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03/08/2019 08:00 EDT

J’ai dit que j’avais déjà des plans, mais j’ai menti… voici à quoi ressemble l’anxiété sociale

La plupart des gens sont excités quand ils reçoivent une invitation pour un événement; moi ça me donne la nausée.

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«La pensée de débarquer au milieu d’un groupe de gens que je ne connais pas me paraît insurmontable.» 

«Je reçois des copines ce soir pour une soirée vin et fromage. Tu veux te joindre à nous?»

Ça m’a touchée d’être incluse dans ce message-texte d’une cliente. Une partie de moi voulait vraiment y aller, tout particulièrement parce que c’est une très gentille personne et que la majorité de mes interactions sociales se limitent actuellement à mon jeune enfant. 

Mais la pensée de débarquer au milieu d’un groupe de gens que je ne connais pas et de devoir faire du small talk me paraît insurmontable. 

«Merci beaucoup pour l’invitation, mais j’ai déjà des plans ce soir», ai-je répondu. C’est ainsi que je me suis justifiée à mes propres yeux (bon, elle n’avait pas à savoir que mes plans étaient de regarder Netflix - seule), mais pourtant je me sentais mal de mentir. J’étais convaincue que la culpabilité serait inscrite dans ma face la prochaine fois qu’elle me verrait. 

La plupart des gens sont excités quand ils reçoivent une invitation pour un événement; moi ça me donne la nausée. Non pas à cause des gens qui vont y aller (du moins, habituellement) mais bien parce qu’il va y avoir des gens qui vont y aller.

Bien que je n’étais pas capable de l’identifier comme telle les dernières années, j’ai souffert d’anxiété sociale toute ma vie.

En tant qu’ado et jeune adulte, j’avais l’habitude de me forcer à endurer des situations sociales inconfortables, même quand elles me submergeaient, parce que je présumais que ma «timidité» était quelque chose dont je devais me débarrasser.

Je me disais que la transpiration, les mains qui tremblent, le coeur qui bat à 100 à l’heure, la gorge serrée, le brouillard mental et tous les rougissements aussi évidents qu’embarrassants allaient s’envoler une fois que la glace serait brisée. Parfois, c’était le cas. Mais plus souvent ça ne l’était pas.

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«J’avais l’habitude de me forcer à endurer des situations sociales inconfortables.»

Je suis confortable avec quelques amis proches, mais du moment où un groupe s’étend au-delà des frontières de mon cercle de confiance, je sens le monstre de l’anxiété reprendre vie, et ramener à la surface toutes mes peurs les plus profondes, dont celle d’être jugée.

Quand ça arrive, ma stratégie de survie est de me replier: j’observe, j’écoute, je rase les murs et je crée des liens forts avec les animaux domestiques. 

Une torture

Les gens confondent souvent mon silence relatif dans les groupes avec un désir de rester à distance, mais si je reste muette c’est parce qu’avant de dire un seul mot, je le pèse, je considère la façon dont ma contribution va être reçue, terrifiée qu’elle expose l’impostrice que je me suis persuadée d’être. 

Même si j’ai l’air à l’aise pendant une interaction, je vais passer des jours, voire parfois des semaines, à la disséquer, à faire une fixation sur mes soi-disant impairs sociaux, et en gros, je vais me torturer. C’est épuisant. 

Comme beaucoup de gens qui font de l’anxiété, j’ai un fonctionnement supérieur à la moyenne, et mon malaise reste habituellement invisible pour les autres (mes collègues professeurs avaient l’habitude de me faire remarquer ô combien je savais rester calme et sereine, même quand je bouillais d’angoisse à l’intérieur). 

Je vais toujours à des événements et je subis toujours des situations qui me rendent inconfortable, soit parce que je veux voir des amis, pour des raisons professionnelles, ou pour éviter à tout prix de décevoir ou d’offenser les autres. Mais tout cela vient avec un prix à payer. 

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«Quand je me sens bien, j’aime bien me connecter avec les autres.»

Car, voyez-vous, mon anxiété sociale peut générer et nourrir une anxiété plus généralisée en moi. 

J’ai «réussi» à me forcer, en l’ignorant le plus possible, et en passant à autre chose. C’est pas une bonne stratégie. 

Ces dernières années, beaucoup de «vie» s’est passée, avec son lot de défis inattendus.

L’anxiété a fini par me consumer à un point où je ne pouvais plus faire comme si elle n’était pas là, et je me suis retrouvée face à un abîme sombre à faire refroidir l’âme.

Je ne veux plus jamais, JAMAIS, me retrouver devant ce précipice. Cette expérience m’a appris que ma santé mentale devait être ma priorité. Ce n’est plus un prix que je suis prête à payer. 

Je n’évite pas toutes les réunions et les interactions sociales. Quand je me sens bien, j’aime bien me connecter avec les autres. Je chéris mes amitiés et apprécie la possibilité de nouvelles.

C’est juste que certains types d’interactions sont plus stressants que d’autres pour moi, et souvent, selon ce qui se passe à ce moment-là dans ma vie, j’ai besoin de les éviter pour pouvoir continuer à me sentir bien. Dans 99% des cas, ça n’a rien à voir avec la personne dont je décline l’invitation - un bon exemple de l’excuse connue: «Ce n’est pas toi, c’est moi». 

Alors, pourquoi ce sentiment de culpabilité?

Je ne me sens pas coupable de décliner des invitations si je me sens physiquement malade ou si je me suis blessée.

Alors pourquoi est-ce que je me sens toujours un peu honteuse d’admettre quand je me sens mentalement fragile? Quand je suis allée chez ma médecin l’an dernier, j’ai balbutié des excuses en évoquant ce sentiment de panique et les larmes incontrôlables. 

Je lui ai dit que je voulais essayer des médicaments contre l’anxiété. En réponse, elle m’a demandé si je me sentirais mal de demander de l’aide pour une jambe blessée. Bien sûr que non! Mais c’est comme s’il y avait cette fausse croyance dans notre société que la maladie mentale devait être quelque chose qui devait être combattue. 

La plupart des gens parviennent à la cacher quand elle est susceptible de blesser des gens ou de les gêner (comme je l’ai fait la majorité de ma vie). Mais même si une maladie est maintenue invisible, elle est toujours là, et elle doit être soignée, comme une fracture ou n’importe quel virus, autrement il y a des conséquences. 

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«La maladie mentale doit être soignée, comme une fracture ou n’importe quel virus.»

Grâce aux récentes campagnes de sensibilisation auprès du public et au fait que de plus en plus de personnes partagent leurs histoires personnelles, la maladie mentale devient un sujet moins tabou dans les discussions, et j’ai moi-même fait mon «coming-out» d’anxieuse dans plusieurs publications.

De parfaits inconnus ont connaissance de mon état de santé mentale et pourtant… Je ne suis toujours pas prête à dire à quelqu’un, dans la vraie vie: «Merci beaucoup pour ton invitation, mais les rassemblements sociaux déclenchent mon anxiété et sont un défi pour moi ces derniers temps, alors je vais passer mon tour.» 

Allez, soyons honnêtes: si vous lisez ceci et que vous n’êtes pas une personne touchée par l’anxiété, une partie de vous va penser: «Come on! Ça semble extrême. C’est juste du vin et du fromage!» Vous pourriez aussi vous sentir un peu offensé ou même vous demandez si vous avez fait quelque chose qui m’a offensée. 

Pourtant, si une personne refusait une invitation parce qu’elle souffrait d’une blessure physique ou d’une maladie, vous ne lui donneriez jamais tort. Vous ne voudriez certainement pas le prendre personnel.

Je prétexte souvent que je suis occupée car la dernière chose que je veux faire, en évitant un élément déclencheur de l’anxiété sociale, est d’en provoquer un autre et d’endommager une relation. 

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«J'aimerais que la maladie mentale devienne un sujet moins tabou dans les discussions.»

Est-ce une solution durable? Non, j’accorde beaucoup de valeur à l’honnêteté et ça crée une certaine dissonance en moi de ne pas être totalement honnête avec les gens, en particulier ceux qui me tiennent à coeur. Mais du moins, dans mon esprit, c’est la meilleure façon que j’ai trouvée de dealer avec ça.

Écrire sur le sujet m’aide à être plus courageuse, et réduit peu à peu le fossé entre la grande conversation sur l’anxiété et mes relations personnelles.

J’espère que bientôt, décliner une invitation pour des raisons de santé mentale sera acceptable aux yeux des autres (et aux miens) - autant que de dire: «Désolée, ça va pas le faire, j’ai la grippe.» 

Ce texte initialement publié sur le HuffPost États-Unis a été traduit de l’anglais.