POLITIQUE
15/06/2020 06:33 EDT | Actualisé 16/06/2020 07:24 EDT

Montréal reconnaît officiellement le racisme systémique en réponse à un rapport

Montréal néglige la lutte au racisme et à la discrimination, tranche un rapport de l'OCPM.

MONTRÉAL — “En tant que mairesse de Montréal et en tant que citoyenne, je reconnais qu’il existe au sein de notre société, y compris à la Ville de Montréal, du racisme et de la discrimination systémique et qu’il nous faut agir”, a déclaré lundi la mairesse Valérie Plante, en réaction à un virulent rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM).

Lors d’une conférence de presse, Mme Plante a indiqué qu’elle présentera une déclaration allant en ce sens au conseil municipal.

La réaction du Service de police de la Ville de Montréal est venue en soirée: “le SPVM reconnaît le caractère systémique du racisme et de la discrimination et nous nous engageons à agir pour les combattre”.

Le rapport a tranché que la Ville de Montréal a négligé la lutte contre le racisme et la discrimination et manqué à reconnaître le caractère systémique de ces phénomènes.

Le document de 261 pages, rédigé au terme d’une consultation à laquelle plus de 7000 personnes se sont fait entendre, conclut que la métropole a bien de la difficulté à passer de la parole aux actes.

“Des déclarations, des motions, des plans d’action de la Ville disent s’attaquer au phénomène du racisme ou de la discrimination, mais les résultats se font attendre”, constatent les auteurs du volumineux rapport.

Recommandations

La commission formule 38 recommandations, à commencer par une reconnaissance du caractère systémique du racisme et de la discrimination dont sont victimes les groupes racisés et les personnes autochtones.

Cette non-reconnaissance formelle “empêche la Ville de se doter des outils nécessaires pour s’attaquer véritablement au problème”, écrit la présidente de la commission dans une lettre destinée à la mairesse qui accompagne le volumineux rapport.

La mairesse a également répondu positivement à la deuxième recommandation des auteurs et demandera au conseil municipal de créer rapidement une fonction de Commissaire à la lutte au racisme et à la discrimination.

Le poste sera utile selon Mme Plante qui, à la lecture du rapport, a constaté que “plein d’actions sont faites, mais personne ne s’en occupe”.

Cette personne devrait, selon les auteurs du rapport, relever directement du directeur général de la ville et elle aurait notamment pour fonction de proposer un premier plan d’action et de s’assurer qu’il soit appliqué dans l’organisation municipale.

Constatant le faible nombre de données disponibles permettant de connaître l’ampleur du problème de racisme et de discrimination systémique à Montréal, ils croient que la ville et ses arrondissements devraient produire et rendre publiques des données qui permettent de mesurer les écarts entre les personnes racisées, les autochtones et les Blancs aux profils semblables.

De plus, des formations consacrées explicitement à la lutte au racisme et à la discrimination devraient être développées et rendues obligatoires pour tous les employés de la ville et des sociétés paramunicipales, recommandent-ils. Ce sera le cas, a promis la mairesse.

“Les astres s’alignent”

Mme Plante a dit s’engager à mettre en place des “solutions systémiques aux problèmes systémiques”, et ce, sans tarder. Son administration dit étudier comment répondre aux recommandations formulées dans le rapport.

“Vos voix sont entendues”, a-t-elle lancé aux 22 000 Montréalais qui avaient signé la pétition pour réclamer la tenue de la consultation publique et à ceux qui marchent dans les rues pour dénoncer le racisme.

Pour le chef de l’opposition officielle à la Ville, Lionel Perez, il faut absolument s’assurer que ce rapport ne soit pas tabletté.

“Nous sommes à un moment charnière, a-t-il déclaré en entrevue avec La Presse canadienne. Il y a une prise de conscience collective incroyable. Ce n’est pas normal qu’on ait seulement 13 % des employés de la Ville de Montréal qui sont issus des minorités visibles, bien qu’ils représentent plus du tiers de la population montréalaise.”

M. Perez croit cependant que Mme Plante a tardé et tarde toujours à poser des gestes concrets.

“Si la mairesse et son administration avaient mis autant d’efforts sur les enjeux de discrimination et de racisme systémique qu’ils le font avec les pistes cyclables, les choses seraient bien plus avancées”, a-t-il offert.

Profilage

Le profilage racial et social a été, ont noté les auteurs du rapport, l’enjeu le plus évoqué au cours des consultations.

Ce profilage mené par le SPVM “constitue une violence envers certains groupes racisés et envers des personnes autochtones vivant à Montréal” et demeurera tant qu’il n’y aura pas de changement de “culture organisationnelle” au sein du corps de police, selon les auteurs du rapport.

Un rapport indépendant commandé par la Ville de Montréal à des chercheurs indépendants révélait au début octobre que les Autochtones, les Noirs et les jeunes Arabes avaient entre quatre et cinq fois plus de risques d’être interpellés par les policiers que les Blancs.

Mme Plante estime que la police de Montréal doit reconnaître la présence de racisme systémique dans son organisation. “Ce serait la bonne chose à faire, a-t-elle précisé. Ce serait un pas dans la bonne direction.”

Les commissaires de l’OCPM mentionnent que la nomination du directeur du SPVM devrait être conditionnelle à sa connaissance et à sa reconnaissance de ces phénomènes.

Dans le communiqué transmis lundi soir, le SPVM a dit prendre acte du rapport et a réitéré “que toutes formes de racisme et de discrimination sont des comportements proscrits dans les pratiques policières et dans l’administration de notre Service”.

“En réponse à la première recommandation du rapport, le SPVM reconnaît le caractère systémique du racisme et de la discrimination et nous nous engageons à agir pour les combattre”, peut-on également y lire.

“Avec tous les acteurs de la Ville de Montréal, nous collaborerons pour – et avec – la population pour déployer les actions nécessaires afin d’être à la hauteur de la confiance qu’elle nous accorde.”

En décembre 2018, le chef de police, Sylvain Caron, avait admis qu’il y avait ” peut-être ” du profilage racial au sein de ses troupes.

Le racisme systémique au SPVM est pourtant “une évidence”, a lancé M. Perez qui somme la mairesse et son administration à “prendre le taureau par les cornes”.

“Pour pouvoir changer les choses, la première étape c’est de reconnaître la problématique (...) au plus haut niveau”, avait-il noté en entrevue plus tôt dans la journée.

Le SPVM planche présentement sur une politique d’interpellation et doit la présenter en juillet.

Aux manifestants qui réclament une réduction du budget du service de police, Mme Plante répond que l’achat de caméras portatives, “c’est aussi des sous”. La mairesse se dit en faveur du port de telles caméras et aurait approché Québec pour vérifier “comment est-ce que ça s’opérationnalise” et pour réclamer de l’aide financière étant donné que la métropole est “dans un gouffre financier sans fond”.

Encore durant la nuit de dimanche à lundi, le monument de John A. Macdonald, l’un des Pères de la Confédération, a été vandalisé avec de la peinture. Des milliers de pétitionnaires réclament que cet ouvrage ainsi que la statue du fondateur de l’Université McGill soient déboulonnés estimant qu’il s’agit d’emblèmes d’un passé colonialiste.

Selon la mairesse, ces statues devraient “rester en place”, mais être accompagnées de fiches permettant de “les contextualiser et de rappeler les luttes en lien avec ces personnages controversés pour éduquer”. Il ne faut pas “effacer le passé”, a-t-elle expliqué.

La publication du rapport de l’OPCM survient dans le contexte d’une vague de manifestations exceptionnelles à travers le monde dans la foulée de la mort de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc, à Minneapolis, à la fin mai.