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09/09/2019 20:15 EDT

Producteurs de porc: un manque à gagner de 6 millions $ par semaine depuis juin

C’est le chiffre avancé par le cabinet du ministre de l’Agriculture, en réponse à une question de La Presse canadienne concernant les effets de la crise commerciale sur les producteurs québécois.

deyanarobova via Getty Images

QUÉBEC — L’arrêt des importations de porc canadien par la Chine a causé, pour les producteurs québécois, un manque à gagner de 6 millions $ par semaine depuis juin.

C’est le chiffre avancé par le cabinet du ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, en réponse à une question de La Presse canadienne concernant les effets de la crise commerciale sur les producteurs québécois. 

L’attachée de presse du ministre, Laurence Voyzelle, n’a cependant pas été en mesure d’expliquer d’où venait ce chiffre, invitant l’agence de presse à faire une demande d’accès à l’information pour obtenir les renseignements. 

«Les données appartiennent à des tiers, donc nous ne sommes pas autorisés à les dévoiler», a-t-elle affirmé, après avoir évoqué que l’interlocuteur serait «l’industrie des exportateurs de porc du Québec».

Vérification faite, personne, ni les Éleveurs de porc du Québec, ni Olymel, ni Canada Porc International n’a repris le chiffre de 6 millions $ avancé par le cabinet du ministre.

Le 30 août, le ministre Lamontagne a publié un communiqué dans lequel il demandait au gouvernement fédéral d’agir rapidement pour protéger la compétitivité des secteurs du porc et du grain. Il a refusé la demande d’entrevue formulée par La Presse canadienne.

Que demande-t-on précisément à Ottawa? «Pour le ministre Lamontagne, le fédéral doit assurer la mise en place de conditions et d’un environnement propices pour protéger la compétitivité des entreprises et des transformateurs», a répondu Mme Voyzelle. 

Pas question pour l’instant de chiffrer l’aide réclamée. «Nous allons attendre le résultat des études commandées pour avoir un meilleur portrait de l’aide nécessaire», a-t-elle ajouté. 

Pourtant, le 26 juin dernier, le premier ministre François Legault se disait «en colère» et prêt à réclamer un programme d’aide financière à Ottawa.

«Dégringolade»

Pendant ce temps, la situation tourne à la «catastrophe» dans les fermes du Québec, soutient David Duval, président des Éleveurs de porc du Québec, une association qui compte 2800 membres. 

Alors que les producteurs américains touchent un généreux programme de compensation, «nous, on a reçu zéro, mais un gros zéro», a-t-il dénoncé en entrevue.

«Mon père, en 1975, vendait son porcelet le même prix que je le vends aujourd’hui, a-t-il illustré. La dégringolade continue et on n’a pas de bouée de sauvetage.

«Quand ma maison commence à brûler, j’aimerais bien ça voir les pompiers arriver. Je ne suis pas sûr qu’ils vont éteindre le feu, mais au moins, je suis content de voir les pompiers arriver. Mais là, je ne les ai même pas les pompiers, je n’ai même pas le soupçon qu’ils ont répondu au téléphone», a-t-il pesté. 

En outre, le climat d’incertitude qui pèse sur les producteurs de porc actuellement les empêche d’investir pour l’avenir et former la relève, selon M. Duval.  

Canada Porc International chiffre l’impact du conflit sur les producteurs canadiens depuis juin à 100 millions $. Son directeur des affaires gouvernementales et corporatives, Gary Stordy, ajoute cependant qu’avec la baisse du prix du porc canadien depuis plus d’un an, les producteurs auraient perdu au total 265 millions $.  

De son côté, Olymel considère que la crise commerciale a des effets «très importants» sur son chiffre d’affaires, selon le porte-parole de l’entreprise, Richard Vigneault. 

Le bureau de la ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, maintient pour sa part que «l’Agence canadienne d’inspection des aliments est toujours en contact avec les autorités chinoises afin de reprendre les échanges entre les secteurs concernés et la Chine aussitôt que possible».

Il ajoute qu’«un groupe de travail formé de représentants des secteurs porcins et bovins et du gouvernement a été créé afin d’évaluer clairement les impacts et trouver les solutions les mieux adaptées».

Au printemps dernier, Pékin a affirmé avoir identifié certaines lacunes dans le processus de certification des produits canadiens. Les douaniers chinois auraient découvert des traces de ractopamine, une substance interdite dans 160 pays, dans une livraison de produits porcins en provenance du Canada.

Les importations chinoises de porc du Québec atteignaient 277,8 millions $ en 2018. Pour les six premiers mois de 2019, la Chine était la première destination d’importance pour les exportations de porc du Québec en termes de quantité et de valeur. Quelque 26 500 emplois dépendent de l’industrie porcine dans la province.

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