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15/04/2014 00:05 EDT | Actualisé 14/06/2014 05:59 EDT

Sortir du déni

AFP via Getty Images

La campagne électorale a tiré sa révérence et ce n'est pas sans soulagement. Qu'il ne fut pas désolant de constater la débâcle historique du PQ et la victoire « par défaut » des libéraux. En cultivant encore une fois l'ambiguïté sur l'article 1, ils ont été nombreux à fuir la maisonnée péquiste. Il faut bien les comprendre. Entendre Mme Marois, cette chef souverainiste, dire ad nauseam que les Québécois ne sont pas prêts à faire l'indépendance, ce n'est ni invitant ni porteur. Aucunement la fibre indépendantiste ne s'en trouve enthousiasmé. Quand la formule réductrice « Faire un référendum ou ne pas faire un référendum? » semble émerger de la valse électorale, cela en dit long.

Rarement a-t-on autant parlé d'indépendance pour ne rien en dire au final. Rarement a-t-on tenu des propos soutirant autant l'envie du peuple québécois de faire l'indépendance. A-t-on seulement présenté des arguments en faveur de l'indépendance? Cette peur et ce manque de courage criant chez le PQ attristent au plus haut point. Comment convaincre la population s'ils sont si peu fiers du projet d'indépendance, s'ils s'abstiennent d'en faire l'éloge? Pour convaincre, il faut être convaincu soi-même. C'est ce qui fait présentement défaut au PQ, celui-ci qui laisse de côté les rêves qui l'ont enfanté.

À cet égard, Le PQ n'a d'autre choix que d'en finir avec son double discours, ainsi que son étapisme et attentisme stratégique. Il en est terminé de sa gouvernance souverainiste « responsable et sécurisante », cela ne fonctionne guère. La preuve finale est tombée. Et dans sa chute, le PQ a beau chercher un coupable en le poing levée de PKP, la division du vote, la Charte et les médias, il sait pertinemment qu'il n'a que lui à blâmer au final. C'est son attitude à faire sans arrêt la même chose et espérer un résultat différent qui l'a perdu; c'est en ne prenant pas en considération les signes (la création de QS, d'ON, la défaite de 2007, la déconfiture du Bloc). Une bonne fois pour toutes, le PQ peut-il comprendre le message ?

Sincèrement, on l'espère. Cependant, lorsque des militants et députés affirment, dans les derniers jours, que le PQ n'aurait pas dû parler de référendum et de l'idée d'indépendance, et sous-entendent qu'il faut balayer l'article 1 de leur programme, il y a lieu d'être inquiet. L'échec cuisant du PQ semble se poursuivre même après le 7 avril.

Quand comprendront-ils que les Québécois ont rejeté un gouvernement péquiste, mais pas l'idée d'indépendance. Ou plutôt il ont désavoué une « coalition » d'indépendantistes qui a peur de son ombre et qui renie sa raison d'être.

Le PQ n'a d'autre choix que de sortir du déni. Le temps est venu de renouer avec l'idée d'indépendance, avec sa pédagogie!

Pour ce faire, un bon commencement serait de mettre à la porte les apparatchiks et hauts placés du parti - les gens du « bunker » par exemple -, et tous ceux incapables de faire un examen de conscience honnête et qui considèrent que d'être un politicien est une «job». Il adviendrait de s'inscrire dans une démarche d'actes de rupture véritables et pas simplement se satisfaire d'un livre blanc. À ce propos, la réalisation d'études sur la question d'indépendance ne doit pas attendre la prise de pouvoir. Puis, il serait impératif de s'offrir un temps de réflexion, et pas seulement pour le PQ.

Claude Gélinas soutient avec raison que « Ce qui presse le moins au PQ et au BQ et qui ne doit pas se faire de façon précipitée c'est l'élection d'un(e) chef. Si bien qu'un moratoire d'1 an devrait être décrété avant d'entreprendre ces 2 campagnes à la chefferie. ». Idée intéressante. Et pendant ce temps, pourquoi ne pas organiser de vastes États généraux sur l'avenir du Québec, là où toutes les forces indépendantistes sans exception seraient conviées? Quelque chose comme les États généraux sur la souveraineté du Québec, mais avec bien plus d'ampleur. Il sera alors possible d'élaborer entre gens du PQ, d'ON et de QS une stratégie commune et d'unir les forces plutôt que les diviser. Qui sait, peut-être devra-t-on créer un nouveau véhicule politique ou social pour enfin repartir sur de nouvelles bases? Quoi qu'il en soit, la démarche doit s'inscrire bien au-delà des frontières des partis politiques et s'enraciner dans des mouvements sociaux. Plus que tout, la jeunesse québécoise doit être au cœur de l'équation. Ce n'est pas normal que la jeunesse soit conquise par les libéraux, il faut y remédier rapidement.

Par ailleurs, si le PQ en venait à changer du tout au tout, il ne faudrait en aucun cas que Cloutier ou Lisée soit aux commandes, si ce n'est que l'un est terne au possible et l'autre épouse un paternalisme et un élitisme qui ne passeront que difficilement auprès la population. Drainvile? S'il est entaché par la Charte, il demeure un indépendantiste jumelant positivisme et pragmatisme, en plus d'être un fin orateur. Hivon ? Avoir su porter sur ses épaules le projet de loi 52 comme elle l'a fait, soit avec sensibilité et fougue, la députée de Joliette mérite toute notre considération. Quant à Péladeau, bien qu'on puisse avoir des réserves, il est bien davantage proche du peuple que bien de ses collègues et il parle avec son cœur et ses tripes. Quelqu'un me chuchote à l'oreille le nom d'Aussant. Mmmm, en effet, cela pourrait être très intéressant, l'homme ayant fait la démonstration qu'il était capable de faire promotion de la souveraineté chez la jeune génération.

Le PQ - et le mouvement indépendantiste - a une chance en or. Celle de revenir à l'essentiel : faire la promotion de l'indépendance. C'est la renaissance ou la mort. Le pays ne commencera à se faire que lorsque les gens qui ont à cœur l'indépendance en feront ouvertement la pédagogie avec éloquence et fierté. Comme Bourgault le clamait si bien « nous avons le devoir de ne rien cacher à la population de ce que nous croyons nécessaire et vrai ».

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