NOUVELLES
14/08/2019 09:49 EDT

Profilage racial: l'action collective envoie un puissant message

Des membres de la Ligue des Noirs ont dit avoir espoir que leur démarche apporte un vent de changement.

Paul Chiasson/La Presse canadienne
Le dirigeant de la Ligue des Noirs du Québec, Dan Philip.

MONTRÉAL — Depuis des années, les membres de la communauté noire de Montréal rapportent des histoires de discrimination qu’ils auraient vécue aux mains de policiers. Un avocat conduisant une BMW, arrêté à plusieurs reprises. un homme vérifiant son téléphone cellulaire dans la rue, interrogé et éventuellement arrêté. Des interventions policières apparemment routinières qui dégénèrent et se soldent même par la mort.

Le dirigeant de la Ligue des Noirs du Québec a déclaré mardi qu’après des décennies de plaintes largement passées sous silence, une action collective contre la Ville de Montréal pourrait enfin leur permettre d’obtenir justice.

Assis à table dans les bureaux de l’organisation, devant des affiches représentant des personnalités telles que Muhammad Ali, Nelson Mandela et Barack Obama, Dan Philip et deux autres membres de la Ligue des Noirs ont dit avoir espoir que leur démarche apporte un vent de changement.

Le 7 août dernier, un juge de la Cour supérieure du Québec a autorisé une action collective contre la Ville de Montréal au nom de citoyens qui affirment avoir été injustement arrêtés, détenus et interpellés en raison de la couleur de leur peau entre la mi-août 2017 et le mois de janvier 2019.

Dans sa décision, le juge André Prévost a déclaré que l’action collective permettrait notamment de déterminer si des représentants de la Ville ont agi de manière discriminatoire et violé les droits des plaignants.

Il a tranché que ces derniers disposaient de suffisamment de preuves pour que leur demande aille de l’avant, mais les allégations contenues dans la poursuite devront tout de même être démontrées devant les tribunaux.

Dan Philip a reconnu que la décision du juge Prévost ne constitue que la première étape d’un long processus judiciaire, mais elle envoie à ses yeux un puissant message.

«Ce n’est pas seulement une victoire pour la communauté noire, c’est aussi une victoire pour la justice», a-t-il lancé.

Le vice-président de la Ligue, Gabriel Bazin, a cité le cas du plaignant principal, Alexandre Lamontagne, pour illustrer le profilage dont souffrent les personnes issues des minorités visibles dans la métropole. L’homme d’origine haïtienne raconte qu’il consultait simplement son téléphone cellulaire lorsqu’il a été interrogé par deux policiers, en août 2017. Il a été arrêté et accusé d’entrave au travail de la police ainsi que de voie de fait dans le but de résister à son arrestation, mais ces accusations ont ensuite été abandonnées.

L’action collective est ouverte à toute personne racisée ayant été interpellée, arrêtée ou détenue sans justification et ayant subi du profilage racial «à la suite d’une intervention proactive d’un policier de la ville de Montréal».

Les personnes ayant subi un préjudice corporel entre le 14 août 2017 et le 11 janvier 2019 sont admissibles, tout comme celles ayant subi un préjudice d’une autre nature entre le 11 juillet 2018 et le 11 janvier 2019.

La Ligue estime qu’environ 150 citoyens se manifesteront, mais ce nombre pourrait être porté à augmenter. L’action collective vise à obtenir à la fois des dommages-intérêts compensatoires et punitifs, mais M. Philip a refusé de préciser le montant demandé mardi.

À voir: profilage racial au SPVM? «Peut-être»