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19/05/2019 09:18 EDT

Les producteurs de grains appellent à l’aide d'Ottawa

Ils réclament la mise sur pied d’un fonds de soutien.

Lucas Ninno via Getty Images

MONTRÉAL — Coincés entre deux conflits commerciaux, les Producteurs de grains du Québec (PGQ) lancent un appel à l’aide d’Ottawa devant une situation qui est devenue insoutenable, selon eux.

Ils réclament la mise sur pied d’un fonds de soutien pour les aider à passer à travers les répercussions du conflit diplomatique entre le Canada et la Chine, qui s’ajoutent à la guerre des tarifs douaniers entre la Chine et les États-Unis.

En entrevue à La Presse canadienne, le président des Producteurs de grains du Québec, Christian Overbeek, affirme que la production de soya et de canola subit de plein fouet les effets de ces conflits. Il souligne que ces deux produits occupent plus du tiers des superficies consacrées à la culture de grains au Québec.

«[Les] importations canadiennes de canola en Chine, c’était un marché extrêmement important pour les producteurs de canola canadiens, explique M. Overbeek. La fermeture de ce marché a entraîné la baisse des cours de sorte que la valeur du canola a diminué de plus de 25 pour cent au cours des dernières semaines.»

Cette situation s’ajoute à celle des producteurs de soya qui traversent eux aussi une dure période depuis près d’un an.

«Avant la guerre commerciale dans le soya entre la Chine et les États-Unis, le soya canadien avait un prix de référence d’environ 495 $ à 505 $ la tonne, explique M. Overbeek. Actuellement, le marché du soya se situe plutôt aux alentours de 400 $ la tonne, donc les producteurs éprouvent des difficultés à mettre en marché du soya.»

Laissés à eux-mêmes

Comme si ce n’était pas assez, un autre problème pointe à l’horizon. Des producteurs de canola et de soya ont commencé à diversifier ce qu’ils sèment dans les champs, dans l’espoir de souffler un peu, mais cela pourrait avoir un effet domino sur d’autres producteurs de grains.

«Parce que le marché de soya et du canola est un peu moins intéressant, des producteurs vont semer d’autres espèces végétales, note le président des PGQ. S’il y a un surplus de l’offre, cela aussi va entraîner une baisse de prix.»

 

Pourtant, ce n’est pas la première fois que les producteurs de grains lancent un appel à l’aide aux gouvernements. En juillet 2018, ils sonnaient l’alarme face aux conséquences de la guerre commerciale amorcée par l’administration Trump. Des discussions ont eu lieu avec Québec, sans aboutir toutefois à de l’aide financière. Le fédéral ne leur a donné aucun signe de vie, selon M. Overbeek, si ce n’est que d’offrir récemment un soutien temporaire aux producteurs de canola en haussant le plafond des prêts qui leurs sont accordés, des sommes qui doivent évidemment être remboursées.

Malgré tout, Christian Overbeek privilégie toujours la voie de la discussion, mais il reconnaît que sur le terrain la patience des agriculteurs s’amenuise et que la riposte est en train de s’organiser d’un bout à l’autre du pays.

La possibilité d’amener le dossier sur la place publique durant la prochaine campagne électorale n’est pas écartée.

«C’est une des avenues qui est étudiée au sein des producteurs de grains du Canada, mais il faut comprendre que la campagne électorale ne sera qu’en septembre-octobre 2019 alors que les problèmes sont vécus par les producteurs depuis juin 2018. Mais un moment donné, il va falloir une réaction différente.»

Enfin, Christian Overbeek note que les agriculteurs américains ont eu droit à une aide financière d’urgence de la part de l’administration Trump, à coup de plusieurs milliards de dollars, qu’elle soit permise ou non par les accords commerciaux.

Le président des Producteurs de grains du Québec voit donc mal comment le gouvernement canadien qui supportait ses producteurs de soya et de canola se ferait reprocher de ne pas respecter les règles du commerce de libre-échange.

«On verrait mal que le gouvernement canadien ait à se défendre devant un tribunal puisque le gouvernement canadien poserait le même geste que le gouvernement américain. Jusqu’à aujourd’hui, il n’y a aucun pays qui a demandé aux États-Unis d’arrêter de soutenir ses producteurs de soya comme ils le font présentement», note-t-il.