POLITIQUE
06/06/2019 11:59 EDT | Actualisé 07/06/2019 06:41 EDT

La prime aux médecins de famille de la CAQ attire les railleries en Chambre

Un médecin de famille qui prendra plus de 750 patients obtiendra dorénavant un boni pouvant atteindre 7500 $ par année.

wutwhanfoto via Getty Images

QUÉBEC — Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) a été accusé, jeudi, de jouer dans le même film que les libéraux en accordant une nouvelle prime aux médecins de famille.

Cette prime de près de 50 millions $ par année doit inciter les omnipraticiens à prendre en charge plus de patients. À l’heure actuelle, un Québécois sur cinq n’a toujours pas de médecin de famille.

Lorsqu’elle était dans l’opposition, la CAQ accusait régulièrement le gouvernement libéral d’être trop généreux envers les médecins.

“Il y a une motion en 2014 où on a voté avec la CAQ contre les primes, s’est exclamé, stupéfait, le chef intérimaire du Parti québécois (PQ), Pascal Bérubé. Plus d’argent pour les médecins, ce n’est pas la solution.”

En confirmant la création de cette prime jeudi, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a fait la différence entre les médecins de famille, sous-rémunérés par rapport à leurs collègues ontariens, et les médecins spécialistes, surrémunérés selon elle.

Par ailleurs, a précisé le premier ministre François Legault, ce montant d’argent était déjà prévu dans l’entente négociée l’an dernier entre le gouvernement Couillard et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). “Il n’y a pas de budget supplémentaire”, s’est-il défendu en mêlée de presse.

Grâce à la nouvelle mesure, qui a été proposée par la FMOQ, un médecin de famille qui prendra plus de 750 patients obtiendra un boni pouvant atteindre 7500 $ par année. À 1000 patients, la prime pourra atteindre 15 000 $ par année. Un patient considéré “vulnérable” parce qu’il souffre d’une maladie chronique en vaudra deux.

M. Legault a rappelé que l’objectif ultime de son gouvernement est de modifier le mode de rémunération des médecins de famille pour qu’ils soient rémunérés en fonction du nombre de patients pris en charge, plutôt qu’en fonction des actes médicaux posés.

“Pensée magique”

La CAQ a subi les railleries de l’opposition en Chambre. Le porte-parole du PQ en santé, Sylvain Gaudreault, a accusé le gouvernement de faire dans la “pensée magique”.

“Les médecins ont tellement d’argent présentement qu’ils ne voudront même pas travailler plus, a-t-il déclaré. Ça n’a pas marché avec les libéraux, ça ne marchera pas plus avec vous autres.”

De son côté, le député Sol Zanetti, de Québec solidaire (QS), a soutenu qu’un médecin canadien sur quatre est au bord de l’épuisement. “Il ne s’agit pas d’ajouter un ingrédient, il s’agit de changer puis de revoir la recette”, a-t-il dit.

L’ancien gouvernement libéral avait donné des incitatifs financiers aux médecins, puis les avait menacés de pénalités s’ils n’acceptaient pas plus de patients. Malgré cela, les médecins n’ont pas atteint leurs cibles, soit un taux d’inscription de 85 pour cent et un taux d’assiduité de 80 pour cent, a fait valoir le libéral André Fortin.

“Dans quel monde est-ce que le gouvernement du Québec, sachant que la FMOQ n’a pas rempli l’engagement qu’elle avait, dit: “Non seulement vous allez avoir les sommes auxquelles vous avez droit, on va vous en donner davantage”. Mais semble que ce n’est pas un très bon deal”, a-t-il déclaré.

M. Fortin ajoute être “tombé en bas de sa chaise” jeudi matin en apprenant que la CAQ - qui a toujours dénoncé les salaires faramineux des médecins - créait une nouvelle prime.

D’ailleurs, rien dans ce que présente la CAQ ne garantit que le patient sera vu après son inscription, selon les libéraux.

Mme McCann a soutenu lors de sa tournée des médias jeudi que les omnipraticiens auront “l’obligation de prendre en charge le patient”. “Il y a des mécanismes prévus” à ce sujet, a-t-elle dit, sans offrir davantage de détails.

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