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28/08/2020 12:10 EDT

Comment le polyamour m'a préparée à la parentalité

J'ai eu différents types de relations avec différentes personnes, et toutes ces expériences m'ont appris comment être la meilleure mère possible.

Ana Maria Serrano via Getty Images

Au début de ma vingtaine, j’étais une passionnée du polyamour, ou «la pratique consistant à avoir des relations intimes multiples, qu’elles soient sexuelles ou simplement romantiques, en toute connaissance de cause et avec le consentement de toutes les parties concernées», comme le dit le magazine Psychology Today. Il m’est arrivé d’avoir une partenaire «principale» et d’autres relations plus occasionnelles, «secondaires». J’étais dans une relation à trois dans laquelle nous avions des dates toutes les trois ensemble et dormions dans le même lit. Il y a eu une année où j’ai entretenu trois relations sérieuses à la fois, où toutes les personnes impliquées se connaissaient, et où deux d’entre elles sortaient également ensemble. C’était comme un cours autodidacte sur les dynamiques humaines.

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À l’époque, c’était le style de vie le plus libérateur que je pouvais imaginer. Mais cinq ans plus tard, après avoir eu mon lot de ruptures dramatiques puis avec un emploi à temps plein, j’ai réalisé que la monogamie était l’approche sexuelle et familiale qui me convenait le mieux pour ma vie romantique.

Je suis maintenant engagée dans une relation monogame et je suis parent à temps plein d’une fille de 10 ans, d’un fils de deux ans et demi et un autre bébé est en route. Même si je ne pratique plus le polyamour, je contemple avec bonheur cette période de ma vie et, qui plus est, je me suis rendu compte que le fait d’être polyamoureuse m’a en fait préparée à devenir parent avec succès.

Voici ce que j’ai appris.

1. Comment équilibrer (et programmer) les besoins de plusieurs personnes à la fois

Le fait d’être polyamoureuse m’a appris à naviguer dans le réseau complexe des besoins de plusieurs partenaires romantiques. Mes partenaires et moi avons passé d’innombrables heures à discuter de ce que nous voulions - plus de temps en tête-à-tête, une soirée pyjama une fois par semaine, etc. - et comment y parvenir dans les limites de notre emploi du temps.

Tout se déroulait plus facilement lorsque nous définissions clairement ce dont nous avions besoin pour que nos relations s’épanouissent.

Dans ma famille, j’ai maintenant des discussions avec ma partenaire et ma fille de 10 ans qui sont similaires à celles que j’avais avec mes partenaires romantiques il y a 10 ans. Nous avons appris que ma fille a besoin d’une routine quotidienne pour se sentir calme et enracinée, alors nous lui écrivons une liste commençant par «brosse-toi les dents» et se terminant par «aller au lit». Ma partenaire apprécie que nous ayons une journée entière par semaine où nous ne prévoyons rien pour pouvoir faire ce que nous voulons en famille (et, ironiquement, nous planifions quand cette journée aura lieu). Notre enfant a besoin de jouer dehors tous les jours, sinon il est impossible de l’endormir. Et j’ai besoin d’être régulièrement seule pour rester saine d’esprit.

Le processus de répartir nos besoins en éléments pratiques et programmables aide chaque personne à obtenir ce dont elle a besoin et, dans l’ensemble, accroît l’harmonie de notre famille.

Courtoisie/Marea Goodman
L'auteure (à gauche) et sa famille.

2. Comment être en contact avec mes propres sentiments et les prioriser

En grandissant, je n’ai pas appris - comme beaucoup de personnes socialisées comme femmes dans notre société - à exprimer et à prioriser mes besoins. J’ai appris à rendre tout le monde heureux autour de moi en premier lieu, puis ensuite à m’occuper de mes propres besoins une fois que ceux des autres étaient comblés. En pratiquant le polyamour, il est vite devenu évident que ce n’était pas une façon viable d’exister au sein de relations multiples. Si je n’étais pas claire sur mes propres limites concernant, par exemple, les relations sexuelles protégées, toutes mes relations en subissaient les conséquences. Par essais et erreurs, j’ai développé l’assurance nécessaire pour exprimer ce que je ressentais et ce que je voulais.

Je ne veux pas être le genre de mère qui se sacrifie pour ses enfants. Je veux que mes enfants apprennent à valoriser et à exprimer leurs propres sentiments et besoins. Je crois que le meilleur moyen d’y parvenir est d’agir comme modèle en me priorisant d’abord.

J'ai appris que ma relation principale est avec moi-même. Quand je prends soin de moi, je peux m'occuper des autres, et tous les membres de ma famille en profitent.

Lorsque je me sens débordée ou exaspérée par la maternité (en particulier en cette période d’expérience parentale intensive que constitue la vie en pandémie), je prends soin de moi. J’allume la télévision pour les enfants pour qu’ils me laissent seule pendant 30 minutes pour que je puisse écrire mes frustrations dans mon journal ou prendre un bain chaud. Je demande à ma partenaire de les surveiller pour que je puisse aller faire une promenade ou appeler mon meilleur ami, toujours prêt à m’écouter me plaindre de quelque chose.

J’ai appris que ma relation principale est avec moi-même. Quand je prends soin de moi, je peux m’occuper des autres, et tous les membres de ma famille en profitent.

3. C’est correct d’avoir des sentiments différents pour chacun

Il n’est pas possible de ressentir exactement la même chose envers différentes personnes. Bien que dans de nombreux cas, j’aimais et appréciais autant chacune de mes partenaires, la qualité de nos relations et ce que j’appréciais dans chaque relation variaient énormément. Avec une partenaire, j’aimais sortir danser jusqu’à 2 h du matin, et elle savait toujours comment me faire rire. Avec une autre, mon activité préférée était de boire du thé et de lire de la poésie.

Je ne ressens pas la même chose pour ma fille de 10 ans, que j’ai rencontrée quand elle avait cinq ans, que pour mon fils de deux ans et demi, que je connais depuis qu’il a été conçu. Ce n’est pas que je l’aime plus - c’est juste une relation différente. Mon fils veut me câliner toute la nuit et me saute dans les bras avec enthousiasme après seulement une heure sans me voir. Ma fille veut faire des expériences scientifiques et m’expliquer les complexités de la série Harry Potter.

Il y a eu des moments où j’ai été affectée par la différence dans la connexion que j’ai avec chacun de mes enfants, et où j’ai pleuré la perte de ces premières années à se cajoler riches en ocytocine avec ma fille. Mais je sais aussi qu’il y a des forces dans cette relation unique, qui m’aide à comprendre qui elle devient, avec moins d’attaches à celle qu’elle était plus jeune. Lorsque nous ne nous attendons pas à ressentir exactement le même amour et la même connexion avec chacun de nos enfants, nous nous permettons de les considérer comme des individus uniques et de laisser l’authenticité de chaque relation prendre place.

4. Comment communiquer efficacement

Il ne suffit pas toujours de savoir ce que l’on ressent. Pendant mes années de polyamour, j’ai pratiqué l’art de la communication avec rigueur. Une communication saine n’est pas monolithique. Chacun de nous porte des traumatismes et des histoires de son passé, et nous filtrons souvent nos expériences à travers notre vécu. Pour certains, dire «j’ai besoin d’un peu d’espace» ressemble à un besoin clairement exprimé. Pour d’autres, c’est plutôt un douloureux rejet.

Apprendre à connaître les attentes de mes différentes partenaires en matière de communication m’a permis de me pratiquer à faire valoir mes besoins et mes émotions sans prononcer des mots qui pourraient les affecter ni tomber dans l’incompréhension.

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Lorsque nous ne nous attendons pas à ressentir exactement le même amour et la même connexion avec chacun de nos enfants, nous nous permettons de les considérer comme des individus uniques et de laisser l’authenticité de chaque relation prendre place.

Les mêmes compétences s’appliquent à mes relations avec ma partenaire et mes enfants. Ce sont tous des gens différents qui ont des manières différentes d’assimiler l’information. J’apprends à utiliser avec ma fille un ton clair et modéré qui l’aidera à demeurer calme et ne lui donnera pas l’impression que je la critique. J’apprends à parler à mon fils dans un langage simple et à communiquer avec ma partenaire de manière à nous rappeler que nous sommes des partenaires et des amantes romantiques, et pas seulement des parents.

5. La jalousie, c’est comme un oignon

En naviguant dans différentes relations en même temps, j’ai appris que la jalousie est une émotion à plusieurs niveaux. Pour comprendre nos propres sentiments de jalousie, nous devons enlever les couches qui provoquent des larmes et examiner ce qui se trouve en dessous. Pour moi, souvent, la première couche sous un sentiment de jalousie était un besoin non satisfait de temps ou d’intimité avec une partenaire, et leur connexion avec quelqu’un d’autre exacerbait ma douleur. Souvent, sous ce sentiment de besoin non satisfait se cachait une insécurité profonde qui remontait à mon enfance et n’avait rien à voir avec le moment présent.

Comprendre la jalousie comme un oignon m’aide énormément à naviguer dans la dynamique de la fratrie. Je reconnais que lorsque ma fille est jalouse de l’attention que nous accordons à notre enfant, ce n’est pas à propos de lui ni de nous en tant que parents. J’essaie de l’aider à peler les couches de son oignon pour que nous puissions aller au cœur de sa douleur et travailler à guérir ce qui motive ses sentiments de jalousie au départ.

6. La nécessité de comprendre les dynamiques d’oppression

Les dynamiques de races, de classes et de sexes sont importantes. Elles affectent chacun de nous et ont des effets profonds sur nos relations. Selon mon expérience, les relations ne fonctionnent pas bien à long terme si nous rendons invisibles les dynamiques d’oppression. À l’époque de mon polyamour, mes partenaires et moi nous sommes entraînées à reconnaître les identités intersectionnelles de chacune et nous avons fait de notre mieux pour toujours garder ces dynamiques de pouvoir à l’esprit.

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En tant que mère blanche d’enfants mexicains, j’essaie constamment de ne pas laisser les idées racistes que j’ai absorbées en grandissant dans notre société avoir un impact négatif sur ma partenaire et mes enfants. J’essaie également de me rappeler qu’en tant que parent, je suis en position de pouvoir sur mes enfants. S’il est souvent approprié que je prenne des décisions pour eux, ça peut aussi être oppressant (et exaspérant pour ma préado de plus en plus indépendante). Nous reconnaissons ces diverses dynamiques de pouvoir dans la famille et nous nous efforçons toujours d’agir avec justice et compassion.

7. Comment naviguer dans les différentes langues de l’amour

Gary Chapman a écrit un livre intitulé The 5 Love Languages qui décrit cinq façons fondamentales dont les gens dans les sociétés occidentales donnent et reçoivent de l’amour. Ces langues de l’amour sont les mots d’affirmation, les actes de générosité, recevoir des cadeaux, le temps de qualité et le toucher physique. Bien qu’il existe de nombreuses variations et nuances dans la façon dont nous aimons, j’ai trouvé ce cadre profondément utile tant dans le polyamour que dans l’éducation des enfants.

J’aime les mots d’affirmation. La carte que ma partenaire m’a écrite pour notre troisième anniversaire est l’un de mes biens les plus précieux, et lorsque nous nous disputons, je la lis et elle me rappelle à quel point nous nous aimons. Savoir comment je reçois le plus facilement l’amour m’aide à rester ancrée dans mon lien avec elle.

J’ai appris que ma fille a besoin d’une attention individuelle régulière pour se sentir connectée. Nous avons donc prévu 10 minutes par jour où elle peut se concentrer sur chacune de nous et son frère ne viendra pas nous distraire. Lorsque l’une d’entre nous cajole notre plus jeune pendant 10 minutes après son réveil, il se sent alors prêt à s’engager paisiblement avec nous tous. Lorsque nous gardons ces langages de l’amour en tête, les enfants obtiennent davantage de ce dont ils ont besoin, la dynamique familiale devient plus paisible et nous, les parents, avons un peu plus d’espace pour respirer.

Naviguer dans des relations multiples, c’est comme essayer de compléter un casse-tête infini dont toutes les pièces sont en mouvement continuel. Dans le polyamour et dans l’éducation des enfants, les gens grandissent, les besoins changent et les relations évoluent continuellement. C’est particulièrement vrai pour les enfants, qui grandissent physiquement et émotionnellement à une vitesse fulgurante. Les humains ne sont pas des êtres statiques - et je nous aime pour ça. J’ai toujours pensé que le polyamour était la plus grande aventure dans l’intimité. Aujourd’hui, je comprends que c’était pour moi un terrain d’entraînement pour le sport de contacts qu’est la parentalité qui se vit 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Nous parlons à notre enfant de 10 ans de différentes dynamiques relationnelles, dont le polyamour. Avec deux mères et un donneur de sperme, elle sait déjà que les familles se présentent sous toutes sortes de formes. Quand mes enfants seront prêts, je les encouragerai à explorer tous les types de relations auxquelles ils sont appelés. Mon seul objectif pour eux est qu’ils s’engagent dans des relations conscientes, équitables et aimantes - romantiques et autres - tout au long de leur vie.

Ce texte, initialement publié sur le HuffPost États-Unis, a été traduit de l’anglais.