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11/10/2019 15:43 EDT

Ugo Fredette a tué son ex-conjointe dans un contexte de harcèlement, dit la Couronne

Le procureur de la Couronne a lu chacun des 179 messages que Fredette a envoyés à Véronique Barbe la veille de sa mort.

Sûreté du Québec via PC
Ugo Fredette (Sûreté du Québec via PC)

SAINT-JÉRÔME, Qc — Au procès d’Ugo Fredette, le procureur de la Couronne a lu chacun des 179 messages envoyés par ce dernier à son ex-conjointe Véronique Barbe, la veille de sa mort. Il l’a également appelée 19 fois, a fait valoir Me Steve Baribeau dans sa plaidoirie pour démontrer qu’il l’a tuée dans un contexte de harcèlement criminel, il y a deux ans.

Ces 179 messages ont été envoyés par l’accusé sur Facebook alors qu’elle ne lui en a transmis que 27. Pour les appels téléphoniques, il en fait 19 alors qu’elle ne lui a téléphoné qu’une fois.

Ces messages ont été envoyés le jour même d’un rendez-vous du couple chez un thérapeute auquel Véronique Barbe a dit être «terrorisée» par Ugo Fredette, a souligné Me Baribeau au jury de 12 personnes, vendredi, au palais de justice de Saint-Jérôme.

Elle a peur au point où elle ne veut pas rentrer chez elle avec lui, a plaidé le procureur, rapportant le témoignage du thérapeute Michel Corneillier.

Me Baribeau plaide toute la journée de vendredi. Il a fait valoir que l’accusé a tué Véronique Barbe parce qu’il ne pouvait accepter leur séparation, parce que cela ne correspondait pas à «ses besoins» et à «sa petite personne». Mme Barbe voulait mettre fin à la relation et qu’il quitte la maison, qu’elle allait mettre en vente, a-t-il ajouté.

«Il ne pouvait décrocher de la relation» et «il ne lâchait pas», a lancé le procureur.

Il a illustré cet argument en lisant les messages échangés sur Facebook le 13 septembre 2017.

«Ne me laisse pas seul», écrit-il, entre autres. «Je ne serai pas capable» ou encore «je ne veux pas être seul». Il supplie la femme de 41 ans de le laisser revenir à la maison pour «vivre ses derniers milles» en famille. Il veut une autre chance, lui rappelle qu’elle avait promis un essai d’un mois et lui professe son amour.

Elle dit non. Elle répond «arrête» plus d’une fois, «STOP».

«Tu auras ce que tu mérites. Je te demande de m’aider. Tu aimes mieux que je sois seul», écrit l’accusé.

Elle finit pas lui demander si elle doit appeler quelqu’un «pour pas que tu me harcèles ou me blesse». Elle écrit aussi qu’il lui fait peur.

Mais pourtant, dit le procureur, la version de l’accusé est qu’il est allé à la maison ce soir-là et qu’elle l’a accueilli, tout sourire et «chaude» et qu’elle voulait essayer un jeu sexuel.

«Est-ce que vous croyez ça?» a demandé Me Baribeau au jury. «Qu’est-ce que votre bon sens et votre logique vous dicte?»

Véronique Barbe a été retrouvée sans vie, le lendemain, dans sa maison de Saint-Eustache.

Ugo Fredette est aussi accusé du meurtre prémédité d’Yvon Lacasse, un homme de 71 ans. Selon la théorie de la poursuite, Fredette a pris la fuite avec un enfant après le meurtre de Véronique Barbe, à bord du camion de son employeur. Puisqu’il était trop facilement repérable sur les routes du Québec, il a tué le septuagénaire pour lui voler sa voiture et poursuivre sa cavale plus discrètement, a fait valoir Me Baribeau.

Jour des deux meurtres

Le procureur s’en est aussi pris à la version des faits de l’accusé et à sa crédibilité.

«Croyez-vous Ugo Fredette qui dit qu’il ne se souvient de rien dès que Véronique Barbe a saisi un couteau. Accordez-vous de la crédibilité à ça?»

L’accusé a témoigné que le 14 septembre 2017, lors d’une chicane houleuse, Véronique Barbe a tenté de le pousser en bas d’un escalier et s’est emparée d’un couteau. L’accusé dit avoir bloqué le coup, mais l’avoir lui-même coupée au bras. Après, il soutient ne se souvenir de rien, jusqu’à un «flash» de mémoire où il voit son ex-conjointe sur le plancher de la cuisine, baignant dans son sang.

«Ce sera à vous de décider si vous accordez foi à ce que Ugo Fredette vous a dit, qu’il n’avait pas l’intention de la tuer», a dit l’avocat aux membres du jury.

Fredette lui a donné 17 coups de couteau, a-t-il rappelé plus d’une fois.

Et puis, leur a suggéré Me Baribeau, «si elle a saisi un couteau, ne pouvez-vous pas déduire que c’est parce qu’elle craignait pour sa sécurité, parce qu’elle était victime de harcèlement criminel?» 

L’avocat de la défense, Me Louis-Alexandre Martin, a quant a lui plaidé jeudi matin.

Il n’a pas demandé au jury de blanchir l’accusé, mais plutôt de le reconnaître coupable d’homicides involontaires — et non de meurtres. Il a fait valoir que Fredette n’avait jamais eu l’intention de tuer qui que ce soit le 14 septembre 2017. Il avait atteint son point de rupture, a-t-il plaidé.