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De nombreuses iniquités persistent chez les tout-petits québécois

Les enfants de 3 ans provenant d’un milieu défavorisé connaissent environ 600 mots de moins que ceux qui sont nés dans un milieu favorisé.

Bonne nouvelle: de moins en moins de tout-petits grandissent dans une famille à faible revenu au Québec. Et la proportion de familles dont les deux parents travaillent va en augmentant. Mais malgré tout, certaines iniquités demeurent et font en sorte que de nombreux bambins n’ont pas les mêmes chances de réussir que les autres. C’est pour que ces enfants ne soient pas oubliés que l’Observatoire des tout-petits publie son portrait 2019: «Dans quels environnements grandissent les tout-petits du Québec?»

«À l’âge de trois ans, les enfants provenant d’un milieu défavorisé connaissent environ 600 mots de moins que ceux qui sont nés dans un milieu favorisé, illustre Fannie Dagenais, directrice générale de l’Observatoire des tout-petits, qui publie mardi ce portrait, alors que se déroule la Grande semaine des tout-petits.

«Ce type d’écart, pendant la petite enfance, peut influencer la réussite au primaire, au secondaire, et même le niveau d’études atteint, une fois adulte.»

Globalement, le portrait s’améliore, révèle cette étude annuelle. De 2004 à 2016, par exemple, la proportion de tout-petits vivant dans une famille à faible revenu est passée de 20,9% à 13,9%. De 2001 à 2016, la proportion de familles où les deux parents (ou le parent seul) travaillent a augmenté, passant de 60,8% à 69,7%. Également, nouvelle donnée cette année: 90,8% des enfants de maternelle vivent dans un quartier où il y a des parcs et des endroits sécuritaires pour jouer.

«Il ne reste que 13,9% familles avec des tout-petits sont dans des familles à faible revenu, ça représente 75 000 enfants de moins de cinq ans au Québec, il ne faut pas les oublier, ajoute Fannie Dagenais. Une famille sur dix vit de l’insécurité alimentaire.»

«Comme société, on a tout avantage à assurer les meilleures conditions de vie possible à nos tout-petits, pour leur donner le meilleur départ possible.»

- Fannie Dagenais, directrice générale de l'Observatoire des tout-petits

La directrice générale de l’Observatoire des tout-petits croit qu’il faut mettre en place davantage de mesures pour favoriser le logement abordable – 13,6% des familles avec au moins un tout-petit habitent dans un logement non abordable, c’est-à-dire dont le loyer est supérieur à 30% du salaire, et 12% habitent dans un logement de taille insuffisante.

«C’est sûr que si on paie moins cher pour le loyer, il en reste plus pour remplir le panier d’épicerie», précise-t-elle.

La qualité des services offerts aux tout-petits dans leur milieu de garde est aussi observée de près dans ce portrait. Selon les dernières données disponibles sur le sujet, qui datent de 2015, seulement 18,7% des garderies non subventionnées étaient conformes à la règlementation adoptée par le ministère de la Famille en 2012, qui exige que deux membres du personnel éducateur sur trois soient qualifiés, comparativement à 90,6% des CPE et 74,6% des garderies subventionnées.

Stress parental

Autre donnée inquiétante mise en lumière par l’Observatoire des tout-petits: 39% des mères de tout-petits de 6 mois à 5 ans présentent un niveau élevé de stress lié à la conciliation des obligations familiales et extrafamiliales, et ce nombre est en constante augmentation depuis 2012. En comparaison, ce niveau de stress atteint 23% des pères, une proportion stable depuis les dernières années. Ces données sont préoccupantes, selon l’observatoire, puisque le stress parental peut nuire à la qualité de la relation parent-enfant.

«Ça nous amène à réfléchir à la conciliation travail-famille», affirme Fannie Dagenais.

Évidemment, les employeurs peuvent en faire plus, selon elle: offrir la semaine de quatre jours ou permettre un retour progressif après un congé parental, par exemple. Mais on devrait aussi penser davantage aux papas lorsqu’on élabore des politiques familiales, pour encourager un meilleur partage des tâches.

Les services gouvernementaux pour les tout-petits pourraient également offrir des horaires plus compatibles avec ceux des parents qui travaillent (comme les rendez-vous chez le médecin ou au CLSC, par exemple!), avance Mme Dagenais.

Il en va de même pour les municipalités, qui ont le pouvoir de mettre sur pied des horaires de services et de cours plus intéressants pour les parents.

Des solutions municipales

Ce n’est d’ailleurs pas l’unique rôle que les municipalités peuvent jouer, même si elles ne sont pas nécessairement les premières instances auxquelles on pense pour tenter d’améliorer la qualité de vie des tout-petits, insiste Isabelle Lizée, directrice générale du Carrefour action municipale et famille et coprésidente de la Grande semaine des tout-petits.

La mise sur pied d’espaces de jeu sécuritaires et adaptés à l’âge des jeunes enfants permet par exemple à ces derniers de développer des habiletés motrices et sociales. Des ateliers d’éveil à la lecture peuvent favoriser leur développement. L’implantation de plus de logements abordables et davantage de tables à langer et de rampes d’accès pour les poussettes dans les espaces publics sont quelques autres exemples de ce que font déjà certaines municipalités pour accommoder les familles ayant de jeunes enfants.

«On a des belles avancées, mais il reste du chemin à faire», croit Mme Lizée.

«Tous les secteurs de la société peuvent agir, ajoute Fannie Dagenais. C’est un peu l’objectif de ce portrait: identifions les priorités et réfléchissions à ce qu’on peut faire de plus ou de mieux pour nos tout-petits.»

La Grande semaine des tout-petits se déroule jusqu’au 23 novembre.