Un nouveau programme pour aider les jeunes ayant un trouble alimentaire

La pandémie et le confinement semblent avoir exacerbé les troubles alimentaires dont souffrent les jeunes.

MONTRÉAL — Le CHU Sainte-Justine a dévoilé jeudi un nouveau programme pour venir en aide aux jeunes qui ont un trouble alimentaire, une problématique dont l’ampleur a explosé depuis le début de la pandémie.

Rendue possible grâce à un don de 300 000 $ de Bell Cause pour la Cause, cette initiative permettra d’accompagner des jeunes et leur famille à même leur milieu de vie, peu importe où ils demeurent au Québec.

«Le projet est d’apporter plus de soutien aux jeunes, a expliqué la docteure Danielle Taddeo, une pédiatre spécialisée en médecine de l’adolescence au CHU Sainte-Justine et codirectrice du Centre intégré des troubles de la conduite alimentaire. Ça peut être un accompagnement à un repas si un jeune se retrouve seul à la maison parce que les parents ne sont pas là, à l’école, ou après l’école.»

Cet accompagnement virtuel pourra être offert au jeune ou à ses parents, selon leurs besoins.

Les jeunes qui avaient été hospitalisés à Sainte-Justine pour un trouble alimentaire avaient ensuite accès, après leur congé, à un «hôpital de jour» qu’ils fréquentaient quotidiennement ou quelques fois par semaine pour un suivi.

Cette modalité n’est maintenant plus disponible, puisque la pandémie oblige un contrôle plus serré des entrées et des sorties de l’hôpital. Même les jeunes qui sont hospitalisés n’ont plus droit à des congés.

Le nouveau programme permettra donc un suivi ambulatoire intensif des patients pris en charge pour un trouble de la conduite alimentaire.

«Ça pourrait être des rencontres soit individuelles, soit de groupe comme on avait à l’hôpital, a résumé la docteure Taddeo. Ça peut être des activités thérapeutiques qui adressent le trouble alimentaire, ça peut être des activités qui touchent des éléments connexes comme l’anxiété et le stress, comment gérer ses humeurs, les relations avec les autres... Ou ça peut être des activités physiques comme le yoga. Ce sont des choses qu’on veut explorer avec les jeunes pour leur fournir plus de soutien.»

Une problématique qui prend de l’ampleur

Le CHU Sainte-Justine accueille habituellement chaque année environ 120 nouveaux jeunes ayant un trouble alimentaire. Au cours de la dernière année, il en a vu une centaine de plus passer ses portes.

Confinés à la maison, plusieurs jeunes ont perdu leurs points de repère en étant privés de leurs activités habituelles ou encore de leurs amis.

Certains, parfois en réponse à la pression des réseaux sociaux, ont décidé que le moment était bien choisi pour se reprendre en main, mieux manger et faire de l’exercice.

«Si ces idées-là tombent dans un terrain fertile, par exemple chez une personne qui est plus anxieuse (...) ou qui a une certaine fragilité, alors ça peut dépasser l’idée de seulement faire attention, ça peut aller vers l’obsessionnel», a dit la docteure Taddeo.

Soixante-quinze pour cent de la clientèle de Sainte-Justine provenait de l’extérieur de Montréal, et même avec l’hôpital de jour, le suivi nécessaire n’était pas évident pour tout le monde.

La durée de vie du nouveau programme annoncé jeudi pourrait donc s’étirer bien au-delà de la pandémie.

«Ça va être un service qu’on va pouvoir poursuivre (...) quand on va voir ce qui fonctionne le mieux avec les jeunes. C’est le premier volet de notre projet, a dit la docteure Taddeo. Ensuite on veut évaluer ce qu’on fait, étant donné que c’est une innovation.»

Problématique pancanadienne

Il n’y a pas qu’au Québec où la pandémie et le confinement semblent avoir exacerbé les troubles alimentaires dont souffrent les jeunes.

Le Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO) indique qu’il y a eu 67 admissions entre le 1er avril et le 31 octobre de l’année dernière - une augmentation de 63 % par rapport à la même période en 2019.

L’Hôpital pour enfants malades SickKids de Toronto affirme que les admissions annuelles devraient grimper de 30 %, passant de 128 à 170, tandis que le nombre de patients externes référés se dirige vers une augmentation de 50 à 60 %, à 245 cas contre 154 l’an dernier.

L’Hôpital pour enfants de l’Alberta, à Calgary, souligne de son côté que les admissions ont plus que doublé entre juillet et septembre de l’année dernière, et qu’elles continuent d’augmenter.

Les cas impliquent principalement une alimentation restrictive, y compris une anorexie mentale et un trouble d’alimentation évitante/restrictive, qui est comparable à l’anorexie, mais n’implique pas de stress lié à la forme ou au poids du corps.

Des experts en pédiatrie et en santé mentale affirment que le stress pandémique est à l’origine de cette augmentation, soulignant les perturbations scolaires, l’isolement social et les craintes d’infection comme des facteurs déstabilisants qui pourraient avoir des effets à long terme sur la santé physique et mentale des jeunes.