrais qu’on traite un membre de ma famille et en ce sens, aucun risque évitable ne doit être considéré.

Un vent de panique évitable

Dans la foulée des recommandations de Santé Canada, tous les établissements de santé hospitaliersont choisi d’aviser toutes les patientes ayant subi des reconstructions mammaires qu’elles faisaient potentiellement face à un risque de ce typecancer.

Ils ont malheureusement également avisé les patientes porteuses de prothèses lisses qui ne sont pas du tout concernées par le rappel. 

Ce qui m’attriste aussi beaucoup dans toute cette histoire, c’est cette tendance à considérer le médecin comme un ennemi.

Cette façon de faire a causé un stress psychologiques exagéré à des milliers de femmes. Comment trouver le calme essentiel à une bonne compréhension des enjeux quand la panique prend le contrôle? De la même manière, comment trouver la bonne façon de rassurer et d’expliquer adéquatement ce qui se passe à des centaines de femmes par jour dans une tempête d’appels? 

Ce qui m’attriste aussi beaucoup dans toute cette histoire, c’est cette tendance à considérer le médecin comme un ennemi, un allié des compagnies pharmaceutiques qui vend des implants à risque pour augmenter sa marge de profit. 

Des médecins, pas des «peddleux»

Je suis plasticien, mais je suis d’abord et avant tout médecin. J’ai prêté le même serment d’Hippocrate que tous mes collègues, qu’ils soient oncologues, cardiologues ou médecins de famille. Les plasticiens sont souvent jugés comme étant des «peddleux», des médecins qui ont choisi le superficiel et l’argent.

Ce n’est pas ce que je constate quand je regarde mon domaine et mes collègues. Tous les jours je m’assure d’aider mes patientes à prendre les bonnes décisions pour leur bien-être et leur santé. Je sais que mon travail, qu’il s’agisse d’une reconstruction post-cancer ou d’une procédure esthétique, améliore la qualité de vie de mes patientes. 

C’est d’ailleurs probablement un des grands éléments positifs dans toute cette anxiétéautour des implants mammaires. Aujourd’hui la communication est plus facile avec les patientes. Les plus jeunes, qui posent généralement moins de questions, sont plus informées et impliquées dans le choix de leurs implants et du type de procédure. 

Toutes les interventions chirurgicales comportent des risques, mais les augmentations mammaires sont encore aujourd’hui parmi les plus sécuritaires et les chirurgiens qui les font sont des médecins soumis à un code de déontologie semblable à tous les autres. Le plus important dans une situation comme celle-ci est de maintenir une communication honnête avec les patientes et démontrer l’empathie propre à notre profession. Toute patiente ayant des craintes face à sa chirurgie ne devrait pas hésiter à aller consulter à nouveau son chirurgien et obtenir réponses à ses questions. 

La section Perspectives propose des textes personnels qui reflètent l’opinion de leurs auteurs et pas nécessairement celle du HuffPost Québec.

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