POLITIQUE
01/10/2019 14:21 EDT | Actualisé 01/10/2019 20:16 EDT

Pour payer leurs promesses, les conservateurs couperaient dans l'aide internationale

«Les sommes coupées sont celles actuellement versées à des régimes corrompus et à des pays à revenu moyen et élevé», a fait valoir M. Scheer, de passage à Toronto.

THE CANADIAN PRESS/Jonathan Hayward
Le chef conservateur Andrew Scheer s'adresse aux médias lors d'une annonce à Toronto, le mardi 1er octobre 2019.

Un gouvernement conservateur réduirait de 25 pour cent l’aide internationale du Canada - soit 1,5 milliard $ par année - afin de payer pour ses promesses aux Canadiens.

«Les sommes coupées sont celles actuellement versées à des régimes corrompus et à des pays à revenu moyen et élevé», a fait valoir mardi Andrew Scheer, de passage à Toronto. Le chef conservateur soutient que les sommes économisées serviront à payer pour des baisses d’impôts ou des crédits d’impôts pour les Canadiens. «C’est notre priorité à cette élection: améliorer le quotidien des Canadiens et des Canadiennes», a-t-il expliqué.

Une part de 700 millions $ par année en aide internationale serait par ailleurs redirigée vers les pays qui en ont le plus besoin, comme ceux de l’Afrique subsaharienne. M. Scheer a soutenu que le Canada était trop généreux avec des «pays à revenus moyens et élevés» tels que l’Argentine, le Brésil et l’Italie. Et l’argent des contribuables canadiens, a-t-il ajouté, ne devrait pas aller à des «régimes répressifs», comme en Iran et en Corée du Nord, qui sont «hostiles aux intérêts et aux valeurs du Canada».

Nous allons renforcer les allégeances traditionnelles avec les pays qui partagent les valeurs canadiennes.Andrew Scheer

Un gouvernement Scheer couperait également les vivres à l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA), qui vient en aide aux réfugiés palestiniens au Proche-Orient - comme l’a fait l’an dernier l’administration américaine de Donald Trump. «À une époque où les Canadiens travaillent plus fort que jamais, (le chef libéral Justin) Trudeau utilise l’argent des contribuables durement gagnés pour soutenir des organisations antisémites et soutenir des dictatures étrangères», a déclaré M. Scheer.

Les dépenses du Canada en aide internationale représentent environ 0,27 pour cent du produit intérieur brut (PIB), ce qui est loin de la cible de 0,7 pour cent fixée par l’Organisation des Nations unies (ONU). M. Scheer rétorque que son but n’est «pas de gagner l’appui des Nations unies», mais bien de venir en aide aux Canadiens d’abord. Il ne croit pas, par ailleurs, que son approche aura un impact sur les efforts du Canada pour obtenir un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’ONU.

Le chef conservateur a déclaré que son gouvernement concentrerait ses efforts sur la construction d’un «nouveau consensus international (...) sur la protection des enfants dans les zones de conflit».

Dépolitiser l’approvisionnement militaire

Le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) s’est aussitôt inquiété, mardi, de cette promesse de coupes. «Le développement international et l’aide humanitaire sont des éléments importants du leadership mondial du Canada avec des retombées visibles», a-t-on indiqué.

M. Scheer a également répété sa promesse de dépolitiser les acquisitions militaires - même s’il a déjà promis de commander au chantier naval québécois Davie un deuxième navire de soutien provisoire (après l’Astérix), alors que la Marine a déclaré qu’elle n’en avait pas besoin.

Les conservateurs, s’ils sont élus, ont aussi annoncé qu’ils déménageraient l’ambassade du Canada en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem - comme l’a fait l’administration Trump -, qu’ils fourniraient des armes à l’Ukraine et demanderaient aux États-Unis de joindre leur programme de défense antimissile balistique. Les conservateurs rouvriraient également le bureau de la liberté de religion du Canada, créé par l’ancien premier ministre conservateur Stephen Harper en 2013 et fermé ensuite par le gouvernement libéral.

Le chef conservateur a détaillé sa plateforme en matière de politique étrangère à Toronto, là même où devait se tenir mardi soir le débat de l’Institut Munk sur le même sujet. Ce débat a finalement été annulé parce que le chef libéral, Justin Trudeau, refusait d’y participer.

M. Trudeau avait aussi refusé de prendre part au débat en anglais organisé à Toronto le 12 septembre par le magazine «MacLean’s». Les chefs libéral et conservateur croiseront donc le fer pour la toute première fois dans cette campagne mercredi soir, lors du débat à quatre organisé par TVA.

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