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17/12/2019 15:20 EST

Quand la DPJ fait peur... à des parents au bout du rouleau

À la DPJ, on souhaite que les histoires entendues à la commission Laurent n'affectent pas la confiance envers le système de protection.

Courtoisie
«Je veux que le système de la santé comprenne mon message de détresse», lance Jennifer Bélanger.

Jennifer Bélanger a lancé récemment un cri du coeur sur sa page Facebook. «Je n’en peux plus», a-t-elle écrit.

Son message a été grandement partagé et commenté. Plusieurs mères ont démontré leur soutien et raconté leur propre histoire.

Des histoires de mères de famille qui tendent à démontrer que tous les témoignages entendus ces dernières semaines à la commission Laurent laissent de lourdes traces dans l’opinion publique quant à l’efficacité du Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ). Même pour les parents sans histoire, aucunement liés avec la DPJ et qui pourtant auraient grandement besoin d’aide.

«Il ne faut pas que la Commission Laurent ait un impact négatif sur la confiance des citoyens envers leur système de protection, car ça peut-être catastrophique pour des enfants qui seraient en danger», fait toutefois valoir Jocelyne Boudreau, du bureau des communications de la DPJ à Montréal. 

Mais le message de Jennifer Bélanger a touché une corde sensible. Si bien que devant le nombre de messages reçus, la mère de 26 ans a finalement choisi de retirer sa publication de Facebook.

«C’est mon fils de quatre ans qui n’est pas du monde», explique Mme Bélanger en entrevue avec le HuffPost Québec. «Je ne sais plus quoi faire avec. Toutes les conséquences ne donnent rien. Je n’ai plus de patience et personne ne me vient en aide», déplore cette mère de 26 ans.

Elle admet que de dire «mon enfant est rendu qui m’énerve» peut être perçu comme n’étant pas digne d’une bonne maman. «Je ne suis pas une mauvaise maman, la preuve, ça va super bien avec ma fille de trois ans», assure-t-elle, en précisant que sa fille est «une fillette normale avec ses petits côtés tannants mais combien d’autres attachants».

Jennifer, qui habite la région de Québec, attribue son calvaire au silence des spécialistes de la santé. Elle dit se battre depuis sa naissance pour qu’il puisse obtenir des soins particuliers. «Il fait des crises pendant toute une journée à hurler dans sa chambre, poursuit la mère. Il est incontrôlable avec des coups de poings et de coups de pieds dans les murs et pleure pendant des heures sans arrêt, ajoutez de l’hyperactivité et du refoulement de ses émotions.»

La DPJ? Non merci.

Dans sa publication Facebook, Jennifer avait d’abord écrit en grosses lettres NE TÉLÉPHONEZ PAS À LA DPJ.

«Mes enfants, je les adore, dit-elle en entrevue. C’est ma raison de vivre. Je ne les frapperai pas, rien de ça. J’ai juste besoin de soutien, surtout la semaine, car mon copain travaille à l’extérieur. Le soir, quand mon fils dort, c’est moi qui pleure en me disant que je ne suis pas une bonne mère pour avoir été impatiente envers mon petit trésor.»

«Je veux que le système de la santé comprenne mon message de détresse. Quand une mère est rendue à demander de l’aide au système par l’entremise des réseaux sociaux, ce n’est pas pour en obtenir dans un mois, six mois et encore moins dans deux ans. C’est parce qu’elle en a besoin dans l’immédiat. Avec un diagnostic, ça serait certainement le parfait bonheur ou presque.»

Courtoisie
Les enfants de Jennifer Bélanger

Une autre maman, infirmière dans la région de Montréal, avait commenté le message et comprend le désespoir de Jennifer.

«Mon fils aussi nécessite des besoins particuliers. Le système est en mesure de bien répondre aux besoins lorsque l’enfant a eu un diagnostic et encore là, il ne faut pas se réjouir trop rapidement», mentionne en entrevue celle qui préfère conserver l’anonymat.

C’est que son garçon de cinq ans a une difficulté de langage reconnue, mais un trouble de comportement toujours inexpliqué. 

«Dès que le CLSC a découvert que mon fils avait un trouble du développement du langage, ils lui on référé une orthophoniste et ils ont fermé le dossier, explique-t-elle. Mais son trouble de comportement est toujours présent et la raison demeure inconnue.»

Cette mère de famille n’est pas seule à constater que son fils a besoin de davantage qu’une orthophoniste.

«Quand le suivi avec l’orthophoniste a été terminé, elle nous a dit qu’il aurait besoin d’une évaluation avec un neuropsychologue pour les comportements qu’elle avait remarqués lors des séances. Elle a ajouté qu’elle ne pouvait nous référer à un autre service puisqu’ils font une chose à la fois seulement. Si on veut un autre service, on recommence au début.»

Déterminée à trouver ce qui rend son fils agressif et impulsif, elle a repris le processus à la case départ. Elle craint maintenant un autre long délai.

«Ça a pris quatre ans avant de trouver son trouble du langage, si on continue au point d’être en dépression, incapables de bien s’occuper de nos enfants, ils nous envoient une travailleuse sociale qui nous menace de nous enlever nos enfants, croit-elle. Non merci pour la DPJ.»

Plus de chance pour une maman

Marie-Claude Dion, elle, a été un peu plus chanceuse, mais non sans avoir vécu l’enfer. Elle a été interpellée par l’histoire de Jennifer Bélanger.

«Avant le diagnostic, mon fils mordait, frappait et tout ce que vous voulez. Au point où personne ne voulait le garder, pas même ses grands-parents.» 

«Je pleurais, j’étais en petite boule et je l’ignorais, rien à faire, il ne voulait rien savoir d’écouter. Depuis le diagnostic, ça va mieux. Ce n’est pas parfait, mais bon.»

Et pas question de demander de l’aide de la DPJ, car je trouve que les intervenants sont trop présents dans des familles où ils n’ont pas raison d’être.Marie-Claude Dion

Cette mère de famille a vécu de dures épreuves, ayant perdu deux de ses enfants en bas âge, l’un qui allait avoir trois ans et l’autre qui n’était qu’un poupon de quatre mois.

«Et pas question de demander de l’aide de la DPJ, car je trouve que les intervenants sont trop présents dans des familles où ils n’ont pas raison d’être et pas assez présents dans d’autres familles où leur présence est nécessaire. Trop souvent, ils ne sont juste pas à la bonne place.»

«La DPJ n’enlève pas des enfants»

«C’est faux de dire que la DPJ enlève des enfants. La DPJ n’enlève pas des enfants. La DPJ n’est pas criminelle. La DPJ doit parfois malheureusement retirer un enfant parce que la situation l’oblige», lance Jocelyne Boudreau, du bureau des communications de la DPJ à Montréal. 

Sa consoeur de la région de Chaudière-Appalaches, Mireille Gaudreau, précise que lorsque la DPJ intervient dans les familles, elle garde les enfants dans leur milieu familial dans plus de 58% des cas. Et que 20% des enfants placés le sont dans leur famille élargie.

Il n'y a pas de retrait des enfants à tout prix.Mireille Gaudreau, relationniste, CISSS de Chaudière-Appalaches

La Commission Laurent a levé le jour sur des histoires d’horreur où des parents ont été accusés faussement, de même que sur d’autres récits plus positifs dans lesquels des enfants disent «merci» à la DPJ pour les avoir sortis de leur enfer. Mme Boudreau mentionne que «rien n’a changé dans le processus du travail au quotidien de la DPJ». «On va attendre que la Commission Laurent termine ses travaux et fasse des recommandations que nous suivrons par la suite», répond-elle.

«Les gens ne doivent pas hésiter à demander de l’aide s’ils en sentent le besoin. Ils n’ont qu’à téléphoner au 811 pour expliquer leur situation et un intervenant social évaluera leur situation et les référera vers la ressource ou le professionnel  le plus approprié à leurs besoins», renchérit Mme Gaudreau. 

La DPJ invite les trois mamans épuisées qui viennent de raconter leurs problèmes avec leurs enfants à passer par ses intervenants, ce qui pourrait faciliter l’ouverture des portes pour avoir accès à un spécialiste avant de poser un geste qui pourrait avoir de graves conséquences pour la mère et les enfants.

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